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Analyse

Productivité, jour férié et semaine de quatre jours!

François Legault assis à la table de presse.

François Legault a estimé que l'ajout d'un jour férié pour la réconciliation nuirait à la productivité du Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La productivité, ce n’est pas produire plus, mais mieux. La productivité, c’est réussir à augmenter la valeur de notre production par heure travaillée. En disant qu’il ne souhaitait pas ajouter un jour férié pour ne pas nuire à la productivité, on imagine que François Legault voulait plutôt parler, dans les faits, du produit intérieur brut.

En réalité, on pourrait dire que des citoyens plus heureux et plus reposés, qui bénéficient d’un congé payé supplémentaire dans leur année, pourraient fournir un effort plus efficace durant les jours de travail, ce qui permettrait d’augmenter la productivité.

Tout en figurant parmi les pays les plus productifs du monde, la France, l’Italie, la Norvège et la Suède sont aussi au nombre des nations qui octroient le plus de journées de vacances et de jours fériés. Il semble donc peu probable que la productivité soit négativement affectée par l’ajout d’un congé.

Et si les congés étaient payants?

C’est peut-être le contraire qui se produit, d'ailleurs. Prenons l’exemple de la semaine de quatre jours. On ne parle pas ici de l’ajout d’une journée de congé dans l’année, mais bien d’une journée de répit supplémentaire chaque semaine.

Plusieurs études de cas et projets pilotes ont été réalisés dans des entreprises qui ont tenté de mettre en place la semaine de quatre jours. On arrive, de façon générale, à la conclusion que les bénéfices dépassent les coûts.

Pour compenser la perte de 20 % du temps de travail, il faut augmenter la productivité d’au moins 25 %. Du côté de Microsoft, d'Uniqlo et dans des entreprises en Islande, au Japon et en Nouvelle-Zélande, avec une semaine de quatre jours, la productivité a augmenté en moyenne de 25 à 40 %. Autrement dit, la réduction de 20 % du temps de travail est venue apporter un bénéfice net à ces sociétés. Fascinant, n’est-ce pas?

La raison en est simple : 78 % des employés se disent plus heureux et moins stressés, donc plus productifs, alertes et créatifs au travail. De plus, 63 % des entreprises disent que cela permet d'attirer plus de recrues; elles observent une hausse de la rétention du personnel, ce qui veut dire moins de coûts de formation, une baisse de l'absentéisme ainsi qu'une diminution du nombre de congés de maladie.

On apprenait d’ailleurs jeudi que les studios de jeux vidéo Eidos de Montréal et de Sherbrooke implantent la semaine de quatre jours pour tous leurs employés. La semaine de travail normale va ainsi passer de 40 à 32 heures, sans changements aux conditions de travail et sans diminution de salaire.

La direction d'Eidos pense qu'il est possible de travailler moins, mais mieux. L’une des façons d'améliorer la productivité sera de limiter la durée des réunions à 30 minutes.

De 750 millions à 2 milliards

Le premier ministre Legault avait probablement à l’esprit le PIB lorsqu’il a déclaré, en mêlée de presse, la semaine dernière, qu’il ne voulait pas ajouter un jour férié en hommage aux victimes des pensionnats pour Autochtones, parce qu’il souhaitait améliorer la productivité.

Selon une évaluation de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) effectuée il y a quelques années, l’ajout d’un jour férié au Canada pourrait avoir un impact économique négatif potentiel de 3,6 milliards de dollars. Une règle de trois nous permet de comprendre que cela voudrait dire un impact d’environ 750 millions pour l’économie du Québec.

Selon Statistique Canada, avant la pandémie, le produit intérieur brut aux prix de base du Québec était de 375 milliards de dollars. L’économiste Pierre Fortin affirme qu’en s’appuyant sur le PIB nominal au Québec, à près de 500 milliards, un jour férié de plus réduirait en théorie le PIB de 2 milliards, et de 10 milliards pour l’ensemble du pays.

Ainsi, l’ajout d’un jour férié pourrait amputer l’économie du Québec de 750 millions à 2 milliards de dollars. Peut-être pas non plus. Une amélioration de la productivité, justement, pourrait atténuer et même éliminer l’effet économique négatif d’un jour férié supplémentaire dans le calendrier des congés du Québec.

Urgence : pénurie de main-d'œuvre

Comment améliorer l’efficacité des processus de production pour mieux fabriquer, construire, développer et croître? Améliorer l’accès aux technologies, soutenir les entreprises dans l’automatisation de certaines activités, payer la formation et la requalification des travailleurs, voilà des solutions qui pourront améliorer l’efficacité des entreprises et leur productivité.

Et, on ne s’en sort pas, pour y arriver, il faut que l’urgence économique la plus importante du gouvernement du Québec soit de trouver rapidement des solutions à la pénurie de main-d'œuvre. Ce manque de travailleurs est un frein à l’avenir économique du Québec pour les prochaines années, alors que le vieillissement de la population s’intensifie. Il y a de plus en plus de gens qui partent à la retraite, des départs qui ne sont pas entièrement compensés par l’arrivée de nouveaux travailleurs.

Or la croissance du PIB passe par la productivité et par la croissance du bassin de travailleurs. Que fait-on pour ajouter de nouveaux travailleurs dans l’économie du Québec?

On investit dans la requalification pour faire baisser le nombre de chômeurs et augmenter le nombre de personnes en emploi.

On mise sur les travailleurs expérimentés en améliorant les politiques de maintien au travail et les conventions collectives pour augmenter le taux d’emploi des personnes de 60 ans et plus, comme le propose une étude de HEC Montréal.

Et on n’a d'autre choix que d’explorer la possibilité d’accueillir davantage d’immigrants, temporaires et permanents, pour combler les besoins immédiats du marché du travail. C’est probablement la solution la plus rapide à mettre en œuvre pour éviter de ralentir le développement du Québec, de ses régions et de toutes les forces vives de l’économie.

Il est difficile de mesurer la capacité d’intégration d’une société. C’est un équilibre complexe à trouver, j’en conviens, et le gouvernement doit absolument en tenir compte. Mais il est clair que le fait de limiter l’accueil de travailleurs étrangers supplémentaires au Québec est une entrave économique pour des milliers d’entrepreneurs.

Intégrer davantage les Autochtones au marché du travail

On évoque aussi la possibilité d’intégrer davantage les personnes autochtones dans le marché du travail comme solution partielle à la pénurie de main-d'œuvre. Pourrait-on penser, dans ces circonstances, qu’une reconnaissance officielle des souffrances des peuples autochtones, passant par l’attribution d’un jour férié, pourrait faciliter la réconciliation et l’intégration de plusieurs travailleurs autochtones au marché du travail?

Pourrait-on même penser, pour bien résumer la situation, qu’un tel congé viendrait contribuer à une croissance du bassin de travailleurs, à une hausse du PIB, à une atténuation de la pénurie de main-d'œuvre et, qui sait, à une hausse de la productivité?

Je comprends que cette analyse comporte son lot d’incertitudes. Mais le temps n’est-il pas venu, au Québec, de mettre cartes sur table et de saisir toutes les occasions qui se présentent pour affronter, de façon efficace et pragmatique, les défis de la pénurie de main-d'œuvre et de la productivité?

Sources : Abacus, The Atlantic, 4DayWeek Global

Avec la participation d'Andrée-Anne St-Arnaud.

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