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Ottawa pourrait forcer la main des provinces sur la vaccination des travailleurs

Une file de personnes à l'extérieur

Une file devant un centre de vaccination à Bouctouche, au Nouveau-Brunswick

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

La Presse canadienne

De hauts responsables à Ottawa ont été informés le printemps dernier que le gouvernement fédéral pourrait rendre le vaccin obligatoire pour tous les travailleurs au pays, pas seulement ceux de réglementation fédérale.

Les libéraux de Justin Trudeau ont promis en août d'imposer la vaccination obligatoire pour tous les travailleurs des secteurs sous réglementation fédérale, comme les transports, les institutions financières et les télécommunications, et bien sûr les fonctionnaires fédéraux. Or, ces travailleurs représentent moins de 10 % de tous les travailleurs du pays. Les autres relèvent des lois provinciales du travail.

Bien que la santé publique soit de compétence provinciale en vertu de la Constitution, des documents internes à Ottawa indiquent que le gouvernement fédéral pourrait envisager de faire de la vaccination contre la COVID-19 un enjeu d'intérêt national.

La prochaine étape serait de travailler avec les provinces et les territoires pour établir des lignes directrices, ou alors de laisser les provinces le faire.

Les documents obtenus par La Presse canadienne en vertu de la loi sur l'accès à l'information indiquent qu'une telle démarche n'était pas envisagée à l'approche de l'été.

Ce n'est qu'en juin que les libéraux fédéraux ont commencé à faire allusion à une vaccination obligatoire pour les travailleurs sous réglementation fédérale. Ils ont ramené cette promesse quelques jours avant le début de la campagne électorale.

Interrogé récemment sur cette promesse de vaccination obligatoire, qui devait entrer en vigueur le 30 octobre, le premier ministre Justin Trudeau n'a pas fourni de mise à jour sur l'échéancier ni de détails sur la suite des choses.

Un simple enjeu clivant?

La séquence des événements a frustré certains intervenants engagés dans les discussions, qui estimaient que les libéraux n'avaient fait cette annonce que pour l'utiliser comme un enjeu clivant pour coincer les conservateurs.

Certains demandent depuis des mois aux libéraux fédéraux de coordonner les directives de vaccination obligatoire avec les provinces, afin d'éviter une mosaïque de politiques difficiles à gérer entre les provinces, et notamment entre les entreprises elles-mêmes.

Actuellement, il est très clair qu'on peut parler aux employés de leur statut vaccinal, les encourager à se faire vacciner, mais il n'est pas clair du tout que l'on puisse exiger la vaccination ou congédier ceux qui ne seraient pas vaccinés, a déclaré Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Lorsque les libéraux ont annoncé leur promesse, à la mi-août, le Conseil canadien des affaires, qui représente les plus grands employeurs du pays, était favorable, mais il encourageait Ottawa et les provinces à travailler de concert.

Une question constitutionnelle

En vertu de la Constitution, le gouvernement fédéral peut s'immiscer en cas d'urgence dans un champ de compétence provinciale et les tribunaux feraient probablement preuve de retenue à l'égard d'une telle ingérence en période de pandémie, estime Martha Jackman, une experte en droit constitutionnel à l'Université d'Ottawa.

Il serait juste de dire qu'un exercice du pouvoir fédéral en matière de pandémie ou de vaccination serait probablement acceptable d'un point de vue juridique, a-t-elle soutenu. Il s'agit davantage d'une question de volonté politique.

Le leader du plus important syndicat du secteur privé au pays, Unifor, a déclaré que le gouvernement fédéral devrait intervenir et dicter des règles uniformes aux provinces et aux entreprises, car certaines provinces ont tardé à agir.

Jerry Dias soutenait que ses membres qui travaillent dans des entrepôts, des aéroports ou des casinos veulent reprendre le travail, mais cela ne peut se produire que s'il existe des politiques de vaccination obligatoires pour les employés et les clients.

L'approche a été jusqu'ici dispersée, d'une province à l'autre, et ça n'a pas amélioré la situation, a estimé M. Dias. Pour éviter cette mosaïque, les entreprises devraient avoir une sorte de directives nationales, de normes harmonisées.

Les droits individuels

Au printemps, les responsables fédéraux du travail ont dit aux employeurs qu'ils ne chercheraient pas à se conformer aux recommandations des responsables de la santé publique concernant les vaccinations, puisque le Code canadien du travail est muet sur les exigences en telle matière.

Cette position ne changerait que si ces vaccins étaient rendus obligatoires par une loi, indique-t-on. Les documents suggèrent également que les contestations judiciaires d'une telle politique par les travailleurs seraient ardues, en raison de l'innocuité reconnue des vaccins.

La Presse canadienne a sollicité des documents préparés entre mars et fin juin pour le sous-ministre du Travail ainsi que la ministre du Travail, Filomena Tassi, au sujet des règles de vaccination des travailleurs.

Les documents contiennent plusieurs pages de questions et réponses, dont une sur la possibilité pour Ottawa d'établir des réglementations pour rendre les vaccins obligatoires. Non, pour le moment, il y a peu ou pas d'arguments en faveur des gouvernements pour rendre obligatoires les vaccins en milieux de travail, indique-t-on.

Les responsables ont écrit que toute modification législative ou réglementaire liée aux vaccins devait se faire en gardant à l'esprit les droits individuels garantis par la Constitution, y compris la liberté de religion, qui protègent quiconque d'avoir à se faire vacciner contre son gré.

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