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Les hôpitaux rivalisent d’audace pour recruter et garder leur personnel infirmier

Malgré l’argent supplémentaire avancé par Québec pour recruter d’urgence quelque 4000 infirmières, le défi premier est de les retenir une fois embauchées, et l’organisation du travail sans heures supplémentaires obligatoires en est la clé.

Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM)

Le reportage de Davide Gentile

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Depuis quelques mois, Ludovic Neveu travaille comme infirmier stagiaire à l'Hôpital du Centre-de-la-Mauricie à Shawinigan.

Arrivé de France avec sa famille, il compte faire carrière au Québec au sein d’une profession très en demande.

Tout le monde prend bien le temps de m'expliquer les choses, dit-il. Je suis tout de suite rassuré, j'ai vite les infos dont j'ai besoin.

Ludovic Neveu.

Ludovic Neveu

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Ludovic figure parmi les centaines d’infirmiers et infirmières recrutés depuis plus de deux ans par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec.

Selon les données obtenues par Radio-Canada, le CIUSSS en a recruté plus de 1300 depuis avril 2019, dont des auxiliaires.

Lors de notre passage, Ludovic était supervisé par l’infirmière Anick St-Onge.

On accueille, on intègre, on fait des formations à l'ensemble des nouvelles embauches et on assure un suivi durant les deux premières années, explique-t-elle.

On veut bonifier leurs compétences et s'assurer qu'ils ont toujours les bonnes pratiques, [...] qu'ils ont du plaisir au travail et qu'ils veulent rester avec nous également, ajoute Mme St-Onge, qui œuvre dans la profession depuis près de 20 ans.

Anick St-Onge, infirmière à l'Hôpital du Centre-de-la-Mauricie à Shawinigan.

Anick St-Onge, infirmière à l'Hôpital du Centre-de-la-Mauricie à Shawinigan

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Pour Antranik Handoyan, directeur des ressources humaines, communications et affaires juridiques au CIUSSS, la grande séduction du personnel infirmier commence dès le niveau collégial.

On fait plus de 20 rencontres dans les cégeps et les universités de la région pour expliquer qu’à la première session au cégep, ils peuvent venir travailler chez nous comme aides de service, comme préposés aux bénéficiaires candidats à la profession d’infirmière, affirme-t-il.

Selon M. Handoyan, ça leur permet de connaître le milieu, les différents secteurs, [...] la possibilité d'étudier et de commencer à travailler avec nous.

C'est un gros changement par rapport à ce que l'on vivait, je vous dirais, il y a dix ans, précise-t-il. Avant d'aller recruter dans d'autres régions, je me fais un devoir, avec les ressources humaines, de retenir les gens qui étudient dans notre région, en Mauricie-Centre-du-Québec.

Le Service d'accueil des nouveaux arrivants (SANA) de la région a également été mis à contribution.

L’ensemble des efforts déployés a permis à l’établissement de recruter davantage d’infirmières par rapport aux 700 départs enregistrés depuis avril 2019. Plus de 5000 infirmières travaillent pour l’établissement.

Zéro TSO au CHUM

Geneviève Bolduc.

Geneviève Bolduc

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Infirmière depuis plus de 15 ans, Geneviève Bolduc conserve un mauvais souvenir des épisodes de temps supplémentaire obligatoire (TSO).

Dès qu'il manquait quelqu'un, ça s'enlignait toujours vers un TSO, sauf que graduellement, ils ont commencé à prévoir le manque de personnel et à demander au monde : ''Est-ce qu'il y a des gens intéressés à faire du temps supplémentaire une journée ou une autre?'' explique Mme Bolduc, qui travaille au service de chirurgie hépatobiliaire et pancréatique du CHUM.

Abolir le temps supplémentaire obligatoire, c’est une chose qui est merveilleuse pour les infirmières, parce qu'on peut venir travailler sans avoir peur de ne pas pouvoir repartir après notre quart.

Une citation de :Geneviève Bolduc, infirmière

Infirmière-chef à l’urgence du CHUM depuis quatre ans, Karell Bossé fait la liste des mesures mises en place afin d’éliminer le TSO.

Le personnel infirmier a notamment la possibilité d’exprimer ses préférences d’horaire et de choisir des plages de temps supplémentaires disponibles. Des horaires de 12 heures sont également offerts dans certains services.

Avant de l’avoir mis en place, je pouvais avoir 80 courriels d’insatisfaction. [...] Maintenant, quand je sors les horaires, je parle d’une vingtaine de courriels maximum. Ça fait vraiment une différence, précise Mme Bossé.

Cette dernière ajoute que l’objectif est de respecter la vie des gens qui ont des projets, des rendez-vous, des familles, et au lieu de dire : ‘’Ça va être ça, ton horaire, ça va être ça, ta vie’’, je dis : ‘’Dis-moi un peu ce dont tu as besoin et moi je vais regarder si ça a du sens dans mon urgence pour que je puisse prendre en charge l’ensemble de mes patients.’’.

Karell Bossé.

Karell Bossé

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Mme Bossé reconnaît que seulement 80 % des postes à temps plein sont comblés. L’urgence du CHUM compte 180 infirmières sur environ 3000 au total pour l’ensemble de l’établissement.

Au CHUM, le taux de temps supplémentaire (non obligatoire) du personnel infirmier est inférieur à la cible de 4 % du MSSS pour l’ensemble du personnel du réseau de la santé.

Présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels en soins de santé du CHUM, Nathalie Bélanger reconnaît les avantages de l’élimination du TSO au CHUM, mais précise qu’on fait rouler le réseau grâce au temps supplémentaire planifié [...], qu’on fonctionne souvent à moins un, moins deux, et qu’on doit se répartir le travail.

Par ailleurs, les horaires de 12 heures ne conviennent pas à toutes les infirmières. C’est un défi pour les mères monoparentales, dit-elle.

Mme Bélanger se réjouit par ailleurs de l’introduction des infirmières auxiliaires au CHUM et rappelle l’importance d’obtenir des formations à la hauteur de nos enjeux, en fonction des spécialités.

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