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Le clergé français a fait 216 000 victimes mineures d’abus sexuels depuis 1950

L'Église catholique a manifesté « jusqu'au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l'égard des victimes », conclut le rapport accablant d'une commission d'enquête.

Vue intérieure d'une église française

Selon les conclusions d'une commission d'enquête rendue publique mardi, au moins 216 000 enfants ont fait l'objet d'abus sexuels de la part du clergé français de 1950 à 2020.

Photo : Reuters / STEPHANE MAHE

Agence France-Presse

Déflagration pour l'Église catholique de France et au-delà : une commission indépendante, qui a enquêté sur l'ampleur de la pédocriminalité, a publié mardi ses conclusions accablantes, estimant à 216 000 le nombre d'enfants et d'adolescents victimes de clercs et de religieux depuis 1950.

Si l'on ajoute les personnes agressées par des laïcs travaillant dans des institutions de l'Église (enseignants, surveillants, cadres de mouvements de jeunesse...), le nombre de victimes grimpe à 330 000, a indiqué son président, Jean-Marc Sauvé, en dévoilant les conclusions de la Commission indépendante sur les abus dans l'Église (CIASE).

Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite, a déclaré M. Sauvé.

Le président de la Conférence des évêques de France, Éric de Moulins-Beaufort, a exprimé dans la foulée sa honte, son effroi et a demandé pardon aux victimes.

Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et chacun, a déclaré Mgr de Moulins-Beaufort devant la presse. La voix des victimes nous bouleverse, leur nombre nous accable, a-t-il ajouté.

Le président de la CIASE avait révélé dès dimanche une première donnée troublante : le nombre de prédateurs, évalué de 2900 à 3200 hommes – prêtres ou religieux – entre 1950 et 2020, est une estimation minimale.

Un système déviant

Résultat de deux ans et demi de travaux, le rapport de la commission était remis publiquement mardi matin à Paris à l'épiscopat français et aux ordres et congrégations religieuses, en présence de représentants d'associations de victimes.

Vous apportez enfin aux victimes une reconnaissance institutionnelle de toute la responsabilité de l'Église, ce dont les évêques et le pape n'ont pas été capables à ce jour, a publiquement lancé en préambule François Devaux, cofondateur d'une association de victimes.

Le système est déviant, a dit M. Devaux, en appelant à un concile Vatican III.

Pour l'Église catholique, les conclusions de ce rapport s'apparentent à une déflagration, avait anticipé auprès de l'AFP un membre de la CIASE, sous couvert d'anonymat.

La CIASE a fait de la parole des victimes la matrice de son travail, selon M. Sauvé.

Jean-Marc Sauvé, en conférence de presse.

Le reportage de notre correspondante Marie-Eve Bédard

Photo : AFP / THOMAS COEX

D'abord avec un appel à témoignages, ouvert 17 mois, qui a recueilli 6500 appels ou contacts de victimes ou proches, puis en procédant à 250 auditions longues ou entretiens de recherche.

Elle a aussi effectué une plongée dans de nombreuses archives de l'Église, des ministères de la Justice ou de l'Intérieur, de la presse, entre autres.

Une fois le diagnostic posé, la commission a énuméré plusieurs dizaines de recommandations dans plusieurs domaines : écoute des victimes, prévention, formation des prêtres et des religieux, droit canonique, transformation de la gouvernance de l'Église...

Elle a aussi préconisé une politique de reconnaissance, puis une réparation financière propre à chaque victime.

Indifférence profonde et justice improbable

L'Église catholique a manifesté jusqu'au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l'égard des victimes de pédocriminalité, a dénoncé M. Sauvé.

Les faits sont presque toujours prescrits, les auteurs décédés, rendant un recours à la justice improbable. Les procédures canoniques (le droit de l'Église) sont longues et peu transparentes.

Quelles suites l'Église donnera-t-elle au rapport?

L'épiscopat a pris des mesures au printemps, promettant non pas des réparations, mais un dispositif de contributions financières, versées aux victimes à partir de 2022, qui ne fait pas l'unanimité chez ces dernières ni chez les fidèles, lesquels sont appelés à contribuer aux dons.

Ce rapport sera aussi examiné à la loupe à Rome par le pape François, qui a rencontré une partie des évêques français en septembre et a dû faire face à ce dossier dès le début de son pontificat.

Créée à l'automne 2018, la CIASE est composée de 22 membres, bénévoles, aux compétences pluridisciplinaires. Elle a été financée par l'épiscopat et par les congrégations et instituts religieux à hauteur de 3 millions d'euros (près de 4,5 millions de dollars canadiens).

Le pape François évoque une effroyable réalité

Le pape François, songeur

Le souverain pontife s'est dit affligé d'un « immense chagrin » après avoir pris connaissance du rapport de la CIASE.

Photo : Associated Press / Tiziana Fabi

Le pape François a exprimé mardi son immense chagrin après la publication de ce rapport accablant pour l'Église de France, qui a selon lui pris conscience de cette effroyable réalité.

Ses pensées se tournent en premier lieu vers les victimes, avec un immense chagrin pour leurs blessures et gratitude pour leur courage de dénoncer. Elles se tournent aussi vers l'Église de France, afin que, ayant pris conscience de cette effroyable réalité [...] elle puisse entreprendre la voie de la rédemption, a déclaré le porte-parole du Vatican, Matteo Bruni, évoquant devant des journalistes la réaction du pape.

Le Saint-Père a été informé de la sortie du rapport de la CIASE, à l'occasion de ses rencontres, ces jours derniers, avec les évêques français en visite ad limina. Et c'est avec douleur qu'il a pris connaissance de son contenu, a précisé M. Bruni.

Par ses prières, le pape confie au Seigneur le Peuple de Dieu qui est en France, tout spécialement les victimes, pour qu'il leur accorde le réconfort et la consolation et afin que, avec la justice, puisse s'accomplir le miracle de la guérison.

Une citation de Matteo Bruni, porte-parole du Vatican

Dans la foulée de la publication de ce rapport, l'épiscopat français a exprimé mardi sa honte, son effroi et a demandé pardon aux victimes.

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