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Pandora Papers : l’ex-champion de patinage artistique Elvis Stojko plaide l’ignorance

Elvis Stojko affiche un air intrigué.

L'ancien patineur artistique canadien Elvis Stojko, photographié en mars 2014.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Radio-Canada

Le triple champion du monde, qui figure parmi les personnalités nommées dans la fuite massive de documents liés à des paradis fiscaux, assure dans une entrevue accordée à CBC ignorer pourquoi une partie importante de ses avoirs s’est retrouvée cachée à l’étranger.

Un texte de Zach Dubinsky, de CBC News

Divulgués dimanche par le Consortium international de journalistes d’enquête (Consortium international de journalistes d’enquête), les Pandora Papers révèlent que le patineur artistique canadien avait une police d'assurance vie sur ses parents, d'une valeur potentielle de 6,5 millions de dollars à leur mort, qui a été délocalisée au Belize.

Les fichiers divulgués montrent qu'en 2007, un an après la retraite de l’athlète, un avocat montréalais du nom de T.R. Anthony Malcolm, un spécialiste des paradis fiscaux, a créé au Belize une fiducie appelé le Quad Trust, en référence au saut signature d’Elvis Stojko.

Ils ont ensuite modifié la police d'assurance vie. Au lieu d’être versés à un fonds spécial géré par Patinage Canada, que les athlètes peuvent utiliser pour mettre légalement à l'abri leurs revenus et protéger leur statut d'athlète amateur, les bénéfices de la police seraient versés dans le Quad Trust.

Dans ses documents constitutifs, le Quad Trust désignait la Croix-Rouge et l'Armée du salut comme les seules entités admissibles à recevoir l'argent de l'assurance ou d'autres actifs. Mais peu de temps après, les œuvres de charité ont été rayées du document en faveur d’Elvis Stojko et, en cas de décès, de deux de ses amis.

Rien dans les documents divulgués ne suggère qu'il ait fait quoi que ce soit d'illégal.

Le professeur David Duff, qui enseigne le droit fiscal à l'Université de Colombie-Britannique, explique qu’à l'époque où la fiducie a été créée, le Belize était un pays où l'impôt sur le revenu était faible, voire inexistant.

« C'est donc un bon endroit pour placer de l'argent et obtenir des rendements non imposables. Il y avait aussi, pendant la période dont vous parlez, des lois de confidentialité qui empêchaient le partage d'informations. »

— Une citation de  David Duff, professeur de droit fiscal à l'Université de Colombie-Britannique

Un autre expert du droit fiscal, l'avocat Jonathan Garbutt de Calgary, a pour sa part précisé que la fiducie du Belize aurait mis à l’abri Elvis Stojko de toute personne au Canada qui aurait tenté de lui soutirer de l'argent. Vous allez pouvoir protéger vos actifs du droit familial canadien, des litiges contre vous au Canada qui peuvent ou non être justifiés, ou, vous savez, de gens qui essaient simplement de secouer l'arbre à argent.

Les Pandora Papers, qui mettent au jour les secrets financiers de milliardaires, de centaines de chefs d’État et autres politiciens ainsi que des célébrités sportives et artistiques, lèvent cependant le voile sur les stratagèmes dont tirent profit les riches et les puissants pour éviter de payer des impôts et pour cacher leurs avoirs.

Stojko dit s'être tourné vers un avocat en qui il avait confiance

Le médaillé d’argent aux Jeux d’hiver de Nagano, en 1998, avait vu ses espoirs de médaille d’or s’évanouir en raison d’une blessure. Pendant les années qui ont suivi, Elvis Stojko dit avoir eu l'impression d'être un échec pour le Canada, et il a douté de lui-même.

Au début des années 2000, l’athlète a donc confié l’argent à un avocat en qui il avait confiance et déménagé au Mexique pour tenter de guérir, dit celui qui est par la suite revenu au Canada.

Dans un courriel envoyé à CBC, l’ex-vedette de patinage artistique a déclaré qu'il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle avait été créée une fiducie outre-mer et pourquoi les bénéficiaires avaient changé.

À l'époque, je n'étais pas en mesure de remettre en question sa recommandation et je n'ai participé à aucune décision concernant les détails, a-t-il écrit.

« Avec tous les problèmes du passé, les échecs et les doutes en tant qu'athlète, les questions financières n'étaient pas vraiment au premier plan de mes préoccupations. »

— Une citation de  Elvis Stojko

Il a également affirmé ne pas connaître la raison pour laquelle Anthony Malcolm, mort en 2013, avait choisi le Belize, et a ajouté qu’il ignorait la situation avant que CBC ne le lui signale.

Bien que j'étais vaguement au courant qu'il avait mis en place un trust, je ne savais pas que c'était au Belize, a-t-il soutenu. Je suis un athlète et un artiste pas un professionnel de la finance et honnêtement, je déteste m'occuper de ça.

