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Pandora Papers : des célébrités bien connues ont profité des paradis fiscaux

Les musiciens Elton John et Ringo Starr, la mannequin Claudia Schiffer et le joueur de soccer Angel Di Maria sont quelques-unes des célébrités qui apparaissent dans la fuite massive de documents financiers confidentiels.

La mannequin Claudia Schiffer, la star pop Elton John et le footballeur Ángel Di María sont tous trois nommés dans les Pandora Papers

La mannequin Claudia Schiffer, la star pop Elton John et le footballeur Ángel Di María sont tous trois nommés dans les Pandora Papers.

Photo : Getty Images

Consortium international de journalistes d’enquête (ICIJ)

Les noms de plusieurs célébrités apparaissent dans la fuite des Pandora Papers, qui lève le voile sur la façon dont elles ont pu bénéficier de structures d'entreprises dans des juridictions fiscalement clémentes, comme les îles Vierges britanniques ou les Bahamas, pour acquérir des propriétés ou encaisser leurs revenus, selon une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), dont Radio-Canada est partenaire.

Dévoilés dimanche, les Pandora Papers sont une fuite massive de près de 12 millions de documents provenant de 14 firmes proposant des services d’incorporation outre-mer. Les noms de milliardaires, de politiciens et de criminels y figurent. Plusieurs d’entre eux ont cherché à nier lundi les premiers reportages issus des médias partenaires de l'ICIJ qui les mettaient en cause.

Ces sociétés extraterritoriales sont souvent dans des pays ou territoires où le taux d’imposition est minime, voire nul. Enregistrer une telle société par l’entremise d’une firme spécialisée peut coûter aussi peu que quelques centaines de dollars, et la confidentialité qu’offrent les paradis fiscaux peut parfois masquer l’identité de leur véritable propriétaire, permettant ainsi à ceux qui les détiennent de cacher leurs avoirs au public et potentiellement aux autorités.

Ces manœuvres peuvent permettre aux célébrités ou à d’autres personnes riches d’éviter de payer des impôts dans les pays où elles habitent, souvent de manière tout à fait légale.

Les documents montrent qu’ainsi, dans plusieurs cas, les principaux intéressés ont pu économiser des centaines de milliers, voire des millions de dollars en impôts. Des impôts qui pourraient notamment servir à financer les services publics, que ce soit pour la santé ou les infrastructures.

Voici certaines des richissimes célébrités qui apparaissent dans cette fuite massive de documents financiers confidentiels :

  • Le batteur des Beatles, Ringo Starr, dispose de deux sociétés enregistrées aux Bahamas. Celles-ci ont été utilisées pour acheter des propriétés, dont une maison à Los Angeles, rapporte l’ICIJ. Il a aussi créé cinq fiducies au Panama. Trois d’entre elles détiennent des polices d’assurance-vie dont les enfants de M. Starr sont les bénéficiaires, et une autre détient ses royautés et les cachets de ses spectacles. La fortune de M. Starr est évaluée à quelque 503 millions de dollars. Les représentants de Ringo Starr n’ont pas voulu répondre aux questions de l’ICIJ.
Le musicien fait un signe de peace and love avec une main.

Le batteur des Beatles, Ringo Starr, dispose de deux sociétés enregistrées aux Bahamas.

Photo : Reuters / Mario Anzuoni

  • Le chanteur britannique Elton John détient plus d’une douzaine de sociétés enregistrées aux îles Vierges britanniques. Celles-ci perçoivent ses revenus provenant de ses nombreuses activités commerciales. Dans plusieurs cas, M. John a créé des sociétés en double : une pour les revenus provenant du Royaume-Uni et une autre pour les revenus provenant d’ailleurs. Toutes les sociétés percevant des revenus provenant du Royaume-Uni sont enregistrées au nom de David Furnish, le mari d’Elton John.

    Dans ce pays, les célébrités peuvent déclarer les recettes provenant de tournées, de royautés ou de ventes de disques comme étant un revenu d’affaires. Cela leur permet de bénéficier d’un taux d’imposition moindre que celui des travailleurs salariés. La fortune personnelle d’Elton John est évaluée à plus de 667 millions de dollars. Ses représentants ont assuré à l’ICIJ que les sociétés de M. John paient des impôts d'entreprise au Royaume-Uni et qu’il ne les a pas utilisées pour réduire ses impôts ou éviter de les payer.
  • Des formulaires pour créer trois sociétés outre-mer au nom de la chanteuse colombienne Shakira apparaissent dans les Pandora Papers. Ceux-ci datent de 2019, alors qu’elle faisait l'objet d'une enquête en Espagne pour évasion fiscale en lien avec l’utilisation de telles sociétés. En juillet, un juge a déterminé que son procès pourrait aller de l’avant, puisqu’il existait suffisamment de preuves qu’elle a omis de payer plus de 20 millions en impôts entre 2012 et 2014. À l’époque, ses représentants avaient assuré qu’elle avait payé le montant en souffrance dès qu’elle avait été mise au courant qu’elle devait de l’argent au fisc.

    Les représentants de Shakira ont affirmé à La Sexta, un média partenaire de l’ICIJ, que les formulaires concernent des sociétés qui ont été enregistrées plusieurs années avant l’enquête qui la vise, avant qu’elle ne soit résidente de l’Espagne. Ils expliquent que ces documents servaient à transférer les sociétés vers un bureau d’avocat pour qu’elles soient dissoutes. Ils assurent que ces sociétés n’ont pas de revenus et ne mènent pas d’activités commerciales. Les représentants de la chanteuse ont expliqué au média El País, lui aussi partenaire de l'ICIJ, que Shakira a recours à des sociétés outre-mer puisque ses revenus proviennent de l’extérieur de l’Espagne et que les autorités de ce pays sont au fait de toutes ses sociétés.
Shakira sourit et lève les bras en l'air.

