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Le golf de la discorde

Des citoyens de Rosemère, au nord de Montréal, souhaitent transformer en parc un terrain de golf centenaire à l'abandon. Pétitions, manifestations, pancartes... la pression monte à l’approche des élections.

Les membres de Rosemère vert, Philippe Daigle, Lucie Tremblay, Johanne Vallerand, Louise Allard, Geneviève Vallerand et Patrick Bonin, posent devant l'entrée du golf.

Les membres de Rosemère vert, Philippe Daigle, Lucie Tremblay, Johanne Vallerand, Louise Allard, Geneviève Vallerand et Patrick Bonin, posent devant l'entrée du golf.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quand elle était jeune, Johanne Vallerand amenait ses enfants glisser l’hiver sur le parcours du golf de Rosemère. Ancienne marathonienne, elle y faisait quotidiennement son entraînement de ski de fond. « On se sentait comme chez nous », résume cette ex-Montréalaise, qui habite Rosemère depuis plus de 40 ans.

Aujourd’hui, un panneau terrain privé accueille les visiteurs à l’entrée du site, tout au bout de la rue Bourbonnière. L’accès y est désormais interdit. Le terrain, avec ses arbres majestueux et son parcours vallonné, est défraîchi. Son pavillon de style néoclassique, à l’abandon. 

Le golf n’a plus la cote. Comme bien d’autres 18 trous dans la région montréalaise, celui de Rosemère a été vendu à des fins de développement immobilier. En 2018, le groupe Vachon et le promoteur Patrick Varin ont mis la main sur ses 60 hectares pour 18 millions de dollars.

Depuis, les citoyens de la ville de 14 000 habitants se mobilisent pour conserver et restaurer cet immense îlot de fraîcheur dans la couronne nord de Montréal, ou du moins 88 % du terrain qui est zoné récréatif. La portion restante, située le long de la route 117, est zonée résidentielle et commerciale depuis 2015.

Mais la Ville de Rosemère voit les choses autrement : elle parle plutôt de transformer en parc la moitié du territoire, et de laisser les promoteurs construire sur le reste.

Le 7 juillet dernier, le maire Eric Westram a fait adopter une motion afin de procéder au changement d’affectation du terrain. Un geste entrepris en catimini pendant les vacances estivales, et qui ouvre la porte au développement immobilier, dénoncent des citoyens du groupe Rosemère Vert.

L’organisme à but non lucratif a remis le mois dernier une pétition au maire de 1600 signatures manuscrites exigeant un arrêt de ces démarches. Une autre pétition, en ligne cette fois, avait recueilli plus de 9000 signatures.

Nous, on demande que la ville pèse sur pause, arrête ses démarches de changement d’affectation et [...] fasse une offre d’achat au promoteur pour préserver le parc. Mais il n’y a pas de volonté politique, déplore Patrick Bonin, citoyen de Rosemère que l'on a rencontré à l’entrée du site avec six autres membres du groupe.

Cette volonté politique, rappellent les citoyens, existe ailleurs au Québec, comme à Candiac ou Terrebonne, où des maires se sont montrés favorables au rachat et à la conservation de leur terrain de golf.

Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace, est aussi citoyen de Rosemère.

Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace, est aussi citoyen de Rosemère.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La Municipalité est en outre bien loin de l’objectif de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) qui vise à protéger 17 % du territoire d’ici 2031, ajoute M. Bonin, qui est aussi porte-parole de Greenpeace. Actuellement, on est à 8 % à Rosemère et la seule manière d’atteindre notre objectif, c’est en conservant ce parc, dit-il.

Les citoyens estiment finalement qu’il est possible de construire la ville sur la ville – par exemple, sur les terrains vacants près de la gare de train de banlieue – sans s’attaquer au climatiseur de Rosemère.

Une lutte qui se transposera dans les urnes

Avec ses arbres matures, ses quartiers cossus et ses petits commerces, Rosemère a des airs de village campagnard. Un havre de paix verdoyant, situé à 30 kilomètres à peine de Montréal.

Ce n’est pas pour rien que l’administration actuelle a proposé le slogan Rosemère, fière, verte et prospère.

Mais les espaces propices au lotissement domiciliaire se font rares, estime le maire Eric Westram. Et selon lui, le parc du golf constitue un milieu de vie intéressant notamment pour la population vieillissante. Pas question, dit-il, de placer les aînés dans des tours avec de l’asphalte et des rues autour dans des quartiers plus densément peuplés.