La fiducie a pris fin en 2012. Elvis Stojko soutient avoir dit au bureau de son avocat que cela ne lui servait vraiment à rien et qu'il leur avait demandé de le fermer.

Il a dit ignorer si sa fiducie avait déjà fait l'objet d'une vérification. À une question posée pour savoir si cette fiducie avait déjà payé des impôts au Canada ou au Mexique, il a dit n’avoir aucune implication réelle dans ce dossier. Il a fait confiance aux affirmations de son avocat selon lesquelles tout était fait de manière conforme.

Un avocat à la réputation trouble

Elvis Stojko affirme avoir rencontré Anthony Malcolm au milieu des années 1990, précisant que l'avocat était devenu pour lui comme un deuxième père.

M. Malcolm s'est occupé de toutes les questions financières, car c'était un point sensible pour moi, étant donné qu'elles étaient liées à mon échec en patinage, a-t-il affirmé par courriel. Je lui ai fait confiance pour les détails, sachant qu'ils me dépassaient.

Le cerveau derrière la planification financière de l'ex-athlète avait la réputation d'être un spécialiste des paradis fiscaux.

C'était le genre d'avocat que vous alliez voir lorsque vous vouliez sortir de l'argent du pays, a affirmé Robert Salagan, un Lavallois dont l'ex-femme a travaillé comme adjointe administrative d’Anthony Malcolm pendant près de 20 ans.

L’avocat, qui dictait généralement ses lettres à son adjointe et les envoyait par la poste, a souligné la nécessité de la discrétion dans une missive envoyée aux administrateurs du Quad Trust au Belize.

À l'époque de la mise sur pied de cette fiducie, le nom de l’avocat avait fait la une des journaux pour son rôle dans un important scandale d'investissement au Canada, l'effondrement du fonds spéculatif Portus Alternative Asset Management, d'une valeur de 800 millions de dollars.

Sur ordre de l'un des fondateurs de Portus, il avait transféré l'argent de la société sur des comptes dans les Caraïbes, avant qu'une partie de cet argent disparaisse. Contrairement aux fondateurs de la société, il n'a cependant jamais été accusé d'un quelconque acte criminel.

Patinage Canada reste muet

Comme tout paiement d'assurance éventuel était transféré du fonds en fiducie pour les athlètes amateurs à imposition différée de Patinage Canada, l'organisme devait approuver la transaction.

CBC News a demandé à l’organisme s'il s'inquiétait du transfert des actifs d’Elvis Stojko dans un paradis fiscal outre-mer ou de l'avocat qui s'occupait des finances du patineur alors qu’il faisait face à des accusations d'aide à une fraude massive de fonds spéculatifs.

Patinage Canada, qui recevait plus de 1,5 million de dollars par an en financement fédéral au cours de ces années, n'a pas voulu émettre de commentaires, disant ne pas avoir d’informations de valeur à ajouter au sujet.

Tout l'argent que la fédération sportive détient dans son fonds destiné aux athlètes amateurs est administré au nom et sous la direction de l'athlète concerné, et l'athlète est libre de s'engager dans sa propre planification, a déclaré son PDG de l'époque, l'avocat William Thompson, dans un courriel.

Une fuite massive

Abdullah II est assis dans un fauteuil et sourit.

Le roi de Jordanie Abdullah II est l'un des dirigeants mis en cause dans les Pandora Papers. Les documents révèlent qu'il possède 14 propriétés d'une valeur totale de 134 millions de dollars canadiens, achetées par l'intermédiaire d'au moins une trentaine de sociétés-écrans créées dans des pays ou territoires à fiscalité avantageuse.

Photo : Reuters / JONATHAN ERNST

Les Pandora Papers sont présentés comme la plus importante fuite de données financières liées à des paradis fiscaux.

Contenant près de 12 millions de documents, provenant de 14 firmes qui proposent des services d’incorporation outre-mer, ils ont permis de mettre au jour plus de 29 000 sociétés extraterritoriales.

Quelque 600 journalistes de plusieurs pays ont collaboré à l'enquête.

CBC/Radio-Canada et le Toronto Star, les deux médias canadiens faisant partie du consortium, ont jusqu’à maintenant répertorié plus de 500 citoyens ou résidents canadiens, dont l'ex-champion de formule 1 Jacques Villeneuve.

L'enquête de l'Consortium international des journalistes d'investigation montre aussi du doigt des personnalités étrangères comme le premier ministre tchèque Andrej Babis, l'ex-premier ministre britannique Tony Blair, l'ancien ministre français et ex-directeur du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn, la chanteuse colombienne Shakira et la mannequin allemande Claudia Schiffer.

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