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La guerre contre le sodium est loin d’être terminée

Au début des années 2000, l’alerte est lancée : trop de sodium tue. Les Canadiens consomment trop de sel dans leur alimentation. Et comme l’a constaté L’épicerie, 20 ans plus tard, la situation n’a pas vraiment changé.

Une salière est ouverte, laissant échapper son contenu.

Environ 80 % des Canadiennes et des Canadiens consomment trop de sodium.

Photo : iStock

En 2002, Chantal Blais, responsable du service de nutrition à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), constate que le sel que nous consommons nous vient essentiellement des aliments transformés. Vingt ans plus tard, elle persiste : « Près de 77 % du sel que nous ingérons vient des aliments transformés. Il faut bouger à ce niveau-là. »

Le sel, dangereux pour la santé?

Pourquoi devons-nous nous préoccuper de la quantité de sel que nous consommons? Bien qu’il soit essentiel à la vie et à la santé, le sodium, consommé en grande quantité, provoque notamment l’hypertension, un facteur de risque cardiovasculaire.

On sait qu'environ 13 % des maladies chroniques cardiovasculaires sont attribuées à un apport excessif en sel, explique Chantal Blais.

  • 25 % des Canadiennes et Canadiens souffrent d’hypertension.
  • 80 % des Canadiennes et Canadiens consomment trop de sodium.
  • 93 % des enfants de quatre à huit ans consomment trop de sodium.
  • 77 % du sodium de l’alimentation des Canadiennes et Canadiens provient des aliments transformés.

La cible : les aliments transformés

Le sel est un additif alimentaire très pratique dans l’industrie agroalimentaire. Économique, il donne du goût, bien sûr.

Le sel donne un effet de plaisir en bouche dans un produit sucré, explique la spécialiste en évaluation sensorielle chez Cintech agroalimentaire, Sophie Vincent. Par exemple, dans les céréales ou dans les produits de boulangerie.

Du sel sur du caramel.

Le sel donne du goût aux aliments, même sucrés.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Mais il joue aussi un rôle sur la texture et l’apparence d’un aliment.

C’est également un agent de conservation très important qui protège contre la contamination par des pathogènes, comme dans les charcuteries.

Il est aussi indispensable dans l’élaboration de nombreux produits : pains, gâteaux, fromages.

Bref, il est partout.

On en trouve dans tous les groupes d'aliments sucrés ou salés, confirme la nutritionniste et spécialiste du marketing alimentaire Isabelle Marquis, essentiellement dans les aliments transformés. Et ce n’est pas facile de s'en débarrasser.

Pourtant, le gouvernement du Canada tente de convaincre l’industrie agroalimentaire de diminuer le sel contenu dans les aliments.

Quand le Groupe de travail sur le sodium de Santé Canada a déposé son rapport en 2010, explique Isabelle Marquis, l'intention était de donner cinq ans à l'industrie, avec un objectif de réduction de 5 % par an, pour qu'en 2016 on arrive à un seuil de consommation maximum moyen dans la population qui soit de 2300 mg, à savoir l'apport maximal tolérable en sodium.

Résultat?

Selon le rapport déposé par Santé Canada en 2017, les Canadiens consomment en moyenne 2760 mg de sodium par jour. Bien qu'il s'agisse d'une amélioration par rapport aux 3400 milligrammes que nous consommions chaque jour en 2004, l'objectif de 2300 mg n’est pas encore atteint.

L'Industrie y met du sien, reconnaît Chantal Blais, mais je pense qu'il faut qu'on pousse davantage pour qu'elle fasse mieux. Il y a des efforts significatifs à faire.

Certains pays, comme la Finlande et la Grande-Bretagne, ont imposé à l’industrie de réduire le sel. Au Canada, le programme reste volontaire.

Pourtant, selon Chantal Blais, il est possible d’y parvenir en y allant progressivement.

On dit qu'entre 10 et 20 % de réduction de sodium, ça passe sous le radar. Les papilles gustatives ne s'en rendent pas trop compte. Il faut donc qu'on amène l'industrie à faire des changements. Mais [les industriels] ne veulent pas perdre d'argent, ils veulent vendre autant de produits.

La plus grande stratégie que les industriels ont adoptée pour viser une diminution, c'est d'y aller progressivement, de valider chaque fois, de ne pas choquer le consommateur, explique Sophie Vincent, de Cintech. Il ne faut pas le mentionner non plus sur l'emballage pour ne pas créer de fausses attentes.

Une démonstration éloquente

Isabelle Marquis a rassemblé quelques produits transformés que l’on consomme aisément en une journée.

Au menu : muffin et café glacé au déjeuner, salade de thon, jus de légumes, yogourt et galette à l’avoine au dîner, collation de bâtonnets de sésame, pâtes farcies, sauce tomate, salade et vinaigrette au souper.

Isabelle Marquis et Denis Gagnon autour d'un comptoir sur lequel sont déposés des produits transformés.

Isabelle Marquis a rassemblé quelques produits transformés qui peuvent facilement être consommés au cours d'une journée. Elle a constaté qu'ils contenaient énormément de sodium.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Conclusion : près de 3800 mg de sodium consommés en une seule journée, soit 165 % de l’apport quotidien recommandé!

Et au restaurant, c’est pire. Un seul repas fournit environ 2300 mg, constate Chantal Blais. Vous êtes donc à 100 % de votre apport en sodium.

Des trucs pour consommer moins de sel

Isabelle Marquis recommande d’ouvrir l'œil à l’épicerie. Il y a des écarts significatifs d'une marque à une autre. Plutôt que de rejeter l'aliment au complet, il faut regarder ses voisins de tablette et voir quels autres produits similaires nous sont proposés, qui répondent tout autant à nos goûts et qui sont moins salés.

L'étiquette d'un produit à faible teneur en sodium.

La quantité de sel présente d'un produit à un autre peut varier grandement.

Photo : Radio-Canada / L'épicerie

Chantal Blais se veut rassurante. On peut apprendre à manger moins de sel. Il est possible pour un consommateur de voir une évolution sur le plan de sa perception du goût salé et de mieux accepter les produits réduits en sel après quatre à six semaines.

Isabelle Marquis signale aussi que le tableau de la valeur nutritive peut nous donner un coup de main. Il faut surveiller le pourcentage de sodium. Le calcul est fait pour vous. C'est le pourcentage de l'apport maximum par jour que vous devriez consommer. Tout ce qui est accompagnement, collation ou chose qu'on devrait manger en plus petite quantité, il faut que ce soit moins de 15 %. Pour un repas complet, c'est normal qu'il y ait plus de sodium. Donc, s’il y a 20 ou 25 % de l'apport maximal tolérable, pas de quoi paniquer.

Chantal Blais le constate : Les gens salent de moins en moins, probablement parce qu'ils en sont conscients. Maintenant, il faut qu'on les aide avec des choix alimentaires moins salés. C'est là que l'industrie et la restauration sont des joueurs importants pour offrir des produits moins salés.

Le reportage complet de Denis Gagné et de Russell Ducasse sera diffusé le mercredi 6 octobre à 19 h 30 à l'émission L'épicerie.

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