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Repenser le développement résidentiel : le (contre)-exemple du plateau McCrea

un camion circule sur le plateau mccrea a sherbrooke.

Le plateau McCrea dans le district du Carrefour à Sherbrooke comptera 3500 nouvelles adresses lorsqu'il sera complété.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Le boom immobilier est partout à Sherbrooke. Les quartiers qui poussent comme des champignons amènent des revenus fonciers appréciables à la Ville, mais parfois aussi un lot de problèmes aux citoyens qui s’y installent ou gravitent autour. Interpellé par Thierry Gros, résident du district du Carrefour, j’ai fait avec lui le tour du plateau McCrea - un immense quadrilatère entre le Carrefour de l’Estrie et le plateau Saint-Joseph - au guidon d’un vélo électrique pour observer ce phénomène.

Thierry Gros, un retraité de l’enseignement au collégial, s’est installé dans le district du Carrefour avec sa conjointe, il y a quatre ans. Ils ont vendu leur résidence du Canton de Hatley pour s’installer dans un chic appartement d’un immeuble de prestige, bâti un peu en retrait et entouré d’arbres matures. Pour ne pas trop se sentir en ville, me précise-t-il.

Même s’il apprécie toujours son secteur, le septuagénaire constate que depuis un certain temps, la qualité de son environnement se détériore peu à peu. Le développement du plateau McCrea, situé à proximité, se fait sentir; à terme, ce secteur comptera 3500 nouvelles unités. On a qu’à rouler quelques minutes pour se retrouver au cœur de ce chantier gigantesque. Ce que je déplore, c’est qu’il y a un développement qui se fait en ne respectant pas les souhaits qui sont formulés depuis quelques années par la plupart des gens. Soit des souhaits d’environnement, d’intégration des générations, constate-t-il à regret.

Un esprit de quartier qui, définitivement, n’aura pas lieu cette fois là encore.

Une citation de :Thierry Gros, résident de Sherbrooke
deux personnes circulent à vélo dans un quartier.

Thierry Gros montre les impacts du développement immobilier important dans le district du Carrefour à Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

En vélo, nous parcourons les rues du secteur. Il faut, pour l’heure, composer avec une circulation lourde qui sera présente tant et aussi longtemps que les travaux d'aménagement et de construction ne seront pas terminés.

On imagine très bien le nombre d'arbres qu’il a fallu raser pour permettre l’aménagement de rues et de terrains. Cependant, tout n’est pas noir, tient à préciser Thierry Gros. Une grande bande de forêts qui longe le plateau a heureusement été épargnée. Certains sentiers ont aussi été préservés pour les vélos ou les marcheurs comme celui entre le plateau McCrea et le parc Viger. Un autre récemment aménagé, entre la rue Francis-McCrea et le plateau du même nom, semble être apprécié par les utilisateurs que nous croisons.

C’est plaisant d’avoir des sentiers qui nous amènent d’un quartier à l’autre de façon sécuritaire, que ce soit à pied ou à vélo. Ça nous permet de répondre aisément à nos besoins, précise Thierry Gros. On peut sans difficulté aller jusqu’au bois Beckett ou aller à l’épicerie de quartier sur la rue Richard, et ça, c’est très agréable tient à souligner le retraité.

Une explosion de voitures

L’un des effets collatéraux de cette expansion domiciliaire est l’accroissement exponentiel de la circulation sur le boulevard Lionel-Groulx, la voie d’accès principale. Environ 12 000 véhicules par jour empruntent cette voie pour entrer dans le nouveau quartier. D’autres reconduisent ou viennent chercher leurs enfants à l’école Plein Soleil, construite il y a trois ans. Un très grand nombre vont et viennent au plateau Saint-Joseph, le pôle commercial qui regroupe les géants Costco, Canadian Tire et Walmart.

Les développements qui sont en train de se faire ont une incidence sur le bruit que provoque une circulation automobile grandement accrue autour de nous.

Une citation de :Thierry Gros, résident de Sherbrooke

Pour la candidate de Sherbrooke Citoyen, Fernanda Luz, c’est impératif qu’on apprenne des erreurs faites ici pour les nouveaux développements à Sherbrooke. Physiothérapeute et infirmière de formation, elle se questionne sur la rentabilité de tels projets domiciliaires. Elle croit qu’il faut miser sur la prévention plutôt que sur des solutions palliatives. Ça va coûter environ 10 millions de dollars pour doubler la voie qui est là [Lionel-Groulx et Mgr Fortier]. Il faut voir à long terme ce que ça va rapporter à la Ville. Est-ce que ce sera rentable ou les contribuables devront payer encore plus cher parce que ce n’est pas le promoteur qui va devoir payer [la route].

