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Dans la réalité pandémique d’un des plus gros CHSLD du Québec

Un infirmier portant un masque accompagne une femme âgée dans un corridor d'un CHSLD.

Les 10 épisodes de «CHSLD– Au front» seront diffusés tous les jeudis, à 20 h, sur ICI RDI.

Photo : Radio-Canada

Cecile Gladel

Pendant six mois, la réalisatrice Mélissa Beaudet a suivi le personnel et les personnes résidentes d’un CHSLD. Elle en a tiré la docuréalité CHSLD – Au front, dont les deux premiers épisodes seront diffusés jeudi sur ICI RDI.

Après avoir décrit la situation dans les écoles avec la série documentaire 180 jours, la réalisatrice a installé sa caméra dans l’un des plus gros CHSLD du Québec, celui de Notre-Dame-de-la-Merci au nord de Montréal.

De décembre 2020 à juin 2021, elle s’est immergée dans la vie de l’établissement, très complexe en temps de pandémie, pour témoigner du dévouement du personnel et du quotidien des personnes résidentes en perte d’autonomie.

Le virus de la COVID-19 a fait des ravages dans ce CHSLD. Lors des premières vagues, 92 personnes y sont décédées. C’est quand même le quart du total des résidents, souligne Mélissa Beaudet.

Si la réalisatrice ne connaissait rien à cet univers et avait même un peu peur de la maladie, elle a quand même décidé d’y aller pour faire un documentaire centré sur l’humain et la vie.

« Quand je suis rentrée là, je me suis rendu compte que ce n’était pas seulement la fin de la vie. Il y a aussi toutes les personnes qui ont des pertes d’autonomie. J’avais le goût d’en apprendre plus sur elles et le contexte. »

— Une citation de  Mélissa Beaudet

Des scènes puissantes

Pour filmer au Centre d’hébergement Notre-Dame-de-la-Merci, l’équipe de tournage a d’abord dû obtenir toutes les autorisations nécessaires, puis il a fallu gagner la confiance du personnel, échaudé par les premières vagues de la pandémie.

Évidemment, l’équipe de tournage a dû suivre des mesures sanitaires strictes et subir des tests de détection de la COVID-19 chaque semaine. On a eu une formation en prévention des infections et une personne nous suivait en tout temps. L’équipe a été très compréhensive. Le caméraman et le preneur de son ne pouvaient pas travailler dans d’autres établissements de santé, explique-t-elle.

Les deux premiers épisodes de la série traitent de la pandémie, de la vaccination puis d’une éclosion de COVID-19 après les Fêtes. Les huit autres épisodes parlent plus de la vie quotidienne en CHSLD : les enjeux, le type de personnes qui y vivent et leurs problèmes. On a même assisté à une saisie de cannabis. Je ne m’y attendais pas , avoue Mélissa Beaudet.

Une femme très âgée discute par visioconférence à partir d'une tablette électronique tenue par une infirmière.

«Les gens qui vieillissent le mieux sont ceux qui ont une capacité d’adaptation», remarque la réalisatrice Mélissa Beaudet.

Photo : Radio-Canada

Par la suite, les sujets se sont imposés. Je suivais une personne et c’était selon ce qui se passait. Il y avait des journées plus difficiles que d’autres, ça prenait du temps pour décanter. On se projette quand on voit certains moments, surtout la mort, explique Mélissa Beaudet.

L’équipe a ainsi assisté à des scènes tristes, puissantes, parfois étonnantes, qui ont forgé le documentaire. C’est très varié, car c’est un milieu de vie, c’est leur maison, précise Mélissa Beaudet.

Plusieurs moments l’ont vraiment marquée, notamment celle d’une résidente atteinte de démence avancée qui a chanté Les feuilles mortes de Jacques Prévert. Il y a aussi eu les moments où le personnel préparait un corps pour la morgue, les adieux d’un couple qui résidait au CHSLD et le décès d’un résident qui avait demandé l’aide médicale à mourir.

« Ce sont des moments vrais. Il y en a aussi eu de très drôles. [...] On a eu accès à des moments privilégiés et authentiques. Tout est vraiment intense dans ce qu’il y a de beau et moins beau.  »

— Une citation de  Mélissa Beaudet

Un personnel dévoué

Mélissa Beaudet a été impressionnée par le personnel de l’établissement, qui pallie toutes les incapacités physiques des personnes résidentes et s’en occupe jusqu’à la fin, préparant même les corps pour la morgue.

« Ces gens travaillent vraiment fort, ils tiennent le réseau à bout de bras et prennent grand soin des résidents. Ils ont le cœur à la bonne place. »

— Une citation de  Mélissa Beaudet

Leur travail est très ingrat, il n’est pas considéré à sa juste valeur, a-t-elle ajouté.

La réalisatrice a eu un accès total au CHSLD et ne s’est pas censurée. C’était important pour moi, je ne faisais pas de documentaire corporatif. Ils ont accepté d’être dans la transparence. J’ai pu couvrir tous les sujets, confirme-t-elle.

La peur du vaccin

La série documentaire commence au moment du début de la vaccination dans le CHSLD en décembre 2020. Un événement auquel Mélissa Beaudet a failli ne pas participer. Du jour au lendemain, en pleine recherche, on m’a retirée, car il y avait des expositions et des cas. Finalement, on a poussé pour être là lors de l’arrivée du vaccin, raconte-t-elle.

Dans ce premier épisode, on suit la directrice du CHSLD, Sarah Boily, lorsque les premières doses du vaccin sont livrées dans l'établissement. C’est arrivé, dit-elle à toutes les personnes qu’elle croise en allant chercher le précieux colis.

Un infirmier et une infirmière discutent avec une femme alitée dans une chambre d'un CHSLD.

La série documentaire commence au moment du début de la vaccination dans le CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci en décembre 2020.

Photo : Radio-Canada

Dans le deuxième épisode, qui se déroule au retour des vacances des Fêtes, alors que la troisième vague frappe, Sarah Boily s’inquiète du fait que tous les membres de l’équipe d’entretien sont vaccinés, mais pas les infirmières.

Les gens avaient peur du vaccin. L’équipe devait faire beaucoup d’éducation pour convaincre et démystifier les peurs. Elle a dû se battre très longtemps pour que les employés se fassent vacciner. C’était surtout de la peur, ils n’étaient pas conspirationnistes, car ils ont vécu la première vague, explique Mélissa Beaudet.

La réalisatrice a été changée par ce documentaire. Elle en est sortie plus sereine et en a tiré quelques réflexions. Les gens qui vieillissent le mieux sont ceux qui ont une capacité d’adaptation. Et vieillir, c’est une série de petits deuils. Ça m’a permis de réfléchir sur la vie et l'authenticité, conclut Mélissa Beaudet.

Les 10 épisodes de 30 minutes de CHSLD – Au front seront diffusés tous les jeudis, à 20 h, sur ICI RDI.

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