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La densification des banlieues est-elle inévitable?

Coup d'œil sur Longueuil

Deux bâtisses en construction.

Le quartier Laflèche, à Saint-Hubert, est l'un des plus touchés par la construction effrénée de multiplex.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La densification, les habitants de certains quartiers de Longueuil l’ont vécue de plein fouet, parfois contre leur gré.

Depuis environ deux ans, dans certains quartiers, le paysage se modifie presque à vue d’œil. Des maisons unifamiliales, parfois en excellent état, sont démolies pour être remplacées par des immeubles abritant quatre, six ou huit logements.

Cela ne se fait pas sans heurts. Les voisins vivent mal ces changements subits survenus dans leur milieu. Car plus d'habitants signifie plus de circulation dans la rue et moins de stationnements disponibles, mais aussi, parfois, moins d’eau dans la douche, raconte Catherine Fournier, candidate à la mairie de Longueuil.

Un autre revers de la densification, c’est le fait que les infrastructures ne sont pas nécessairement adaptées, souligne-t-elle. En faisant du porte-à-porte à Saint-Hubert, j’ai entendu que, dans certains secteurs, il y a des difficultés avec le débit d’eau. Les aqueducs sont surchargés.

Mme Fournier ne s’oppose pas à la densification, mais prône que celle-ci soit faite à échelle humaine.

Oui, c’est possible de remplacer les maisons par des multilogements. Mais encore faut-il qu'ils soient accessibles, qu'ils s'intègrent bien à un quartier et qu'ils intègrent des aspects environnementaux. Ça ne peut pas se faire n'importe où, n'importe comment.

Une citation de :Catherine Fournier, candidate à la mairie pour Coalition Longueuil

Les quatre candidats à la mairie de Longueuil s’entendent sur ce point : la densification sauvage doit cesser.

Jean-Marc Léveillé, candidat pour Longueuil Citoyen, insiste également sur la protection du couvert végétal, essentiel pour atténuer les îlots de chaleur.

Ce qui arrive présentement, c'est qu'on a des entrepreneurs qui démolissent de vieilles maisons des années 50 et 60 qui donnaient une caractérisation à certaines rues et quartiers, explique M. Léveillé.

Bien souvent, ces maisons avaient un couvert végétal intéressant, avec des arbres matures. Couper ces arbres, ça détruit carrément l’allure d’une rue.

Une pelleteuse sur un terrain.

Démolition dans la rue Balmoral, à Saint-Hubert.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les quatre candidats veulent mettre en place un comité de démolition comme il en existe dans d'autres municipalités, telles que Saint-Bruno ou Saint-Lambert, pour mieux encadrer la situation.

Cela ressemble à un comité consultatif d'urbanisme, mais qui se concentre particulièrement sur les propositions de différents promoteurs, explique Josée Latendresse, de Longueuil Ensemble. Si un spéculateur achète une maison et souhaite la démolir, avant même de toucher quoi que ce soit, le projet doit être présenté à un comité qui comprend des élus, des fonctionnaires et, surtout, des citoyens du quartier afin qu’ils étudient le dossier.

C'est un premier outil pour qu'on soit en mesure de dire "stop".

Une citation de :Josée Latendresse, candidate de Longueuil Ensemble

Une meilleure planification, c’est ce que plusieurs citoyens réclament. Ils estiment que la Ville, qui vient d'imposer un gel de l'émission des permis de démolition, après un premier resserrement des règles à l'automne 2020, a trop tardé à agir.

Une pancarte sur laquelle est écrit : "Nous achetons votre maison comptant!"

Comme le zonage permet la construction de multiplex dans plusieurs secteurs, les nouvelles constructions poussent comme des champignons.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le risque existe également que les familles des classes moyennes n’aient plus les moyens de vivre à Longueuil, craint Jacques Létourneau, d’Action Longueuil, le parti de la mairesse sortante.

Si on ne fait rien et qu'on laisse le marché déterminer comment se développera le parc immobilier de Longueuil, on n’aura que des habitations de luxe, soutient M. Létourneau. Les gens de la classe moyenne, ils vont vivre où?

C'est vraiment une question urgente qui va au-delà de la question patrimoniale et dans le sens du droit à l'habitation abordable.

Une citation de :Jacques Létourneau, candidat d’Action Longueuil

Son parti propose la tenue d’un sommet sur l’habitation pour mieux cerner les besoins des Longueuillois.

Une densification intelligente

L’enjeu est important pour Longueuil, mais aussi pour toutes les autres villes de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) qui ont encore un fort potentiel de densification.

À mesure que la population s’accroît et que les prix de l'immobilier augmentent, les banlieues proches de Montréal deviennent de plus en plus attrayantes.

Des dizaines de milliers de nouveaux ménages veulent profiter de la proximité de la ville, dit Christian Savard, de l’organisme Vivre en ville, pour qui la densification est incontournable.

C'est toujours comme ça que les villes se sont développées, affirme-t-il. Au début, le Plateau Mont-Royal était un faubourg agricole, puis c’est devenu un quartier urbain, compact. Avec 12 792 habitants au kilomètre carré, c’est aujourd'hui l’arrondissement montréalais le plus densément peuplé.

Des rangées de multiplex fraîchement bâtis.

À Longueuil, certaines rues ont complètement changé en l'espace de quelques mois.

Photo : Ivanoh Demers

Dans son plan d’aménagement, la CMM a fixé des seuils minimaux de densité que les municipalités intègrent ensuite à leur plan d’urbanisme.

Si on répond seulement à des exigences quantitatives de nombre de logements à l'hectare, on peut très bien atteindre les seuils-là, mais avec des projets qui ne représentent pas nécessairement des milieux de vie intéressants, soutient Sylvain Paquette, professeur à la Faculté d'aménagement de l’Université de Montréal. Il faudrait, notamment, s'assurer d'y inclure des arbres matures et de diminuer l'empreinte des stationnements.

Une des propositions de Jean-Marc Léveillé, de Longueuil citoyen, est justement de revitaliser le boulevard Taschereau en améliorant l’offre de transport collectif, l’accès pour les vélos et les espaces piétonniers, en implantant des toits verts et en enfouissant les stationnements.

Dans ce nouvel espace, on trouverait une mixité entre le commercial, le résidentiel et l’industriel. Je pense qu'on est capable de pouvoir densifier cet espace-là avant de commencer à détruire le vieux bâti, avance M. Léveillé.

C’est également ce que préconise Josée Latendresse, qui souhaite que la densification se poursuive dans des zones définies, notamment au centre-ville, autour du métro Longueuil et du pôle Roland-Therrien, sans avoir à défigurer nos quartiers qui ont un caractère, une identité, un tissu social extrêmement important, nuance la candidate de Longueuil Ensemble.

Accueillir de nouvelles unités d'habitation me semble incontournable, sinon on est dans la préservation des privilèges d'un certain nombre des personnes qui bloquent une densification saine et durable de la ville, affirme Christian Savard.

Il faut établir des règles du jeu qui encouragent la densification, mais également qui l'encadrent.

Une citation de :Christian Savard, de l’organisme Vivre en ville

Il est temps que les municipalités agissent, déclare également Sylvain Paquette. La densification du territoire métropolitain sera l'un des chantiers les plus importants en matière d'aménagement du territoire pour les prochaines décennies, estime le chercheur.

Les municipalités devraient donc définir une vision stratégique à long terme, à défaut de quoi les résultats risquent d'être des habitations sans âme qui ne prennent pas en compte l'identité particulière des rues et des quartiers, conclut M. Paquette.

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