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Inconduites sexuelles : un major général controversé nommé à un poste-clé

Le major général Peter Dawe, chargé de revoir les conclusions d'enquêtes externes sur les inconduites dans l'armée, a défendu en 2017 un soldat reconnu coupable d'agression sexuelle.

Peter Dawe habillé en uniforme militaire.

L'ancien major général Peter Dawe.

Photo : La Presse canadienne / PATRICK DOYLE

Radio-Canada

D'ex-soldats et victimes d'agressions dénoncent vivement la nomination du major général Peter Dawe pour réviser les recommandations de différentes enquêtes indépendantes sur les abus et les inconduites sexuelles dans les Forces armées canadiennes, notamment celle menée par l’ancienne juge en chef de la Cour suprême Louise Arbour.

Mes sentiments vont de la confusion à la surprise, en passant par le choc, a commenté Annalise Schamuhn, une ancienne membre des Forces armées.

« Ce que les personnes qui souffrent vraiment, qui ont pratiquement perdu toute confiance en l'armée, peuvent potentiellement voir en cette nomination, c'est l'armée qui fait la sourde oreille. »

— Une citation de  Annalise Schamuhn, victime d'agression au sein des Forces armées

Si le major général Dawe n'a pas lui-même fait l'objet d'allégations d'inconduites, il est toutefois accusé d'aveuglement pour avoir soutenu un soldat reconnu coupable d'agression sexuelle en 2017. Il avait en fait écrit une lettre de recommandation positive pour le major Jonathan Hamilton, coupable d'avoir agressé Mme Schamuhn.

En mai dernier, le major général Dawe a perdu son poste de commandant des Forces d'opérations spéciales canadiennes et a été mis en congé payé en raison de cette affaire.

Les critiques formulées par Annalise Schamuhn quant à sa nouvelle nomination sont partagées notamment par Leah West, elle aussi victime d'agression pendant ses 10 années au sein de l'armée. Mme West s'est dite surprise par la nomination du major général Peter Dawe.

L'assigner à un tel poste sans fournir aucune explication ou déclaration de sa part sur le travail qu'il a pu faire pour comprendre et surmonter ses angles morts sur la question des agressions sexuelles, c'est faire la sourde oreille, a dénoncé Mme West, qui est aujourd'hui professeure adjointe, experte des questions de droit et de sécurité nationale, à l'Université Carleton, à Ottawa.

Au moment d'écrire ces lignes, le major général Dawe n'avait pas répondu à une demande de commentaires de la part de CBC.

Confiance érodée

Selon Megan MacKenzie, professeure à l'Université Simon Fraser qui s'intéresse spécifiquement à la culture militaire, cette nomination vient semer un nouveau doute sur la capacité des Forces armées à éliminer les inconduites dans ses propres rangs.

Je ne sais même pas si j'ai les mots justes pour exprimer à quel point je suis dégoûtée et déçue, a-t-elle déclaré.

« À ce stade-ci, mes attentes sont franchement très basses. Mais même pour mes faibles attentes, c'est vraiment décevant. »

— Une citation de  Megan MacKenzie, professeure à l'Université Simon Fraser

Selon la professeure, cette nomination n'a aucune autre raison logique que celle de démontrer que l'armée est déterminée à protéger les siens, y compris ses hauts dirigeants.

Le gouvernement fédéral a annoncé en avril dernier que l'ancienne juge à la Cour suprême Louise Arbour serait chargée de mener un examen externe concernant les agressions sexuelles et les inconduites au sein de l'armée. Il s'agit de l'un des trois examens externes que le major général Peter Dawe devra examiner, selon le ministère de la Défense.

Le ministère n'a pas publié de communiqué pour annoncer la nomination du major général Dawe à ce poste, c'est plutôt le quotidien Ottawa Citizen qui a rapporté la nouvelle.

CBC a toutefois pu confirmer que le major général était bel et bien de retour au travail et qu'il avait été chargé d'examiner, de rassembler et de compiler les recommandations de chacun des examens externes de l'armée.

Ce travail permettra la prise de décisions et aidera à garantir que ces recommandations soient mises en œuvre de manière opportune et délibéré, a précisé le porte-parole Daniel Le Bouthillier.

Avec les informations d'Ashley Burke et Nick Boisvert, CBC

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