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Comment les villes de la Colombie-Britannique tentent-elles de mettre fin à l’itinérance?

Une femme assise au parc Oppenheimer à Vancouver.

Une femme assise au parc Oppenheimer à Vancouver (archives).

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Radio-Canada

Face à l'itinérance, chaque ordre de gouvernement a son rôle à jouer et, sur le plan local, les villes de la Colombie-Britannique semblent adopter des approches différentes. Si personne ne semble avoir la recette miracle, les résultats de ces politiques sont variables d’une ville à l’autre et les sans-abri ne sont pas logés à la même enseigne partout sur le territoire.

Prince George

À Prince George, dans le nord de la Colombie-Britannique, un nouveau règlement adopté par le conseil municipal a récemment suscité la polémique et la colère d’organismes de défense des sans-abri. En cause : une approche punitive de la mendicité avec des contraventions de 100 $ qui pourront désormais être données aux personnes qui quêtent dans la rue.

La ville donne le droit aux policiers de discriminer et de stigmatiser ouvertement nos sans-abri juste parce qu'ils sont des sans-abri, fustige Maybelline John, membre du groupe communautaire Together We Stand.

Pour la mairesse de Prince George, Lyn Hall, ce règlement répond aux préoccupations des citoyens qui souhaiteraient voir plus de sécurité au centre-ville.

Un homme et une femme devant un tente en ville.

Dallas Caillou était l'une des 50 à 75 personnes présentes dans le campement de sans-abris de Prince George à la mi-septembre 2021.

Photo : Radio-Canada / Andrew Kurjata

Concernant l'hébergement des sans-abri, Prince George est également au cœur d’une bataille judiciaire. La Ville cherche à obtenir une injonction auprès de la Cour suprême de la Colombie-Britannique pour expulser les itinérants qui vivent dans des campements de fortune.

Prince George fait valoir que les lits dans les refuges sont vides et que cette injonction aiderait les sans-abri à se déplacer à l'intérieur.

Mais selon des organismes de défense des itinérants, ces places en refuge ne conviennent pas à tout le monde.

Daniel Roy, itinérant à Prince George depuis 15 ans, estime que les refuges sont loin d'être l'idéal. Ils ne traitent pas très bien leurs résidents. Il y a beaucoup de favoritisme et une fois que vous êtes banni, vous le restez.

La cause a été entendue la semaine dernière en Cour et une décision est attendue au cours des prochaines semaines.

Interrogée sur son plan d’action pour venir en aide aux itinérants à long terme, la Ville assure qu’elle est en train de développer un projet de logements parmi les plus importants et novateurs du nord de la Colombie-Britannique.

Concrètement, la ville entrevoit la construction de 150 logements avec l’aide de la province et de la régie de la santé du Nord. Cinquante d’entre eux devraient être disponibles dès le début de l’année 2022. Ils devraient également abriter des services de soutien.

Vancouver

L’approche du Vancouver concernant itinérance, c’est surtout du laisser-faire, résume Lily Crist présidente de l’organisme francophone La Boussole.

La Ville laisse ça au fédéral, à la province ou aux organismes. Notre organisme La Boussole a été sous-financé par la Ville pendant très longtemps. Jusqu'à l'an passé, on ne recevait que 19 000 $ par année, ça ne paie même pas un intervenant de rue, ajoute Lily Crist.

Un sans-abri est allongé sur le trottoir avec une pancarte en carton dans le Downtown Eastside, à Vancouver.

Un sans-abri dans le Downtown Eastside de Vancouver (archives).

Photo : Radio-Canada

La présidente de l’organisme de soutien estime que l’approche de Vancouver n’est pas aussi répressive que celle de Prince George, mais qu’elle est très loin d'être exemplaire.

Il y a des mesures insidieuses anti-itinérants, notamment en ce qui a trait à l'urbanisme. On a des bancs par exemple qui sont modifiés pour faire en sorte que personne ne puisse s’y allonger. C’est absurde et c’est un acharnement.

De façon générale, il y a une tendance à punir les sans-abri comme si la pauvreté était un choix.

Une citation de :Lily Crist, présidente, La Boussole
Un homme se tient devant sa tente.

La campement du parc Crab, à Vancouver, est occupé depuis le mois de mai, suite au démantèlement du village de tentes du parc Strathcona.

Photo : Radio-Canada

Au printemps dernier, la Ville se targuait d’avoir conclu un accord avec la province et la Commission des parcs pour mettre fin aux campements de fortune dans les parcs. Elle promettait de reloger toutes les personnes qui s’y trouvaient grâce notamment à l'acquisition d’anciens hôtels par la province.

Est-ce que c’est la panacée? Non, car ce ne sont que des abris de transition. Est-ce que c’est un premier pas vers la résolution? Oui, mais on manque encore cruellement de logements, croit Lily Crist.

Il y a 12 ans, Vancouver avait promis de mettre fin à l’itinérance. Aujourd’hui, on ne voit toujours pas l’issue.

Une citation de :Lily Crist, présidente, La Boussole

La Ville, quant à elle, dit travailler dur pour tenter de mettre fin à l'itinérance tout en renvoyant la balle aux autres ordres de gouvernement.

Malheureusement, créer suffisamment de logements sûrs, propres et abordables n'est pas un objectif qui peut être atteint du jour au lendemain et la Ville ne peut y parvenir seule, assure la mairie.

En 2020, le grand Vancouver comptait au moins 3000 itinérants.

Victoria

À Victoria aussi, les campements de fortune dans les parcs de la ville ne sont plus autorisés depuis le printemps dernier en vertu d’une entente avec la province. La ville avait ainsi promis de trouver une place en refuge à tous les itinérants.

Mais selon Marie-Hélène Bourret, auteure d’un rapport en 2017 sur l’itinérance des francophones dans le Grand Victoria, la situation est loin d’être réglée.

Il y a une politique de ‘’pas dans ma cour.’’

Une citation de :Marie-Hélène Bourret
Des travailleurs s'affairent sur les conteneurs et une grille barre le passage.

Une quinzaine de conteneurs ont été aménagés au printemps dernier dans le quartier North Park pour accueillir des itinérants.

Photo : Radio-Canada / Sarah Xenos

Marie-Hélène Bourret souligne toutefois que la Ville de Victoria a fait de grands pas en avant au cours des dernières années. Elle cite, par exemple, la présence d’équipes d'intervention qui interviennent auprès de populations itinérantes pour désamorcer des situations de crise.

Selon Mme Bourret, la Ville n’est pas la seule responsable et les citoyens ont eux aussi un rôle à jouer.

C’est une question de ce qu’on l’exige de nos gouvernements et nous avons le pouvoir de changer les choses. On devrait avoir une réflexion de société sur l'itinérance.

En 2020, un recensement dénombrait au moins 1500 personnes itinérantes dans le Grand Victoria.

Avec les informations d’Alexandre Lepoutre.

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