•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le retour du « naturel » de Denis Coderre inquiète ses proches

L’ancien maire de Montréal fait-il « les mêmes erreurs » qu’en 2017, lors de sa défaite face à Valérie Plante?

Denis Coderre en conférence de presse.

Après avoir dominé dans les sondages, Denis Coderre serait désormais au coude-à-coude avec Valérie Plante.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

L’image était frappante. Lundi matin, se tenant en retrait, discret, derrière les journalistes, un homme bien connu du milieu politique regardait l’ex-maire de Montréal présenter l’une de ses promesses électorales.

Louis Aucoin, qui dirige la firme de relations publiques Tesla RP, conseille depuis un moment Denis Coderre, mais pour la première fois de la campagne, il a cru bon de venir voir comment l’ex-maire agit sur le terrain.

Je voulais voir l’ambiance, l’organisation, a-t-il indiqué, par la suite, à Radio-Canada.

Denis [Coderre] m’a sollicité. Je ne lui parle pas tous les jours, c’est souvent lui qui m’appelle.

Une citation de :Louis Aucoin, stratège en communication

Pour quelles raisons l’ex-directeur des communications du Bloc québécois de Gilles Duceppe, qui a aussi œuvré pour Gérald Tremblay à Montréal, a-t-il décidé de rejoindre, plus activement, Denis Coderre?

En coulisses, plusieurs de ses proches, élus ou candidats d’Ensemble Montréal, ne cachent pas leur malaise devant le ton et l'attitude adoptés en campagne depuis quelque temps par celui qui a dirigé Montréal entre 2013 et 2017.

La mairesse sortante de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Anie Samson.

Ancienne mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Anie Samson estime que Denis Coderre répète des erreurs commises en 2017.

Photo : Radio-Canada

Un faux pas et pas de consultation

Le naturel revient au galop.

Cette phrase, plusieurs personnes liées à Denis Coderre la répètent allègrement en ce moment, alors que la course à la mairie de Montréal bat son plein.

L’ancien Denis Coderre revient, on le voit dans ses répliques. Il fait les mêmes erreurs, juge Anie Samson, ex-bras droit de l’ancien maire de Montréal et vice-présidente de son comité exécutif, qui a elle aussi été défaite en 2017.

Observatrice de la scène politique, l’ancienne mairesse de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension trouve Denis Coderre bougon depuis plusieurs semaines.

On dirait qu’il y a quelque chose de cassé, il n’a pas l’air d’avoir du plaisir. La première partie de sa campagne ne s’est pas très bien passée.

Une citation de :Anie Samson, ex-mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Des membres de l’entourage de Denis Coderre ont confié à Radio-Canada avoir une vision similaire, tout en mettant l’accent sur l’écoute de l’ex-maire. Une position, a-t-on insisté, qui contrasterait avec la fermeté et le contrôle dont il faisait preuve par le passé.

Lundi, Denis Coderre a d’ailleurs avoué avoir fait un faux pas après avoir suggéré, quelques jours plus tôt, de réinstaller la statue de John A. MacDonald, renversée par des manifestations en août 2020.

La même journée, en proposant de rebaptiser place de la Réconciliation la place du Canada, au centre-ville, il a avoué n’avoir consulté personne.

Parfois, il doit arrêter de parler et d’agir comme un maire, glisse à Radio-Canada un élu de son équipe, en évoquant les prises de position fermes de son chef. Un autre tient le même discours.

Denis [Coderre] ajoute au livre du texte qui n’est pas prévu. Mais avant, il ne s’excusait pas et il ne revenait pas en arrière.

Une citation de :Un élu d’Ensemble Montréal

D’autres proches fustigent des idées émises sans concertation, comme lorsqu’il avait promis d’interdire l’alcool dans les parcs après 20 h, avant de rapidement faire marche arrière.

L’écoute est beaucoup plus présente qu’en 2013 et 2017, nuance un candidat. Un autre parle d’un caucus, au sein d’Ensemble Montréal, plus prompt à faire entendre sa voix. Cette année, je peux prendre le téléphone, discuter avec lui et trouver un compromis, souligne-t-on également.

C’est bien de faire des erreurs et de s’excuser, c’est le nouveau Denis, mais il devrait arrêter d’en faire et de s’excuser, estime quant à elle Anie Samson.

Assis, Denis Coderre parle dans un micro.

La place du Canada devrait changer de nom, estime Denis Coderre.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Une lutte qui s’est resserrée

Ces dernières semaines, plusieurs sondages ont montré un net resserrement dans la course entre Valérie Plante et Denis Coderre, qui semblait jusqu’alors avoir une longueur d’avance. On est dans la dernière ligne droite avec une égalité statistique, affirme Steve Flanagan, spécialiste en communication publique.Ce n’est pas le temps d’improviser ni d’être extravagants. Je pense qu’ils [Valérie Plante et Denis Coderre] vont être prudents. Ils se sont déjà mis les pieds dans le plat, ils sont polarisants. Les erreurs peuvent être payées chèrement et une bonne communication doit leur permettre d’éviter de se tirer dans le pied.