Des formulaires pour créer trois sociétés outre-mer au nom de la chanteuse colombienne Shakira apparaissent dans les Pandora Papers.

Photo : Reuters / Mike Blake

  • Le chanteur espagnol Julio Iglesias est le propriétaire de plus de 20 sociétés enregistrées aux îles Vierges britanniques. Huit de celles-ci ont acquis des propriétés dans la région de Miami depuis 2008. L’ICIJ a pu identifier deux autres entreprises liées au chanteur qui ne sont pas mentionnées dans les Pandora Papers et qui sont elles aussi propriétaires de demeures dans la région. D’autres sociétés appartenant à M. Iglesias étaient propriétaires de cinq terrains à Indian Creek Island en Floride, une communauté exclusive surnommée « le bunker des milliardaires ». Deux des terrains ont été vendus en 2020.

    Selon l’ICIJ, certaines des sociétés du chanteur sont admissibles à des allégements fiscaux sur les taxes foncières des propriétés dont elles sont le détenteur. La fortune personnelle de M. Iglesias est évaluée à quelque 1,2 milliard de dollars. Il n’a pas répondu aux multiples demandes d’entrevue du ICIJ.
Julio Iglesias chante sur scène.

Julio Iglesias est le propriétaire de plus de 20 sociétés enregistrées aux îles Vierges britanniques.

Photo : Getty Images / Miquel Benitez

  • La mannequin et actrice allemande Claudia Schiffer est la propriétaire de six sociétés enregistrées aux îles Vierges britanniques, où elle a également mis sur pied une fiducie au profit de membres de famille. L’icône de la mode des années 90 a déclaré au partenaire de l’ICIJ Süddeutsche Zeitung qu’elle se conformait aux lois fiscales applicables au Royaume-Uni, où elle habite avec son mari.
  • Le joueur de soccer argentin Angel Di Maria a été condamné à un an de prison en 2017 pour fraude fiscale, alors que le fisc espagnol l’accusait d’avoir détourné 1,3 million d’euros à l’aide d’une société-écran panaméenne. Le joueur vedette du Paris Saint-Germain, qui jouait alors pour le Manchester United, est parvenu à ne pas purger sa peine en payant une amende de plus 2 millions d’euros. Cette société servait à recevoir des paiements liés aux droits d'image, notamment en ce qui a trait à des contrats de commandite ou des publicités.

    Les Pandora Papers révèlent que sa société-écran panaméenne a continué de percevoir des fonds après que M. Di Maria eut payé son amende, signant entre autres une entente avec Adidas. Un porte-parole de M. Di Maria a déclaré à l'ICIJ que le joueur avait créé sa société-écran panaméenne sur recommandation d'un « professionnel de l’impôt », précisant que de nombreux autres athlètes espagnols jouant à l’étranger avaient été invités à créer des sociétés extraterritoriales pour percevoir des revenus liés aux droits d'image. Le contrat liant Angel Di Maria au Paris Saint-Germain vaut plus de 20 millions de dollars par année.
Bernie Ecclestone

L'ancien argentier de la formule 1 Bernie Ecclestone a acheté un club de soccer avec l'aide d'une société enregistrée aux îles Vierges britanniques.

Photo : Getty Images / Clive Mason

  • Le milliardaire britannique Bernie Ecclestone a acheté le club de soccer britannique Queens Park Rangers en 2007 pour 35,4 millions de dollars à l’aide d’une société enregistrée aux îles Vierges britanniques. L’ancien argentier de la Formule 1 a effectué cet achat en collaboration avec l’ancien propriétaire de l’équipe de formule 1 Renault, Flavio Briatore. Le club a ultimement été vendu au fondateur d’Air Asia, Tony Fernandes, par l’entremise d’une société malaisienne.

    Les documents des Pandora Papers montrent qu’en achetant les Queens Park Rangers, M. Fernandes a aussi racheté des prêts que MM. Ecclestone et Briatore et quatre sociétés extraterritoriales basées aux îles Vierges britanniques, à Chypre et au Delaware avaient faits à l’équipe. Le club était déjà endetté lorsque MM. Ecclestone et Briatore l’ont acheté en 2007, et il a enregistré des pertes tous les ans jusqu’à sa vente.

    Des experts fiscaux ont expliqué à l’ICIJ que de telles pertes pouvaient être déduites des revenus personnels de MM. Ecclestone et Briatore, réduisant ainsi leur facture d’impôts. Dans une entrevue avec l’ICIJ, M. Ecclestone a dit s’être impliqué dans l’achat du club « en tant que faveur » pour M. Briatore, estimant que son nom était surtout utilisé pour attirer d'autres investisseurs et gestionnaires. M. Briatore n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue de l’ICIJ. L’organisme Tax Justice Network a révélé en 2018 que des participations importantes d'environ un club de soccer anglais ou écossais sur quatre provenaient de l’extérieur du Royaume-Uni.

Avec les informations de Mia Zuckerkandel, Marcos García Rey, Kevin Hall, Antonio Delgado, Joaquín Castellón, Daniele Grasso, Mauritius Much, David Conn, Simon Goodley et Ivan Ruiz

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