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Le Canada invoque un accord de 1977 pour sauver la canalisation 5 d’Enbridge

Un pipeline d'Enbridge.

Enbridge s'oppose à la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, qui souhaite que la Ligne 5 soit fermée.

Photo : Associated Press / Dale G. Young

Lundi, le Canada a invoqué un traité avec les États-Unis datant de 1977 afin de demander la tenue de négociations concernant la canalisation 5 de la société calgarienne Enbridge, intensifiant par la même occasion les tensions entourant l’un des principaux pipelines canadiens.

La canalisation 5 transporte 540 000 barils de pétrole brut et de produits raffinés par jour de la ville de Superior, au Wisconsin, jusqu’à Sarnia, en Ontario. L'État du Michigan, qui craint une fuite de pétrole dans les Grands Lacs, réclame sa fermeture. La canalisation 5 passe sous le détroit de Mackinac, qui sépare le lac Huron du lac Michigan.

Cette année, Enbridge a ignoré l’ordre du Michigan de fermer le pipeline. Les deux parties se retrouvent maintenant dans une bataille juridique et ont pris part à une médiation ordonnée par la Cour.

Le gouvernement canadien a quant à lui sollicité l’aide de ses homologues aux États-Unis pour faire pression afin de maintenir le pipeline en service.

Dans une lettre adressée au juge fédéral chargé de l’affaire, le conseiller juridique du gouvernement canadien, Gordon Giff, a déclaré que le Canada a formellement invoqué l’article 6 de l'Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement des États-Unis d’Amérique concernant les pipelines de transit, datant de 1977.

Ce dernier, créé afin d’empêcher les États-Unis ou des fonctionnaires canadiens d’entraver le flux de pétrole à travers les deux pays, n’avait encore jamais été invoqué.

Aucune autorité publique du territoire de l’une ou l’autre des Parties n’adoptera de mesures, autres que celles prévues à l’Article V [désastre naturel], qui ont pour but, ou qui auraient pour effet, d’empêcher, de dévier, de réorienter ou d’entraver de quelque manière que ce soit l’acheminement d’hydrocarbures en transit.

Une citation de :Accord entre le gouvernement du Canada et le gouvernement des États-Unis d’Amérique concernant les pipelines de transit
Le pont routier Mackinac enjambe le détroit de Mackinac qui sépare le lac Michigan du lac Huron.

Le pont Mackinac enjambe le détroit de Mackinac sous lequel se trouve un tronçon du pipeline ligne 5 d'Enbridge.

Photo : Radio-Canada / Philippe Moulier

Le Michigan profondément déçu

Dans un communiqué, la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, s’est dite profondément déçue par le Canada.

Le risque d’un déversement de pétrole catastrophique dans les Grands Lacs est bien réel. J’ai clairement indiqué à Enbridge qu’elle ne peut pas continuer à utiliser un lit de lacs appartenant à notre État pour ses pipelines, mais Enbridge refuse d’arrêter. De plus, au lieu de diversifier ses sources d’approvisionnement en énergie, le Canada concentre ses efforts à défendre une pétrolière au bilan environnemental épouvantable, déplore-t-elle.

Même déception du côté de l’organisme Environmental Defence.

Nous sommes consternés par la décision du Canada d’invoquer ce traité et d’intervenir dans les procédures judiciaires entre le Michigan et Enbridge. Selon des experts de l’Université du Michigan, la ligne 5 est située dans un endroit extrêmement dangereux pour les déversements de pétrole dans les Grands Lacs. Cet oléoduc devrait être fermé. Nous pouvons subvenir à nos besoins en énergie autrement, affirme la responsable du programme des eaux d’Environmental Defence, Michelle Woodhouse.

De son côté, le ministre canadien des Affaires étrangères, Marc Garneau, assure que le Canada s’engage à assurer la sécurité économique et énergétique du pays tout en protégeant l’environnement.

Depuis plus de 65 ans, la canalisation 5 est le moyen le plus sécuritaire de transporter des hydrocarbures de l’Ouest canadien vers le centre du Canada, contribuant ainsi à fournir l’énergie essentielle pour chauffer les maisons et alimenter l’économie au Canada, écrit-il dans un communiqué.

En outre, le Canada soutient le plan d’Enbridge visant à remplacer le pipeline existant par le projet de tunnel des Grands Lacs, qui passera bien en dessous du lit de lacs du détroit de Mackinac, afin d’améliorer la protection des Grands Lacs, ajoute-t-il.

Le premier ministre albertain, Jason Kenney, soutient quant à lui la stratégie d’Ottawa.

La fermeture d’un pipeline exploité de manière sécuritaire pourrait potentiellement créer un dangereux précédent pour des projets d’infrastructure à venir. Cela ne doit pas se produire. Alors que nous continuons à gérer les impacts dévastateurs de la récession globale engendrée par la COVID-19, il est plus important que jamais que le Canada et les États-Unis travaillent ensemble pour soutenir une stratégie énergétique continentale, déclare-t-il dans un communiqué.

Le département d’État américain n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires de Reuters.

La porte-parole d’Enbridge, Tracy Larsson, dit que le Michigan a informé les différentes parties concernées qu’elle ne souhaitait pas s’engager à poursuivre le processus de médiation.

Nous apprécions beaucoup les efforts de l’équipe du Canada, y compris le gouvernement canadien, les provinces de l’Ontario, du Québec, de l’Alberta et de la Saskatchewan, pour maintenir la Ligne 5 ouverte, déclare-t-elle dans un courriel.

Avec les informations de Reuters

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