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La fécondation in vitro couverte par la RAMQ d’ici novembre

Illustration d'une image au microscope d'une fécondation in vitro.

Une fécondation in vitro illustrée.

Photo : Getty Images / vchal

Radio-Canada a appris que le projet de loi 73, qui rend notamment la fécondation in vitro (FIV) admissible à la RAMQ, entrera en vigueur d’ici novembre. Pour des milliers de personnes qui attendent la cigogne, c’est une lueur au bout d’un long – et très onéreux – tunnel.

Nous aurons l’occasion de préciser la démarche et la date d’entrée en vigueur prochainement, précise Sarah Bigras, l’attachée de presse du ministre délégué à la Santé Lionel Carmant.

Un cycle couvert

Le gouvernement Legault ramène donc la gratuité pour ce processus qui coûte présentement entre 10 000 et 18 000 $, six ans après que le gouvernement libéral de Philippe Couillard y a mis fin.

L’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette avait jugé qu'il s'agissait d'un bar ouvert. De 2010 à 2015, trois cycles de FIV étaient couverts par le régime public.

Lionel Carmant debout derrière un lutrin durant une conférence de presse.

Le ministre délégué à la Santé Lionel Carmant a déposé le projet de loi 73 prévoyant la réintroduction de la couverture publique de la fécondation in vitro en mars 2021. Depuis, les personnes infertiles attendent son entrée en vigueur.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le projet de loi 73 (Nouvelle fenêtre) propose aux personnes qui ont de la difficulté à concevoir (couples hétérosexuels, homosexuels femme-femme et femmes seules) la couverture d'un seul cycle assuré par la RAMQ. Pour les essais subséquents, ils devront payer de leur poche.

Le nombre d'inséminations artificielles couvertes par le gouvernement passera, quant à lui, de neuf à six lors de l'entrée en vigueur du projet de loi 73.

Celui-ci prévoit également la couverture des coûts, au choix, de toutes les paillettes de sperme provenant d’un unique prélèvement dans le cadre d’un don dirigé ou d'un maximum de six paillettes provenant d’une banque de sperme.

L'achat des paillettes de sperme est actuellement aux frais des patientes. Elles peuvent coûter entre 700 $ et 1300 $ dans les banques de sperme comme Outreach Health Services ou Can-Am Cryo-services.

Une nouvelle attendue

La FIV est souvent la dernière option pour les personnes infertiles qui désirent avoir un enfant biologique.

Depuis l’adoption du projet de loi, en mars 2021, bon nombre d’entre elles ont mis leur projet de fertilité en veilleuse pour pouvoir bénéficier de la gratuité.

C’est le cas de Vicky Rousseau, 29 ans, qui tente d’avoir un deuxième enfant depuis 8 ans. Malgré des allers-retours dans les cliniques de fertilité et des milliers de dollars dépensés, rien n'y fait.

Un enfant, ça n'a pas prix. Je paierais des milliards de dollars pour en avoir un, mais il faut être réaliste. [...] Je ne pense pas que personne est capable de lancer 15 000 $ dans les airs et de dire : ''Advienne que pourra.''

Une citation de :Vicky Rousseau

L'entrée en vigueur du projet de loi 73 laisse entrevoir l'espoir d'accueillir la cigogne, mais pas de si tôt.

Je suis contente, mais ce n’est pas clair dans ma tête parce qu’il y a une liste d’attente, soupire Vicky Rousseau.

C'est que la pandémie, la pénurie de personnel et l'annonce de l'éventuelle gratuité ont fait bondir les délais déjà longs, en temps normal, pour bénéficier du processus.

Il y a présentement 800 personnes en attente à la clinique privée Ovo et neuf mois de délai au minimum chez Procréa pour obtenir un premier rendez-vous.

Au CHUL, à Québec, qui offre également des traitements en fertilité, il y a environ un an d’attente.

Tous ont décliné nos demandes d'entrevue. Il est donc difficile de savoir comment les patients seront priorisés au moment du transfert vers la gratuité.

Vicky Rousseau s'attend inévitablement à des bouchons dans les cliniques de fertilité.

[Ma médecin] m’a fortement suggéré de ne pas attendre la gratuité puisque les délais sont immenses, s’inquiète-t-elle.

Vicky Rousseau est mère d'un enfant, mais souhaite en avoir un autre.

Vicky Rousseau est en attente d'une fécondation in vitro.

Photo : Radio-Canada

Le succès de la fécondation in vitro n'est jamais garanti. Selon la mère du petit Logan, qui fêtera son neuvième anniversaire lundi, le gouvernement devrait élargir le programme.

Je suis réaliste. Il y a certains couples qui ont dû faire une, deux, trois, quatre FIV pour que ça fonctionne.

Une citation de :Vicky Rousseau

Critères d’admissibilité

Tous ne pourront pas bénéficier de la gratuité.

Le futur programme s’adresse notamment aux personnes qui n’ont pas eu de stérilisation volontaire (ligature des trompes, par exemple) et dont le partenaire n’a pas subi volontairement une vasectomie.

Il faudra être âgée d’au maximum 41 ans moins un jour pour recevoir les traitements.

Déçue, Karine Gauthier, qui est dans le processus de fertilité depuis cinq ans, ne pourra pas y avoir accès.

On s’est pris peut-être tard [mon conjoint et moi], mais on s’est rencontrés tard aussi. Ça n'empêche pas qu’on veut des enfants, au moins un. Je ne peux pas concevoir ma vie sans enfant, déplore-t-elle.

L’infertilité, un sujet tabou

Vicky Rousseau et Karine Gauthier ont accepté de témoigner puisque, selon elles, on ne parle pas assez d’infertilité. Ça touche beaucoup de gens, mais on a peur d’en parler ouvertement, dit Karine Gauthier.

Un couple sur six est infertile au Canada, une proportion qui a doublé depuis les années 1980, selon l'Agence de santé publique du Canada.

J’ai des amies fantastiques qui ont des enfants, mais elles ne vivent pas ce que je vis. Je trouve ça dur de les voir vivre leur bonheur. Des fois, je leur en veux, même si je sais que ce n’est pas de leur faute. Chaque mois, je dois vivre avec de la déception. [...] On se demande ce qu’on a bien pu faire pour que ça nous arrive, dit Vicky Rousseau.

Au cours des huit dernières années, elle a dû jongler avec des absences répétées au travail pour se rendre en clinique de fertilité. Chaque rendez-vous amène son lot de larmes, de remises en question, de frustrations et la colère de voir ses menstruations revenir une fois de plus, mois après mois.

Malgré tout, Vicky garde toujours espoir de donner naissance à un petit miracle. La FIV est son ultime chance.

Radio-Canada a ajouté des précisions à une précédente version de ce texte, notamment sur les services qui seront dorénavant offerts par le gouvernement et les personnes visées par la nouvelle mesure.

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