Soulignant qu’il a entrepris trois années de consultations publiques, le maire parle pour sa part de compromis en proposant de préserver la moitié du terrain du golf.

Nous, on doit gérer un équilibre économique, environnemental et tous les enjeux qui tournent autour [...] Un minimum de 30 hectares, c’est l’équivalent du parc Jarry à Montréal : 30 hectares reboisés, renaturalisés, disponibles à la population 12 mois par année, affirme le maire, qui brigue un second mandat.

Le maire de Rosemère pose devant l'hôtel de ville le 29 septembre 2021.

Le maire de Rosemère Eric Westram, devant l'hôtel de ville, propose de préserver la moitié du terrain du golf.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La question du golf a pris une telle importance qu’elle a incité des citoyens à créer cet été une formation politique, le Collectif avenir Rosemère. Des citoyens qui se disent lassés par le manque de transparence de l’administration en place et méfiants face à ces consultations publiques qu’ils jugent décidées d’avance.

Lors d’un sondage, le maire a notamment demandé à la population si elle était favorable à la conservation d’un minimum de 50 % du terrain du golf, et non pas l'entièreté. Ce même maire, disent-ils, qui avait promis en 2017 de protéger un maximum du terrain.

Cette question orientée a servi comme paravent au maire, qui brandit son sondage en disant : "vous êtes d'accord", déplore le candidat à la mairie Pierre-André Geoffrion, un ostéopathe et commerçant local.

Collectif avenir Rosemère s’engage, lui, à préserver 88 % du parc – sa portion récréative – et à consulter la population spécifiquement sur la question. 

Le développement immobilier est hors de question, disent-ils. Les Montréalais n’ont pas fui la ville pendant la pandémie pour aller en banlieue et retrouver de l’asphalte, estiment les membres du parti.

De nombreux golfs dans des situations similaires

Les enjeux entourant la fermeture des terrains de golf et le développement des terrains qu’ils occupaient touchent des dizaines de municipalités au Québec.

Depuis 2010, douze terrains de golf ont fermé dans la région montréalaise. Cette dernière comptait 65 terrains de golf en activité en mars 2020, selon des données compilées par la CMM transmises à Radio-Canada.

Le pavillon du golf centenaire de Rosemère est laissé à l'abandon.

Le pavillon du golf centenaire de Rosemère est laissé à l'abandon.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Vieillissement de la population, popularité du sport en déclin, au Québec comme ailleurs en Amérique du Nord, le golf est en perte de vitesse. Des parcours sont vendus parfois à prix modique à des promoteurs immobiliers, qui font pression ensuite pour changer le zonage en résidentiel et faire monter en flèche leur valeur, comme c’est le cas à Rosemère.*

Si on n’a pas la participation des villes, on n'y arrivera pas, estime la biologiste Catherine Vallée, de la Coalition des terrains de golf en transition, qui déplore une course aux revenus fonciers de la part de certaines administrations.

Créée il y a huit mois, la Coalition regroupe une douzaine de golfs dans la grande région de Montréal, et trois autres à Saint-Jean-sur-Richelieu. Tous des golfs vendus à des promoteurs immobiliers ou dont les négociations sont avancées.

Préserver les golfs en milieu naturel, rappelle-t-elle, contribue à la lutte contre les îlots de chaleur et à l’augmentation de la biodiversité : 30 % à 40 % de nos combats contre les changements climatiques vont être gagnés par la nature. On ne peut pas juste changer nos voitures, affirme Catherine Vallée.

La Coalition, de même que des villes, demande aujourd’hui que Québec modernise sa Loi sur l’expropriation afin de favoriser le rachat de ces terrains à leur valeur marchande par les municipalités. Une loi obsolète, dit Catherine Vallée, qui favorise trop souvent les promoteurs au détriment des espaces verts, de plus en plus rares.

À Rosemère, par exemple, la Ville affirme qu'elle devrait débourser une indemnité de 126 millions de dollars pour exproprier les promoteurs du golf. C'est sept fois le prix d'achat.

Les citoyens demandent donc au maire du temps, afin d’obtenir de l’aide du gouvernement du Québec pour racheter le terrain. Il n’y a aucune presse, estime Patrick Bonin, de Rosemère vert. Rien qui justifie les demandes précipitées du maire.

*Contactés par Radio-Canada, les promoteurs de l’ancien golf de Rosemère n’ont pas voulu se prononcer sur le sujet.

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