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Le Manitoba paiera une chirurgie de féminisation faciale pour la première fois

Une salle d'opération vide.

Les chirurgies de féminisation faciales sont des interventions coûteuses et complexes qui sont seulement pratiquées par un très petit nombre de spécialistes au Canada.

Photo : bande d'images Twenty20

Le Conseil manitobain d’appel en matière de santé ordonne à la province de payer la chirurgie de féminisation faciale d’une femme transgenre. C'est la première fois que l’assurance maladie du Manitoba couvrira une telle procédure.

L’appelante, dont l’anonymat est protégé par la décision, est représentée par l’avocate du Centre juridique d'intérêt public (PILC) Allison Fenske. Cette dernière affirme que sa cliente suit des traitements non chirurgicaux depuis 5 ans.

Elle souffre de dysphorie de genre, un terme médical qui désigne l’anxiété et le stress provoqués par la différence entre le genre déclaré à la naissance et le genre réel d’une personne.

L’appelante s’est vu attribuer le genre masculin à la naissance, mais s’identifie comme femme. Elle suit l'hormonothérapie féminisante et n’a pas encore fait l’objet de chirurgies d’affirmation de genre.

Selon Allison Fenske, elle a obtenu une recommandation médicale pour l’obtention d’une chirurgie de féminisation faciale. Or, à la fin de 2019, la province a refusé de couvrir ce traitement, un refus qui a été maintenu par un premier appel au Conseil manitobain d’appel en matière de santé en 2020.

Mme Fenske indique que sa cliente s’était elle-même représentée lors de cet appel, et que la réaction de la province n’était pas surprenante. Les chirurgies de féminisation faciale sont des interventions coûteuses et complexes qui sont seulement pratiquées par un très petit nombre de spécialistes au Canada.

Jusqu’à maintenant, Santé Manitoba a refusé même de considérer une demande pour ce genre de chirurgie pour les femmes trans, affirme l'avocate. La province jugeait que de telles interventions ne sont pas nécessaires sur le plan médical.

Mme Fenske, souriant dans la rue.

Allison Fenske est avocate au Centre juridique d'intérêt public (PILC), à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

C’est après l’échec de ce premier appel que l’appelante a pris contact avec Allison Fenske.

Ensemble, elles ont préparé un dossier plus important pour l’assurance maladie. Afin qu’ils comprennent pourquoi c’est tellement nécessaire pour ma cliente. Et encore, ils ont refusé de le considérer, poursuit Mme Fenske.

Prouver la nécessité médicale

Lors du deuxième appel, l'avocate et sa cliente étaient armées d’affidavits provenant de médecins et d’un psychologue clinicien, qui a aussi témoigné devant le conseil d’appel. L'appelante affirme que cette intervention chirurgicale est plus importante que les autres chirurgies d’affirmation de genre que Santé Manitoba était prêt à couvrir dans [son] cas.

Elle subit des expériences extrêmes autour de sa dysphorie de genre, cela veut dire de l’anxiété en sortant dans un lieu public. Pour elle, son visage est la première chose que les personnes voient et évaluent afin de comprendre son identité de genre, explique Mme Fenske en parlant de sa cliente.

Le Conseil manitobain d’appel en matière de santé a approuvé l’appel, et l’assurance maladie publique du Manitoba devra donc couvrir la chirurgie de féminisation faciale de l’appelante.

Le conseil est convaincu que l’appelante souffre de détresse psychologique considérable portant atteinte à son bien-être mental et physique, à cause de sa dysphorie de genre, indique la décision écrite, publiée en août.

La décision note aussi que la province a fait une erreur en ne prenant pas en considération les circonstances individuelles de l’appelante et en s’appuyant plutôt sur une position univoque, selon laquelle la chirurgie de féminisation faciale n’est pas nécessaire sur le plan médical.

Allison Fenske affirme que cette décision est énorme pour sa cliente, bien qu’il lui reste encore bien des étapes avant l’obtention d’une chirurgie. Elle doit déterminer le prestataire de soins et se trouvera sur une liste d’attente.

Médecin du programme de santé de personnes transgenres au centre de santé communautaire Klinic, à Winnipeg, Robert Obara tient à souligner l’importance médicale d’une telle intervention.

« C’est vraiment important parce que des soins d’affirmation de genre sont des soins qui protègent la vie. »

— Une citation de  Robert Obara, médecin au programme de santé trans de Klinic

Nous savons que fournir des soins médicaux et chirurgicaux adéquats et en temps voulu aux personnes trans est énorme pour leur santé mentale, physique, et sociale, affirme-t-il, en notant que les tendances suicidaires parmi les personnes transgenres sont répandues avant qu’elles reçoivent des soins d’affirmation de genre.

Toutefois, toutes les femmes transgenres ne requièrent pas une chirurgie de féminisation faciale, note-t-il, mais pour celles qui en ont besoin, ça peut vraiment leur permettre d’aller vers l’avant dans leur vie.

Le Dr Obara assis sur un banc, dans un parc.

Le Dr Robert Obara est médecin au programme de santé de personnes transgenres au centre de santé communautaire Klinic, à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada / Gavin Boutroy

Il croit que la décision du conseil d’appel témoigne d’une société qui est beaucoup plus informée, consciente et solidaire des personnes trans.

Une porte a été ouverte pour d’autres femmes transgenres

Allison Fenske souligne que cette décision pourrait avoir des répercussions plus larges pour les soins de santé au Manitoba. Dans un premier temps, cela ouvre les portes à d’autres femmes transgenres ayant besoin d’une telle intervention, croit-elle.

Bien que la décision du conseil d’appel s’applique uniquement aux circonstances de l’appelante, Mme Fenske croit que la province devrait changer ses politiques en raison de l’issue de cet appel.

Il faut espérer que Santé Manitoba sera proactif et mettra à jour sa manière de considérer des chirurgies et des procédures d’affirmation de genre. Sinon, il est probable qu’il y aura beaucoup d’autres appels de cette nature, explique-t-elle.

« C’est injuste pour la communauté trans qu’elle doive mener encore et encore les mêmes combats. »

— Une citation de  Allison Fenske, avocate au Centre juridique d'intérêt public

Allison Fenske souhaite que la province révise ou élimine carrément sa liste des procédures couvertes et non couvertes par l’assurance maladie. Cette approche universelle ne marche pas en 2021, fait-elle valoir.

Une mise à jour nécessaire

Dans sa décision, le conseil d’appel fait remarquer que les règlements et les politiques de Santé Manitoba entourant le traitement des personnes transgenre deviennent peut-être quelque peu dépassés.

Il est peut-être temps [qu’elles] soient mises à jour pour clarifier pour toutes les personnes concernées ce qui sera couvert et ce qui ne le sera pas, est-il indiqué.

Selon Mme Fenske, cette remarque est un message puissant pour Santé Manitoba. Le Ministère, dit-elle, doit prendre en compte les besoins d’une personne si un traitement est médicalement nécessaire tel que le requiert la loi, plutôt que de dire non parce qu’il n’a pas envie de le couvrir.

La ministre de la Santé et des Soins aux personnes âgées du Manitoba, Audrey Gordon, a refusé une demande d’entrevue.

Un porte-parole du ministère a cependant fourni une déclaration écrite au sujet de la décision du conseil d’appel. Il indique que Santé Manitoba analyse cette décision et les commentaires du conseil.

Comme pour de nombreuses facettes des soins de santé, des considérations cliniques changeantes, ainsi que la planification de systèmes et la durabilité sont des considérations importantes [en ce qui concerne la gouvernance des soins de santé], ajoute-t-il.

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