Un ex-directeur de campagne de Philippe Couillard présent

Ce n’est pas la première fois que Denis Coderre fait appel, depuis son retour en début d’année, à des stratèges, une pratique courante dans le monde politique, que ce soit pour organiser une campagne ou gérer des crises.

Louis Aucoin l’avait notamment conseillé lors de la sortie de son livre en mars dernier. Il avoue aussi, à Radio-Canada, avoir été actif en juin après une cascade d’erreurs de Denis Coderre, en citant l’exclusion d’Ali Nestor et la controverse concernant son cellulaire au volant.

Je me suis dit qu’il fallait un coup de barre.

Une citation de :Louis Aucoin, stratège en communication

Le stratège avait déjà été appelé à la rescousse à l’automne 2017, en vain, peu de temps avant le scrutin perdu par le maire sortant. Il jure désormais qu'il intervient bénévolement auprès de l’ancien ministre libéral et qu’il le fera, d’ici le scrutin, dans [ses moments] libres.

Le stratège en communication Louis Aucoin.

Le stratège en communication Louis Aucoin collabore avec Denis Coderre.

Photo : Radio-Canada / Jean-Simon Fabien

Ce n’est pas le seul changement au sein de la garde rapprochée de Denis Coderre.

Le principal adversaire de Valérie Plante a aussi récemment fait venir Hugo Delorme, un ancien associé de la firme National, qui coordonne l’organisation, au quotidien, des annonces électorales.

Il était le directeur de la campagne électorale de Philippe Couillard en 2018.

Hugo Delorme a déjà été consultant pour Ensemble Montréal par le passé, a précisé Elizabeth Lemay, la porte-parole de Denis Coderre. Celui-ci est aussi un proche de longue date de Serge Paquette, associé directeur de National.

Ce dernier, contacté par Radio-Canada, ne nie pas fournir des conseils à Denis Coderre, mais jure ne pas avoir parlé à monsieur Coderre depuis au moins trois semaines.

C’est tout à fait possible qu’ils se parlent, admet Elizabeth Lemay.

Upperkut avec Projet Montréal

Selon nos informations, Projet Montréal a décidé, depuis cet été, de faire affaire une nouvelle fois avec l’agence de communication Upperkut, à l'origine du célèbre slogan L’homme de la situation qui a fait connaître Valérie Plante au grand public en 2017. Cette agence a réalisé les pancartes électorales de Projet Montréal. De nouvelles pancartes devraient prochainement voir le jour dans les rues de la métropole, pour évoquer différentes thématiques mises en avant par le parti.

Des pancartes électorales de Valérie Plante et de Denis Coderre.

Valérie Plante et Denis Coderre se livrent actuellement une "bataille de ruelles", selon un proche de l'ex-maire de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Une campagne négative, selon une experte

Le constat fait par ces membres de l'entourage de l'ex-maire rejoint l'avis de Danielle Pilette, experte en politique municipale. À ses yeux, Denis Coderre doit agir rapidement et revoir sa stratégie, car le temps presse.

Il est presque trop tard pour se repositionner. La campagne électorale semble souffrante pour lui, indique la professeure associée à l’UQAM.

Il est arrivé fort, au printemps, en mettant l’accent sur sa transformation physique. C’était le nouveau Denis Coderre. Puis il est retombé dans les mêmes affaires qu’en 2017.

Une citation de :Danielle Pilette, professeure associée à l'UQAM

Ces dernières semaines, nous a indiqué un proche, Denis Coderre a sorti les griffes trop rapidement en attaquant Projet Montréal.

Par exemple, fin septembre, après une collision mortelle sur le Plateau-Mont-Royal, il avait, à tort, affirmé qu’il y a encore plus de décès de cyclistes depuis l’arrivée au pouvoir de Valérie Plante.

Plus tôt, il avait clamé que Montréal était à la veille d’une décote financière, malgré des informations contraires émises par les principales agences de notation.

En 2013 [lors de son élection], Denis Coderre avait 10 coups d’avance. Il a perdu ce pif qui faisait de lui un excellent politicien.

Une citation de :Anie Samson, ex-mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Denis Coderre parle avec ses émotions et non avec raison, déplore Anie Samson. Il a testé une campagne de peur, une campagne négative. Il semble y avoir beaucoup d’éparpillement dans ses thèmes, on ne voit pas bien la cohérence, renchérit Danielle Pilette.

Interpellée par Radio-Canada, l’équipe de Denis Coderre n’a pas voulu émettre de commentaires.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !