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Les agents syndiqués d’aide à l’emploi expriment leur mal-être au travail

Des gens attendent sur des chaises pour passer une entrevue.

Des agents d'aide à l'emploi en poste au ministère du Travail se plaignent d'avoir trop de tâches administratives à accomplir.

Photo : iStock

Les agents d’aide à l’emploi du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) tirent la sonnette d’alarme. Ils croulent sous le travail et les tâches administratives, ce qui les empêche d’accompagner au mieux les personnes assistées sociales.

Telle est la conclusion d’une étude menée par le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), publiée cet été. Au cours des derniers mois, des employés du ministère se sont plaints d’une dégradation de leurs conditions de travail à leurs représentants.

Des rencontres syndicales ont été organisées. Une consultation en ligne pour recueillir des témoignages a aussi été lancée. Celles et ceux qui ont participé à l’enquête ont le sentiment de ne plus pouvoir faire leur travail comme ils le voudraient, tel qu’ils le conçoivent.

Une succession de programmes politiques

On a désincarné le travail initial des agents d’aide socioéconomique, plus spécifiquement des agents d’aide à l’emploi, en leur faisant faire de la bureaucratie plutôt que de l’aide et du soutien au niveau des personnes assistées sociales, affirme Christian Daigle, le président général du SFPQ.

Un homme pendant une entrevue par visioconférence dans un bureau. Il regarde droit devant lui, l'écran de son ordinateur.

Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec

Photo : Radio-Canada

La mise en œuvre de programmes du ministère a éloigné les fonctionnaires de leur mission première, considère-t-il.

En 2017, le MTESS a dévoilé son plan Objectif emploi; en novembre 2020, ce fut le Programme d’aide à la relance par l’augmentation de la formation (PARAF); le Programme pour la requalification et l’accompagnement en technologie de l’information et des communications (PRATIC) a vu le jour en juillet dernier.

Sur le papier, toutes ces initiatives ont pour but la réinsertion professionnelle des demandeurs d’emploi les plus en difficulté. Selon le SFPQ, ces programmes sont de la poudre aux yeux qui ne servent qu’à gonfler les statistiques du ministère et qui lui permettent d’afficher de bons résultats.

Nombre d'agents en baisse au ministère

À cela s’ajoute un manque d’effectif. Entre 2003 et 2018, le personnel technicien du MTESS – en grande majorité, des agents d’aide socioéconomique – est passé de 4100 environ à 3100. Le 25 mars 2020, il y avait 3136 agents d’aide à l’emploi dans les bureaux de Service Québec; le 24 février 2021, ils étaient 2943.

Une personne dans notre enquête nous a dit qu’elle avait quitté le ministère cet été pour retourner travailler dans un CIUSSS et aider la population. Elle ne se retrouvait plus à l’intérieur du ministère même. C’est pour vous dire comment les gens peuvent être en détresse de notre côté, confie Christian Daigle.

En plus d’épuiser et de décourager les agents d’aide à l’emploi du MTESS, cette situation se répercute sur les assistés sociaux. L’Association pour la défense des droits sociaux du Québec métropolitain (ADDSQM) le confirme.

Le rapport du SFPQ ne nous surprend pas du tout. C’est quelque chose qu'on avait remarqué dans les années précédentes, déclare Simon Pouliot, organisateur communautaire à l’association.

Il constate et regrette que les prestataires de l’aide sociale n’ont plus d’agents attitrés.

Ils n’ont donc pas de suivi régulier. Il faut toujours qu’ils recommencent leur histoire et l’information qu’on leur donne n’est pas toujours la même. Donc ils ne savent plus sur quel pied danser.

Plus que jamais, celles et ceux qui sont dans le besoin se tournent vers le milieu associatif pour y voir plus clair.

Sourde oreille au MTESS

Les cas sont de plus en plus lourds depuis quelques années, ils demandent beaucoup plus de temps à régler, quand ils se règlent. Et les gens sont beaucoup plus en détresse, poursuit Simon Pouliot.

L’équipe d’Action plus, organisme communautaire qui défend les droits des assistés sociaux à Sherbrooke et dans ses environs, dresse le même constat.

Une femme en entrevue par visioconférence. Elle regarde droit devant elle, l'écran de son ordinateur.

Geneviève Bouchard, coordonnatrice à Action plus

Photo : Radio-Canada

L’année dernière, on a reçu 2700 appels. C’est beaucoup! En 2019, on en avait eu 1400, renseigne Geneviève Bouchard, coordonnatrice.

On a discuté de la situation en long et en large avec le ministère, mais sans voir d’amélioration. On n’a pas d’écoute de sa part. [...] Il reste ferme sur ses objectifs, il fait la sourde oreille. Nous, on espère que les choses changent et changent rapidement pour arrêter l’épuisement de nos gens, déplore le président général du SFPQ.

Le ministère du Travail, de l’Emploi et des Services sociaux signale que depuis près d’un an et demi, nous vivons une période historique qui affecte particulièrement les travailleurs et les entreprises partout au Québec.

Dans ce contexte particulier, le ministère a participé à l’effort gouvernemental de répondre aux besoins des citoyens. La mise en œuvre des différentes mesures, la difficulté à combler certains postes ainsi que l’adaptation rapide à un environnement de travail différent, notamment avec le télétravail dans un contexte différent, sont des facteurs qui peuvent avoir influencé le personnel dans l’exécution de ses missions, nous a-t-on fait parvenir par courriel.

Augmenter le nombre des aides sociales

Le SFPQ est d’avis qu’en priorité, le MTESS doit embaucher de nouveaux employés.

En même temps, on doit se pencher sur l’orientation même du ministère. Il faut enlever le fardeau administratif pour revenir à la base. Un agent doit rencontrer les gens, les aider, les soutenir dans leur parcours de réinsertion sociale, plaide Christian Daigle.

À son niveau, Simon Pouliot, de l’ADDSQM, aimerait que le gouvernement réévalue le montant des aides sociales.

Un homme pendant une entrevue par visioconférence.

Simon Pouliot, organisateur communautaire à l'Association pour la défense des droits sociaux du Québec métropolitain

Photo : Radio-Canada

La prestation de base en ce moment est de 700 $ par mois. Les personnes partout au Québec qui les touchent survivent à peine avec cette somme. Si on donnait la plus haute catégorie à tous de l’aide sociale qui est à 1300 $ par mois, ce serait mieux.

L’organisateur communautaire souligne qu’une personne qui subvient à ses besoins a le bon état d’esprit pour trouver un emploi, pour se soigner, pour bien orienter sa vie.

En juillet 2021, le Québec comptait 299 106 bénéficiaires d’un programme d’aide sociale; 18 145 d’entre eux étaient domiciliés dans la Capitale-Nationale et 9260 se trouvaient en Chaudière-Appalaches.

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