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4,3 M $ pour une application albertaine de traçage qui a répertorié 158 cas

En comparaison, plus de 34 000 cas de COVID-19 ont été répertoriés dans l’application fédérale que l’Alberta a refusé d’adopter.

Un téléphone cellulaire avec l'application ouverte.

Le gouvernement albertain a un contrat de 1,7 M$ avec la firme Deloitte, et un autre de 2,6 M$ avec IBM pour l'application mobile ABTraceTogether.

Photo : CBC / Janet French

Radio-Canada

D’ici la fin de l’année, le gouvernement albertain aura dépensé 4,3 millions de dollars pour l’application mobile ABTraceTogether.

Le gouvernement albertain a abandonné la plupart de ses opérations de traçage de contacts il y a des mois, mais il paye encore des millions de dollars aux firmes Deloitte et IBM pour maintenir et mettre à jour l’application ABTraceTogether.

Depuis son lancement, en mai 2020, et jusqu’à la semaine dernière, cette application a été téléchargée 317 000 fois. 

Parmi les 306 000 Albertains qui ont contracté la COVID-19 depuis le début de la pandémie, 158 ont déclaré leur résultat dans l’application.

Cela a permis d’identifier 1531 utilisateurs comme des contacts rapprochés de ces derniers.

C’est une partie infinitésimale du nombre de personnes qui ont été exposées à la COVID-19 dans la province, fait remarquer l’ancien médecin hygiéniste en chef de l’Alberta et professeur en santé publique de l'Université de l’Alberta James Talbot.

Selon lui, cette application mobile avait pourtant le potentiel d’être un outil crucial dans la lutte contre le coronavirus.

Il croit que le gouvernement aurait pu faire une meilleure promotion de l'application dès sa sortie, surtout pour rassurer les gens au sujet de la protection de leurs données personnelles.

Mathieu Fenniak, un développeur de logiciel calgarien, rappelle pour sa part que l’application avait des défauts majeurs lorsqu’elle a été lancée.

Elle ne permettait pas le partage de données entre des téléphones de types différents, ne fonctionnait pas adéquatement sur les Iphones, et drainait la batterie des appareils très rapidement, dit-il.

Selon lui, ces problèmes techniques, même s’ils ont été en grande partie réglés, ont nui à la popularité de l'outil.

Quand on développe un logiciel, on doit avoir un produit minimalement viable, qui a une valeur pour les utilisateurs, et ensuite on met tous ses efforts de marketing derrière. [Le gouvernement] a fait les choses à l'envers : il a mis le produit sur le marché sans avoir cela, estime-t-il.

Une application qui se voulait plus interactive

Quand un utilisateur d'ABTraceTogether reçoit un résultat positif de COVID-19, il peut l'indiquer dans l'application. Les traceurs de contacts de Services de santé Alberta (AHS) avertissaient ensuite les utilisateurs qui ont été en contact rapproché avec cette personne dans les 21 jours précédents.

Selon le Dr Talbot, l’intégration de cet élément humain au fonctionnement de l’application albertaine était son principal avantage sur l’application fédérale.

Toutefois, le 29 juillet, Services de santé Alberta a arrêté tout traçage de contacts, excepté dans les milieux « à haut risque », c’est-à-dire dans les hôpitaux et les centres de soins continus.

Le site web consacré à l’application dit que les traceurs de contact d’Services de santé Alberta invitent toutes les personnes déclarées positives à indiquer leur statut sur l’application si elles l’ont téléchargée.

Un porte-parole d’Services de santé Alberta précise cependant qu’ils ont également arrêté de faire cela à la fin du mois de juillet.

L'abandon du traçage de contacts par Services de santé Alberta est un handicap grave en ce qui concerne l’utilité d'ABTraceTogether, d’après le Dr Talbot.

En conférence de presse jeudi, le premier ministre Jason Kenney a reconnu que l’application n’était pas parfaite.

Nous avons essayé de nouvelles choses pour [nous] adresser à un nouveau défi et nous étions la première province à adopter un système informatique de traçage, a-t-il rappelé.

Il a cependant ajouté qu’il croyait que ce type d’application, en général, n’a pas été aussi efficace qu’espéré, mais que cela vaut la peine d’essayer de nouvelles approches.

L’application fédérale plus utilisée

Le gouvernement fédéral a lancé sa propre application de traçage de contact environ trois mois après l’Alberta.

En date du 28 septembre, l’application Alerte COVID avait été téléchargée près de 6,7 millions de fois dans 8 provinces et 1 territoire. Plus de 34 000 personnes atteintes de la COVID-19 y avaient volontairement déclaré leur statut.

Même si ce rendement a été critiqué par certains experts, il est largement supérieur à celui d’ABTraceTogether.

Le Canada a environ 10 fois la population de l’Alberta. Alerte COVID a été téléchargée 21 fois plus souvent et elle a répertorié 215 fois plus de cas.

L’application a coûté 3,5 millions de dollars au gouvernement canadien en 2020-2021, mais Ottawa n’a pas encore révélé le coût estimé pour l’exercice fiscal en cours.

Le gouvernement albertain a un contrat de 2,6 millions de dollars avec la firme IBM pour des services de soutien technique et de maintenance.

Il a aussi un contrat de 1,7 million de dollars qui arrive à échéance le 31 décembre avec la firme Deloitte, qui fournit de l’aide stratégique, des améliorations techniques et du soutien pour l’application.

« Quatre millions de dollars pour 158 usagers d’une application semblent très dispendieux et une mauvaise utilisation de l’argent des contribuables. »

— Une citation de  Mathieu Fenniak, développeur de logiciel

L'Alberta a hésité à l'idée d'adopter l'application fédérale, mais l'a finalement rejetée.

« Ce n'est pas le choix que j'aurais fait », dit le Dr Talbot. Il n’a toutefois pas totalement perdu espoir en ABTraceTogether.

Il croit que l’application albertaine pourrait être utilisée pour affronter d’autres problèmes de santé publique, par exemple pour retracer l’origine de cas de salmonelle ou encore faire du traçage de contacts pour d’autres maladies infectieuses.

Si on s’en servait comme base [pour d’autres initiatives], ce serait moins décevant, pense-t-il.

Le ministre de la Santé, Jason Copping, dit que le gouvernement n’a pas encore décidé s’il allait continuer d’utiliser, réparer ou discontinuer l’application.

Il assure que le gouvernement se penchera sur le succès de divers aspects de sa réponse à la pandémie, y compris l’application, une fois la crise sanitaire terminée.

D’après les informations de Janet French

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