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« Il faut changer la trame narrative » : l’Action de grâce vue par des Autochtones

Certains l’évitent, d’autres tentent de se la réapproprier.

Scott Iserhoff cuisine. Il tient une cuillère dans une main et brasse un mélange dans un poêlon.

Le chef cuisinier professionnel Scott Iserhoff croit que le temps est venu, pour les peuples autochtones, de se réapproprier les célébrations de l'Action de grâces.

Photo : Scott Iserhoff

Rendre grâce à la fin de la saison des récoltes est une tradition ancienne chez plusieurs peuples autochtones. Le jour national de l’Action de grâce laisse cependant un goût amer dans la bouche de nombreux membres de ces communautés en raison de la trame narrative colonialiste qui y est attachée.

Scott Iserhoff est un chef cuisinier d’origine crie qui a fondé son propre service de traiteur à Edmonton, Pei Pei Chei Ow.

Contrairement à bien des gens de sa profession, il n'est pas du tout enthousiasmé par l'approche de l'Action de grâce. Il ne la célèbre pas.

J’ai toujours eu l’impression que c’était une fête d’hommes blancs. Je ne me suis juste jamais senti concerné.

Une citation de :Scott Iserhoff, chef cuisinier, Edmonton

Il n’est pas le seul, explique la professeure en études autochtones de l’Université de Winnipeg, Jacqueline Romanow.

Remercier le ciel pour des terres volées

L’histoire de l’Action de grâce la plus connue est probablement celle de la fête américaine, qui commémore officiellement un festin partagé entre des pères pèlerins et des membres de la Nation Wampanoag en 1621. 

Les origines de la fête canadienne sont distinctes, mais se réfèrent également à des festins entre colons et Autochtones, volontiers élevés en symboles de l’entraide et de l’amitié entre ces peuples.

Ça soutient le mythe [...] que c’était une rencontre heureuse et pacifique, ce qui est en fait le contraire de ce qui est arrivé , explique Jacqueline Romanow.

Les rites de l’Action de grâce tendent aussi à présenter les terres et les ressources qui ont permis aux arrivants européens de survivre comme un don du ciel, occultant le fait qu’elles ont été volées aux premiers peuples ou encore prises grâce à des traités qui ont ensuite été violés à répétition par les colons.

Ça retourne le fer dans la plaie, de voir tout le monde célébrer cette fête, qui consiste en un blanchiment culturel de plusieurs siècles de souffrance et de deuil autochtones.

Une citation de :Jacqueline Romanow, professeure, Université de Winnipeg

Célébrer l’Action de grâce différemment

Jacqueline Romanow souligne que traditionnellement, l’automne a toujours été une période de festins et de rassemblements pour les peuples autochtones.

C’est la célébration de la fin des récoltes et le moment de se préparer à affronter le froid, dit aussi Scott Iserhoff. C’est la saison où on commence à chasser, on commence à sécher nos viandes et nos baies [...] On se prépare aux mois d’hiver, explique-t-il.

Il remarque d’ailleurs que les repas traditionnels de l’Action de grâce sont pleins d’aliments autochtones, comme le maïs, les canneberges, la dinde et les courges.

Je pense que le temps est venu pour nous de nous réapproprier cela, lance-t-il.

Il remarque qu’aux États-Unis, certains chefs cuisiniers autochtones ont commencé à dénoncer les représentations blanches de l’Action de grâce et à réclamer leur place dans les magazines culinaires thématiques.

Il est temps de le faire. C’est comme ça que nous allons changer le schéma narratif, croit-il.

Jacqueline Romanow aimerait également voir cette fête célébrée différemment.

Je pense honnêtement que le reste du Canada devrait remercier les Autochtones pour les terres et les ressources qu’ils ont. [l’Action de grâce] devrait être : une reconnaissance que c’était des terres autochtones et que les réserves sont une infime fraction des territoires que nous avions.

Réinventer les recettes

Scott Iserhoff ne manque pas d’idées en matière de recettes pour un repas d’Action de grâce réinventé.

Du canard, de l’oie, de la viande d’orignal et de bison... , énumère-t-il.

Il ajoute que la dinde, qui a été une source importante de nourriture pour son peuple depuis des siècles, ne serait pas oubliée.

Vous savez, j’aime la dinde aussi. On doit juste vraiment changer la trame narrative qui l’entoure, conclut-il.

Avec les informations de Katrine Deniset

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