Les deux autres candidats dans ce secteur, Mario Deslongschamps et Marc-Alexandre Bourget, s’accordent avec Fernanda Luz pour dire que la route aurait dû être aménagée en conséquence avant que le projet immobilier soit lancé.

Mario Deslongchamps croit cependant que les travaux de doublement des boulevards Lionel-Groulx et de Monseigneur-Fortier doivent se faire d’un seul coup, alors que Marc-Alexandre Bourget et Fernanda Luz estiment qu’il faut procéder par étape pour réduire les impacts. Ils approuvent aussi tous les trois l’installation d’un feu de circulation à l’intersection Lionel-Groulx et Laure-Conan pour remplacer le panneau d’arrêt actuel, qui cause des bouchons. Améliorer la desserte du transport en commun et encourager la mobilité durable font aussi partie, à leurs yeux, des solutions.

Les trois candidats au poste de conseiller du district du Carrefour  en discussion avec un résident du secteur.

Les trois candidats au poste de conseiller du district du Carrefour en discussion avec Thierry Gros, un résident du secteur. Dans l'ordre : Mario Deslongchamps, Fernanda Luz et Marc-Alexandre Bourget.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

Imaginer différemment

La question du transport et de l'aménagement du territoire devraient d’ailleurs être au coeur des engagements des candidats aux élections municipales, selon Thierry Gros, qui profite de la présence des trois candidats pour les interpeller.

Thierry Gros : Les gens sont obligés de prendre leur voiture s’ils veulent s’acheter une pinte de lait ou aller chez le coiffeur parce qu’il n’y a rien ici. C’est un dortoir. Il me semble qu’il y a quelque chose à faire.

Marc-Alexandre Bourget : C’est un développement intelligent qu’il faut faire. On l’a vu avec la pandémie, on a besoin de milieux de vie. Les gens se sont beaucoup approprié les parcs. Je prône beaucoup les parcs multigénérationnels.

T.G. : Plus encore que des parcs! Vous parlez de la pandémie [mais ]il y a beaucoup de travail qui se fait à la maison maintenant. Pourquoi ne pas imaginer des bureaux collectifs dans un quartier avec un petit café à côté? Un endroit où les gens peuvent se rassembler sans être obligés de prendre l’auto.

Mario Deslongchamps : Il n’est pas trop tard. De sensibiliser la population et les décideurs à ce que vous proposez aujourd’hui, je pense que vous arrivez à temps et c’est bienvenu.

Même si des commerces de proximité sont prévus sur le plateau McCrea, les trois aspirants au siège laissé vacant par Évelyne Beaudin, qui tente de se faire élire à la mairie, sont d’accord avec le fait qu’il faut repenser ce genre de projet.

Les candidats tiennent toutefois à nuancer : même si les promoteurs font souvent l'objet d'une pluie de reproches, ils évoluent quand même dans un cadre prescrit par les règlements municipaux, votés par les élus. C’est pourquoi, selon eux, il faut revoir les façons de faire pour que les prochains développements résidentiels à Sherbrooke se fassent davantage dans le respect de l'environnement et du mieux vivre des citoyens.

Ce qui est fait est fait. Il est clair qu’il faut changer les règles pour que ça ne soit plus comme ça.

Une citation de :Thierry Gros, citoyen de Sherbrooke
Un homme sur son vélo dans un quartier résidentiel.

Thierry Gros, un résident du district du Carrefour, déplore les problèmes de densité liés au projet domiciliaire du Plateau McCrea.

Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN

De retour vers son domicile, nous passons par le parc André Viger, un espace vert utilisé autant par les enfants que par les adultes. Assurément un modèle qui pourrait être imité sur le plateau McCrea, où l’aménagement de plusieurs parcs est prévu.

Il y a des enfants avec la garderie. Il y a des clubs de sport, que ce soit la pétanque ou le soccer. La fin de semaine, ça grouille de monde. Multiethnique en plus, c’est extrêmement agréable à vivre, conclut Thierry Gros.

En 2021, Sherbrooke compte 1563 mises en chantier de janvier à août selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement. En 2020, c’était 2264 mises en chantier pour toute l’année.

Affiche invitant les lecteurs à écrire à Réjean Blais.

Écrivez vos préoccupations sur l'avenir de votre quartier à Réjean Blais.

Photo : Radio-Canada

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