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La Colombie-Britannique doit-elle tuer ses loups pour sauver les caribous?

Des audiences contre l'abattage de loups par hélicoptère se tiendront à la fin du mois d'octobre devant la Cour suprême de la province.

Deux loups.

La province a tué 1429 loups depuis l’implantation du programme d'abattage en 2015.

Photo : Pixabay/Christels

Au cœur des efforts de préservation de la faune en Colombie-Britannique s’enflamme un débat aux positions bien campées : l’abattage de loups par hélicoptère, une pratique mandatée par la province pour tenter de freiner l’extinction du caribou.

Courante depuis 2015, cette mesure de réduction des prédateurs qui devait être temporaire est appelée à être renouvelée pour cinq années supplémentaires, ce à quoi s’oppose avec véhémence le groupe écologiste Pacific Wild.

Les loups servent de bouc émissaire pour la survie des caribous, alors que l’accent devrait être mis sur la préservation et la restauration des habitats, dit Laurie McConnell, chef de campagne au sein de l’organisation.

Une pétition de près d’un demi-million de signataires, dont environ la moitié sont Canadiens, qui demande la fin de cette pratique a été remise lundi dernier au ministère des Forêts, le jour de la rentrée parlementaire à Victoria.

Des caribous de la harde de Bathurst en train de brouter au bord d'un plan d'eau.

Au Canada, plusieurs espèces de caribous sont en voie de disparition.

Photo : Fournie par Petter Jacobsen

Des loups et des caribous

La province a tué 1429 loups depuis l’implantation du programme, il y a sept ans, soit une moyenne de 200 par an, indique le ministère des Forêts.

La mesure controversée offre, selon le Ministère, des résultats probants : dans la région de Peace, par exemple, les troupeaux de caribous ont augmenté de 81 % depuis 2016.

La pétition lancée par Pacific Wild s'appuie sur une récente étude (Nouvelle fenêtre) (en anglais) publiée dans le Journal of Biology and Conservation concluant qu’il n’existe aucune preuve statistique soutenant le contrôle des populations de loups comme moyen de protection des caribous des montagnes.

Adam Ford, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie de la restauration de la faune à l’Université de la Colombie-Britannique, apporte toutefois un bémol.

Cette étude n’est pas une représentation équilibrée de l’état de nos connaissances sur le sujet, affirme-t-il. Il existe des preuves bien plus concluantes qui indiquent que les prédateurs, notamment les loups, limitent l’abondance de leurs proies.

L'abattage de loups est relativement récent en Colombie-Britannique, mais déjà, on voit du progrès chez le caribou.

Une citation de :Adam Ford, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie de la restauration de la faune
Des arbres, certains plus jeunes que d'autres, à flanc de montagne. En arrière-plan, des pics enneigés.

Les loups avancent jusqu'à trois fois plus rapidement sur des tracés créés par les humains, comme des routes ou des voies destinées aux pipelines.

Photo : Tina Lovgreen/CBC

L’abattage par hélicoptère est-il illégal?

L’abattage de loups par hélicoptère n’est pas éthique et est cruel, lance l’avocate spécialisée en droit des animaux Rebeka Breder, qui représente Pacific Wild dans une poursuite contre le gouvernement.

Des audiences devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique se tiendront à Vancouver du 27 au 29 octobre.

Dans la province, des directeurs régionaux déploient les permis pour abattre les loups. Or, la manière dont la loi est formulée à l’heure actuelle ne leur permet pas de le faire, plaide Rebeka Breder.

Les directeurs régionaux n’ont en fait pas le pouvoir de délivrer des permis pour tuer des animaux depuis les airs.

De plus, selon l'avocate, la réglementation provinciale est en conflit avec les lois fédérales d’aviation et présente un danger pour le public. Il s'agit ici d’avions en mouvement qui tirent sur des cibles en mouvement.

Deux loups en forêt.

Les loups sont des animaux résistants, dont l'habilité à se reproduire réduit leurs risques de déclin, estime Adam Ford.

Photo : iStock

Si un gouvernement veut tuer des animaux au point d’avoir une incidence sur toute une espèce, il devrait au minimum le faire sous une réglementation adéquate.

Une citation de :Rebeka Breder, avocate spécialisée en droits des animaux

Il s’agit de préoccupations valides qui méritent de l’attention, reconnaît Adam Ford.

Toutefois, les méthodes alternatives, comme trapper ou empoisonner les animaux, soulèvent également des questions de cruauté, fait-il valoir.

Dans la région de Peace, des rapports démontrent que seulement 6 % des loups sont morts plus de 30 secondes après avoir été atteints par balles, affirme Adam Ford. La méthode n'est pas aussi cruelle qu'elle peut le sembler.

L'exploitation favorise la capacité de chasse des loups

Tout cela n’ébranle pas Laurie McConnell. Si l’exploitation forestière est à l'origine de la disparition du caribou, c’est à elle d’y remédier, affirme-t-elle.

L’activité humaine en forêt offre un avantage de chasse aux loups, selon des documents de la province. Ces derniers avancent plus rapidement sur des tracés comme des routes ou des voies destinées aux pipelines, ce qui leur permet de ratisser un territoire plus large et, ainsi, de croiser davantage de proies.

Pour y remédier, le gouvernement propose des solutions à court terme, dont le contrôle des loups, et des solutions à long terme, comme la protection et la restauration des habitats.

Un tableau montre les mesures adoptées par la C.-B. pour sauver le caribou.

Mesures adoptées par la Colombie-Britannique pour sauver le caribou.

Photo : Radio-Canada

La restauration des habitats empêche les prédateurs de se déplacer plus rapidement, ce qui protège les caribous, estime Laurie McConnell. Mais la province place cette mesure d’atténuation dans sa liste de solutions à long terme, dénonce-t-elle.

Pour l’amour du ciel, je ne comprends pas comment cette pratique pour l'industrie n'est pas encore la norme.

Laurie McConnell se demande pourquoi les exploitants n’ont pas l’obligation de restaurer les zones touchées, ce qui forcerait les prédateurs à se déplacer à un rythme naturel, et non plus rapide.

Oui, cela peut être coûteux, mais si c'est une condition à l’approbation des permis, alors cela peut devenir le prix à payer pour faire des affaires , ajoute-t-elle.

Des caribous sur une route.

L'activité humaine est en grande partie à l'origine de la disparition du caribou dans l'Ouest canadien.

Photo : Jasper National Park / Valerie Domaine

Un choix tragique

Adam Fort comprend la tragédie et le malaise des gens entourant l'abattage de loups.

Il invite toutefois la population à considérer l’importance de la restauration du caribou. Il y a une question plus vaste ici : celle du rôle vital que joue le caribou pour les premiers peuples. Il s’agit d’un élément essentiel à leur mode de vie, tant pour des cérémonies culturelles que pour leur sécurité alimentaire.

Quand il voit le nombre de caribous se compter seulement par dizaines, cela lui brise le cœur.

Selon Laurie McConnell, de Pacific Wild, la question dépasse le choix improbable entre le loup et le caribou. Il s'agit plutôt d'un choix entre l’exploitation industrielle et la protection des écosystèmes à l’heure des changements climatiques.

Elle souligne que des chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique croient que la province subventionne l'extinction des caribous en finançant le forage de puits de gaz et de pétrole sur des terres essentielles à leur survie.

Le temps est venu de réfléchir collectivement au futur que nous souhaitons. Souhaitons-nous un futur où les espèces s’éteignent au profit de l’industrie?

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