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Allaiter en temps de pandémie : stress, isolement et... réseaux sociaux

Dans un parc, Julie Bogdanowicz allaite son bébé assise sur un banc, tandis que Jessica Thirwell donne le biberon à son enfant sur un banc à côté.

De nouvelles mamans ont constaté qu'il est difficile de trouver du soutien à l'allaitement pendant la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Stella Dupuy

Pour plusieurs femmes, l’allaitement n’est déjà pas une expérience facile. Mais, la pandémie n’a pas aidé. Ces derniers mois, les ressources et l'aide disponibles se sont rarifiées, ce qui a eu un impact important sur la vie de nombreuses nouvelles mères à la recherche de soutien. Et le soutien offert en ligne ne peut pas régler tous les problèmes.

Dans un parc de Toronto, Heather Daam-Rossi joue avec sa fille de 11 mois qui est en parfaite santé. Même si son enfant va bien aujourd’hui, la dernière année n’a pas été de tout repos pour cette mère de famille.

Quand j’ai commencé à allaiter, ma fille ne recevait pas assez de lait. Mes séances d'allaitement étaient longues et douloureuses, car mon enfant n’arrivait pas à bien prendre mon sein et perdait du poids, confie Mme Daam-Rossi.

Deux semaines après son accouchement, elle a obtenu un rendez-vous virtuel avec une conseillère en lactation, une expérience qui, pour elle, n’a pas fonctionné. Quelques semaines plus tard, elle s'est donc présentée en personne dans une clinique qu'on lui avait suggérée. Elle y a appris que sa fille, Lulu, avait un frein de langue qui l’empêchait de bien prendre le sein. Mais, il était déjà trop tard, car son corps ne produisait plus assez de lait. La mère partage avoir ressenti une forte pression sociale pour allaiter.

« C'était difficile. Je sentais que mon corps devait arriver à allaiter pour mon enfant. J'ai vraiment dû faire le deuil de cette expérience. »

— Une citation de  Heather Daam-Rossi, mère de Lulu (11 mois)
Heather Daam-Rossi tient sa fille Lulu dans ses bras.

Après plusieurs essais et un suivi médical difficile à trouver, Heather Daam-Rossi a décidé d'arrêter d'allaiter sa fille Lulu.

Photo : Radio-Canada / Stella Dupuy

Un autre facteur qui complique l’allaitement en temps de pandémie est l’isolement. Les nouveaux parents ne peuvent pas forcément voir leurs amis et leur famille, ce qui rend l’expérience assez difficile aux niveaux psychologique et social. Ils n’accèdent pas forcément aux conseils qu’ils obtiendraient en temps normal.

C'est le cas de Jessica Thirwell, qui a assez rapidement choisi de nourrir son fils Theo, aujourd'hui âgé de 11 mois, au biberon. Entre le troisième et le septième mois, son enfant buvait parfois du lait maternel et parfois de la préparation commerciale. Aujourd’hui, la maman utilise exclusivement de la préparation commerciale pour nourrissons.

« C'était beaucoup de stress d'essayer d’allaiter quand je ne pouvais pas. Je me sentais seule parce qu’il faisait froid. La COVID-19 n’est pas bonne pour la santé mentale. Mais, aujourd’hui, je vais mieux. »

— Une citation de  Jessica Thirwell, mère de Theo (11 mois)
Jessica Thirwell porte son fils Theo sur ses épaules.

Jessica Thirwell est la mère de Theo. Elle affirme s'être sentie seule plusieurs fois ces derniers mois.

Photo : Radio-Canada / Stella Dupuy

Les réseaux sociaux pour mieux s’entourer

Pour briser l’isolement et la solitude, la Torontoise Stefanie Chin-Yick a décidé de créer en juillet 2020 un groupe de soutien sur Facebook pour les nouvelles mères de son quartier, appelé Leslieville/Riverside COVID Mommies. Aujourd’hui, plus de 400 femmes sont membres du groupe et des activités sont organisées sur une base quotidienne. Heather Daam-Rossi et Jessica Thirwell en font partie.

