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Des discours antivax bannis de YouTube, mais disponibles à la bibliothèque

Les antivaccins n’ont plus voix au chapitre sur la plateforme de vidéos YouTube. Censurer ou ne pas censurer? Telle est la question. Dans les bibliothèques, la réponse est non, car il en va de la liberté intellectuelle.

Images de livres qui sont contre la vaccination.

De nombreux ouvrages critiquant la vaccination se trouvent dans nos bibliothèques publiques.

Photo : Ivanoh Demers

Le 30 septembre dernier, des stars du mouvement antivax autant que d’illustres inconnus véhiculant toutes sortes d’idées sur les vaccins ont été bannis de la plateforme YouTube.

Mais qu’en est-il de votre bonne vieille bibliothèque?

Nous avons parcouru les catalogues de nombreuses bibliothèques publiques de la province. Or, que ce soit à Québec, à Montréal, dans Chaudière-Appalaches, en Montérégie, à Laval, à Longueuil ou à Saint-Michel-de-Bellechasse, les livres antivaccins sont bien présents. Pas des tonnes de choix, mais un éventail de bouquins, des vieux et des poussiéreux, d’autres neufs.

Les vaccins sont des poisons, Qui aime bien, vaccine peu!, Les vaccins sont-ils une illusion?, Ce qu’on nous cache sur les vaccins, Les vaccins, racket ou poisons?, Vaccins, mais alors, on nous aurait menti? : ils sont inefficaces, nous rendent malades, détruisent notre immunité naturelle, mais ils sont obligatoires : voilà certains des titres que nous avons dégotés dans divers catalogues de bibliothèques publiques.

Ces livres antivaccins sont généralement classés dans la section santé, où des ouvrages très sérieux côtoient des livres proposant une vision pour le moins différente des soins de santé.

Nous avons croisé, par exemple, tout à côté de la section pandémie, à la Grande Bibliothèque de Montréal, le livre d’une shaman suisse qui propose une théorie voulant que boire son urine permet de guérir même de maladies graves (L’urinothérapie, ce médicament nature), ou encore, ce titre qui suggère que visualiser des animaux peut vous sauver des affres du cancer : En phase préterminale d'un cancer, j'ai dansé avec un dauphin par imagerie mentale et j'ai guéri.

Dans le lot des livres antivaccins disponibles dans nos bibliothèques, il y a bien sûr ceux d’auteurs à succès. Les ouvrages du célèbre et controversé microbiologiste français Didier Raoult, par exemple, font bonne figure dans certaines bibliothèques du Québec. Son plus récent, Épidémies - Vrais dangers et fausses alertes, de la grippe aviaire au COVID-19, a été acheté par quelques bibliothèques.

On trouve aussi, sur certains rayons, les ouvrages de Christian Tal Schaller, médecin suisse, gourou des antivax, qui a été banni de YouTube pour diffusion de fausses informations. L’auteur de Vaccins : un génocide planétaire? proclame que les vaccins ont été mis au point par Bill Gates pour tuer des millions de gens.

Il y a aussi des classiques du genre, comme ceux de l’écrivaine française Sylvie Simon, qui n'est plus de ce monde, mais qui a laissé à la postérité des titres comme Les 10 plus gros mensonges sur les vaccins ou Vaccin, mensonge et propagande. Bien sûr, les sceptiques n’ont pas attendu le virus de la COVID-19 pour se manifester.

La collection de livres antivax s’est actualisée depuis le début de la pandémie. Ainsi, dans une bibliothèque des Laurentides, il est possible d’emprunter le récent Vaccins : fausses vérités et vrais fantasmes à l'ère de la COVID-19, de Michel de Lorgeril. On trouvera un livre de Xavier Bazin, Big Pharma démasqué! : de la chloroquine aux vaccins, la crise du coronavirus révèle la face noire de notre système de santé, dans une bibliothèque de la région de Québec. 

On peut également se procurer à BAnQ, à Montréal, le titre Y a-t-il une erreur qu'ils n'ont pas commise? COVID-19 : l'union sacrée de l'incompétence et de l'arrogance, un ouvrage controversé de Christian Perronne, auteur de plusieurs fausses nouvelles sur les vaccins qui a été démis de ses fonctions hospitalières par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris en décembre 2020.

Défense et illustration de la liberté intellectuelle

Bref, qui décide ce que les bibliothèques publiques achètent et quels sont les critères de sélection? L’intérêt public commande-t-il de supprimer certains contenus des étagères de ces centres du savoir?

On ne va pas proposer des documents qui incitent à la haine, à la violence ou à des actes criminels, explique Mélanie Dumas, directrice de la Collection universelle à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Mais quand on parle de livres antivaccins, si l’on se place dans une perspective où quelqu’un veut faire des recherches sur ce mouvement-là, il faut avoir les ouvrages, donner un accès à l’information, explique-t-elle.

En effet, se demander si tel ou tel titre a bien sa place dans une bibliothèque publique débouche sur l'enjeu fondamental de la liberté de penser.

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques adopté par les Nations unies en 1966 stipule en effet que : Toute personne a droit à la liberté d'expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce.

De toute espèce, donc.

Il faut faire bien attention de ne pas aller dans la censure, on est bien vigilant par rapport à ça, poursuit Mélanie Dumas. Notre rôle, c’est la neutralité. On doit présenter différents points de vue. La censure reviendrait à dire que le citoyen n’est pas capable de faire ses propres choix.

Nous proposons aussi plein de titres provaccins, rappelle-t-elle d’ailleurs.

Pierre Trudel, professeur de droit à l’Université de Montréal et spécialiste des questions de droits à l’information, estime qu’il faut bien distinguer les YouTube de ce monde des institutions publiques, qui doivent être guidées par le respect des droits fondamentaux.

YouTube est une entreprise privée qui gère son image de marque en bannissant des discours. Un service public ne peut pas faire ça, insiste-t-il. Si on fait cela, on ignore la liberté d’expression qui comporte le droit de faire des recherches. Et si on se met à éliminer des contenus qui vont à l’encontre de certains consensus vertueux, on peut vite glisser vers l'autodafé.

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