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Les marchés du gaz flambent en Europe, nouveaux records historiques

Un terminal gazier.

Le terminal gazier de Lubmin, en Allemagne, est le lien entre le pétrole russe et le réseau de distribution de gaz européen.

Photo : Getty Images / AFP/JOHN MACDOUGALL

Agence France-Presse

Les marchés du gaz connaissaient une nouvelle poussée de fièvre mercredi, propulsant les cours à des niveaux jamais vus en réaction à la fébrilité des investisseurs devant une demande qui accélère et des stocks déprimés à l'orée de l'hiver.

La flambée actuelle des prix de l'énergie en Europe est vraiment unique, ont réagi les analystes de Société Générale, jamais auparavant les prix de l'énergie n'avaient augmenté aussi haut et aussi vite. En six mois, ils ont été multipliés par huit.

Mercredi, le cours européen de référence, le TTF néerlandais, s'est envolé à 162,15 euros (236 $CA) peu avant 8 h 30 GMT (4 h 30 HAE), un record, quand le prix du gaz britannique pour livraison le mois prochain a atteint 407,82 pence par thermie (une unité de quantité de chaleur).

Les deux marchés ont quelque peu ralenti après un pic de hausse de 35 %, mais engrangeaient toujours des gains de plus de 10 % sur la séance vers 11 h 30 GMT (7 h 30, HAE).

Interrogé par l'AFP, l'analyste de Commerzbank Carsten Fritsch voit dans cette accélération très forte des prix un mouvement de panique et de peur face à des stocks bas à l'approche de l'hiver dans l'hémisphère nord.

La plupart des observateurs de marché mettent aussi en avant la demande asiatique, notamment chinoise.

Les contraintes environnementales limitant l'exploitation du charbon ont en effet entraîné des pénuries d'énergie, mettant certaines usines au ralenti, ce qui entraîne un report soudain de la demande sur le gaz.

Les analystes d'ING ajoutent un ensemble de facteurs composés de prix élevés de l'électricité, d'une offre limitée en provenance de Russie et la possibilité d'un hiver plus froid.

Les cours du pétrole ont également atteint mercredi de nouveaux sommets en plusieurs années : les contrats de référence de part et d'autre de l'Atlantique, le Brent de la mer du Nord et le WTI américain ont culminé à 83,47 $ US et 79,78 $ US le baril, une première depuis respectivement octobre 2018 et novembre 2014.

Un bouclier tarifaire en France

Face à cette hausse incontrôlée des cours, les responsables politiques tentent de réagir pour rassurer les consommateurs et limiter l'impact sur leurs factures de gaz.

Le premier ministre français Jean Castex a par exemple promis mardi d'agir sur le levier fiscal en cas de nécessité, si les cours internationaux du gaz ne rebaissent pas au printemps 2022.

Ce qui importe pour les usagers, c'est que leur facture n'augmente plus, a insisté le premier ministre interrogé lors des questions au gouvernement par la cheffe des députés PS Valérie Rabault, en assurant protéger le pouvoir d'achat des Français.

Le locataire de Matignon avait annoncé jeudi dernier un bouclier tarifaire avec le blocage du tarif réglementé du gaz jusqu'en avril et la limitation de la hausse de l'électricité, répondant comme dans d'autres pays européens à la flambée des prix de l'énergie.

La France, accompagnée de l'Espagne, de la République tchèque, de la Grèce et de la Roumanie, a estimé mardi qu'une approche commune devait être adoptée en Europe pour tempérer cette flambée.

Outre-Manche, Boris Johnson n'a pas annoncé de mesure comparable au bouclier tarifaire français, mais le plafond des prix du gaz pour les particuliers au Royaume-Uni a été relevé de 12 %.

Le gouvernement a par ailleurs annoncé un fonds de 500 millions de livres pour aider les ménages défavorisés à payer leurs factures.

Les erreurs des Européens à l'origine de la crise, dit Poutine

Le président russe Vladimir Poutine a jugé mercredi l'Europe responsable de cette crise du gaz, car elle n'a pas conclu suffisamment de contrats de livraison à long terme avec Moscou, favorisant ainsi l'envolée record des prix.

Toute leur politique était de sortir des contrats à long terme et cette politique s'est avérée erronée, a-t-il déclaré lors d'une réunion avec les responsables du secteur énergétique russe; ils ont fait des erreurs.

En conséquence, le prix du gaz a désormais battu tous les records historiques : aujourd'hui, il approche les 2000 $ pour 1000 m3, soit plus de dix fois plus que le prix moyen de l'année dernière, a ajouté le président russe.

L'Europe, dont environ un tiers des besoins en gaz sont couverts par Moscou, affirme depuis des années son intention de diversifier ses sources d'approvisionnement, sans grand effet.

Selon Vladimir Poutine, les Européens auraient commencé à se reposer davantage sur les achats de gaz au comptant plutôt que sur des achats au long terme, les liant à Moscou pendant plusieurs années. Or, aujourd'hui, les ventes au comptant ne sont pas au rendez-vous.

En référence à ces ventes d'appoint utilisées pour compléter les contrats longs, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré plus tôt qu'elles n'avaient pas pu combler le manque existant, indiquant que la Russie était prête à parler de nouveaux contrats à long terme.

Le prix du gaz a battu de nouveaux records mercredi, s'envolant de 25 % sur les marchés européens face à une demande qui ne cesse d'augmenter avant l'hiver, couplée à une offre contrainte et des stocks réduits.

Certains, en Europe comme aux États-Unis, accusent Moscou de ne pas ouvrir suffisamment les robinets afin d'obtenir la mise en service au plus vite de son gazoduc controversé vers l'Allemagne, Nord Stream 2, qui est achevé et dont le remplissage a commencé.

En attendant, Gazprom affirme que sa production de gaz en 2021 devrait dépasser les 510 milliards de mètres cubes, un niveau jamais vu depuis une décennie, rappelle l'agence russe RIA.

Selon cette dernière, Vitali Markelov, vice-président du conseil d'administration, aurait indiqué en marge d'un forum gazier à Saint-Pétersbourg mercredi que le groupe s'attendait à un hiver froid et bon pour Gazprom.

L'envolée des prix risque de frapper le consommateur européen au portefeuille.

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