En plein hiver, je sortais pour aller rencontrer les autres mamans pour prendre un café. Nous nous mettions en cercle et juste cela, ça nous faisait nous sentir mieux. On ne se sent pas isolées. On socialise, raconte la fondatrice du groupe, qui a aussi trouvé une consultante en lactation et un dentiste par l'entremise de celui-ci.

Selon la mère de famille, l’allaitement est déjà une expérience difficile, car il n’est pas évident de savoir à quoi s’attendre. Mais, la pandémie a ajouté un degré de difficultés, car il y avait moins de ressources. C’était difficile de voir des gens en personne.

Deux mamans portent leurs enfants dans leurs bras et se tiennent face à face.

Stefanie Chin-Yick (à gauche) a créé sur Facebook un groupe de soutien pour les nouvelles mères de son quartier en juillet 2020.

Photo : Radio-Canada / Stella Dupuy

La santé publique débordée par la pandémie

La consultante en lactation et cofondatrice de l’organisation SafelyFed Canada, Michelle Pensa Branco, explique qu’une grande partie du soutien en matière d’allaitement est offert par les santés publiques locales, qui ont tout simplement été débordées par la pandémie. Une situation qui a eu et qui a toujours des conséquences.

« Les jeunes enfants ont seulement une période très courte pour bien prendre le sein. Ce n'est pas un enjeu qui peut nécessairement attendre. »

— Une citation de  Michelle Pensa Branco, consultante en lactation

Selon elle, les rencontres virtuelles privilégiées depuis le début de la pandémie, bien qu’utiles et accessibles, ne permettent pas un suivi optimal d’un point de vue psychologique. L’arrivée d’un enfant est l’une des transformations fondamentales de la vie. La mère doit se sentir en confiance et prendre confiance en ses propres habiletés, juge-t-elle.

L’experte estime que les rencontres en personne peuvent être particulièrement utiles pour les mères qui n’ont pas de soutien social, celles qui viennent à peine d’arriver au Canada par exemple.

Par courriel, le bureau de santé publique de Toronto confirme que la plupart de son personnel a été redéployé pour affronter la pandémie.

Par conséquent, nous n'avons qu'une petite équipe d'infirmières fournissant un soutien virtuel à l'allaitement, explique la porte-parole de la santé publique, Margaret Sum, qui souligne également que la pandémie a entraîné des délais de prise en charge, affectant ainsi la rapidité d’intervention requise afin d’obtenir des résultats positifs.

En raison des mesures sanitaires mises en place, la Santé publique de Toronto a aussi constaté des délais plus longs pour obtenir des rendez-vous en personne, mais assure que l’enjeu demeure une priorité pour l’organisme au fur et à mesure que celui-ci reprend ses activités normales. La Santé publique met également beaucoup de documentation en ligne à la disposition des parents.

Les rencontres virtuelles, aussi une piste de solution?

Julie Bogdanowicz a un bébé de trois mois. Même si l’allaitement se passe bien pour elle jusqu’à maintenant, elle s’inquiète à l’approche de l’hiver. Je ne sais pas quelles ressources seront fermées, on verra. Mais il y aura beaucoup plus d’isolement, je pense. Avec les groupes de mère qui s'organisent, je sens tout de même qu'on va pouvoir offrir un sentiment de communauté aux nouvelles mères, dit-elle.

Le sentiment de communauté, c’est ce qu’essaie de créer également l’intervenante en santé communautaire Candice Nsongo au Centre Francophone du Grand Toronto avec le programme Pas à pas, destiné aux futurs ou aux nouveaux parents.

L’intervenante organise notamment des rencontres virtuelles pour parler d’allaitement. Malgré certaines complications dues à la technologie, elle estime que ces rencontres sont aussi des occasions de soutien, car des francophones plus éloignés peuvent maintenant se connecter et accéder aux services.

Au cours des prochains mois, elle aimerait que le soutien à l'allaitement se développe de manière hybride, que le soutien en personne puisse reprendre de façon significative, mais que les rencontres virtuelles puissent, elles aussi, continuer.

La Semaine nationale de l'allaitement maternel se déroule chaque année lors de la première semaine d’octobre au Canada.

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