•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des agricultrices réclament de vivre leur grossesse en sécurité

Ces travailleuses, qui n'ont pas accès au programme de retrait préventif, sont appuyées par le Conseil du statut de la femme.

Une femme enceinte dans une étable flatte une vache.

Marie-Pier Vincent n'a pas le choix de continuer à donner des soins à ses vaches, malgré sa grossesse.

Photo : Radio-Canada

Sophie Bernier

Des agricultrices du Québec font des pressions actuellement pour obtenir des modifications aux différents programmes qui sont offerts habituellement aux femmes enceintes, comme les retraits préventifs. En ce moment, les agricultrices enceintes qui sont propriétaires de leur ferme doivent continuer à effectuer toutes sortes de tâches physiques qui mettent leur santé et celle du bébé en danger. Certaines d'entre elles militent pour que les programmes soient plus adaptés à leur réalité.

Une femme enceinte conduit un tracteur.

Marie-Pier Vincent ne peut plus passer de longues heures sur son tracteur parce que ça lui cause des contractions.

Photo : Radio-Canada

Marie-Pier Vincent est enceinte de 34 semaines. Tous les jours, malgré le poids de son bébé dans son ventre, elle doit s'occuper de sa cinquantaine de vaches. Elle est la seule propriétaire de sa ferme laitière, située à Saint-Valérien-de-Milton, en Montérégie, donc personne ne peut prendre la relève des tâches plus difficiles physiquement.

Parmi ces tâches, il y a le soulèvement de charges lourdes à répétition, comme donner de la nourriture aux vaches, conduire de la machinerie lourde, manipuler des hormones, etc.

Une femme donne du foin à des vaches avec une pelle.

Marie-Pier Vincent a l'habitude de donner à manger à ses vaches, mais depuis quelques semaines, sa pelle est plus lourde.

Photo : Radio-Canada

À son premier rendez-vous de suivi de grossesse, sa médecin lui a clairement fait comprendre que sa situation est loin d'être idéale. Ça faisait vraiment pas son affaire! Elle m'a littéralement dit que je ne devrais pas et que c'était pas conseillé du tout. Elle m'a dit que c'était mon choix, mais que c'était à mes risques et périls, autant pour moi physiquement que pour ma grossesse, raconte Marie-Pier Vincent.

Une femme enceinte marche dans une étable avec du matériel pour la traite.

Marie-Pier Vincent n'est tout simplement plus capable de traire sa cinquantaine de vaches.

Photo : Radio-Canada

Au fil des semaines, Marie-Pier a dû accepter ses nouvelles limites. Elle n'est plus capable de traire ses vaches, c'est devenu trop difficile. Elle s'est résignée à faire appel à un travailleur étranger, qu'elle doit ajouter aux dépenses de sa ferme.

À titre de propriétaire, Marie-Pier Vincent a un statut de travailleuse autonome. Elle n'a donc pas accès au programme de retrait préventif de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Elle croit cependant que le cas des agricultrices propriétaires devrait être traité différemment de celui des autres travailleuses autonomes.

On n'a pas vraiment le choix de continuer. Moi, mes vaches, je ne peux pas leur dire : on se revoit dans trois mois ou dans six mois!

Une citation de :Marie-Pier Vincent
Une femme enceinte dans une étable tient une pelle pour donner du foin à des vaches.

Marie-Pier Vincent explique que la majorité des agricultrices ne peuvent pas arrêter de s'occuper de leurs bêtes pendant la grossesse.

Photo : Radio-Canada

Le Conseil du statut de la femme demande des changements

Mélanie Julien, directrice de la recherche et de l'analyse au Conseil du statut de la femme abonde dans le même sens que Marie-Pier Vincent.

Le Conseil s'est penché sur les difficultés vécues par les femmes en agriculture. On ne peut pas mettre le travail agricole sur pause sous prétexte qu'un enfant vient de naître, explique-t-elle.

Le Conseil propose au gouvernement d'élargir les critères pour permettre à davantage de femmes d'avoir accès au retrait préventif de la CNESST, parce que les règles actuelles créent des situations paradoxales.

Mélanie Julien raconte l'exemple d'une ferme où l'employée et la propriétaire étaient enceintes en même temps. L'employée salariée bénéficiait du programme Pour une maternité sans danger. Elle n'était pas en mesure de réaliser certaines tâches, mais ces tâches incombaient à la propriétaire qui elle-même était enceinte et qui mettait sa propre santé et celle de son enfant à naître en danger.

Une femme devant une ferme.

Mélanie Julien a coordonné une étude du Conseil du statut de la femme, sur les difficultés vécues par les agricultrices.

Photo : Radio-Canada

Le Conseil du statut de la femme estime que le projet de loi 59, qui vise à moderniser le régime de santé et sécurité au travail, aurait été une belle occasion d'élargir la portée du programme de retraits préventifs. Il a déposé un avis en ce sens, mais le projet de loi a été adopté sans les modifications proposées le 30 septembre. Les revendications des agricultrices et du conseil n'ont pas été entendues par le gouvernement.

Le Conseil estime aussi qu'il y a de nombreuses embûches qui nuisent aux agricultrices qui font le choix de devenir mères, même après la grossesse. Dans un avis de 2019 intitulé « les femmes en agriculture, cultiver les possibles », le conseil fait état de nombreuses difficultés vécues par les femmes qui essaient de concilier agriculture et maternité.

Le défi de concilier agriculture et famille

Mariève Savaria a été touchée de plein fouet par les défis d'élever des enfants tout en s'occupant de sa ferme. Déjà mère de deux enfants et propriétaire d'une ferme maraîchère en Montérégie, une grossesse surprise l'a poussée, avec son conjoint, Francis Madore, à complètement revoir ses plans de vie.

Une femme cueille des asperges.

Mariève Savaria attend un troisième enfant, une grossesse surprise qui a précipité la décision d'abandonner l'agriculture.

Photo : Radio-Canada

Le poids de la ferme pesait déjà sur leurs épaules avant le troisième enfant. Cette grossesse a précipité la réflexion.

C'est des heures de travail un peu folles. On commence très tôt et on finit très tard. Les jours de marché, tu reviens à la ferme, il est rendu 23 heures.

Une citation de :Mariève Savaria

Son partenaire, Francis Madore, ajoute que les personnes qui travaillent en ville font du 9 à 5, nous on fait du 5 à 9.

Une femme enceinte marche dans un champ avec sa famille.

Mariève Savaria et son conjoint, Francis Madore, ont vendu leur terre et abandonnent l'agriculture.

Photo : Radio-Canada

Ils ont déjà cherché un modèle pour alléger le fardeau de la conciliation famille-agriculture. Ils ont exploré l'engagement communautaire, l'entraide entre agriculteurs, mais ils n'ont pas encore trouvé de modèle à leur goût.

Ils ont finalement décidé de vendre la ferme et d'arrêter l'aventure des paniers de légumes biologiques. Ce déménagement leur permettra enfin de ralentir le rythme pour accueillir leur nouveau bébé.

Une femme enceinte et une fillette dans une serre.

Au moment de notre passage à la ferme, la famille Savaria-Madore se préparait à déménager.

Photo : Radio-Canada

Le Conseil du statut de la femme reconnaît que si la conciliation travail-famille est un défi pour tous les parents, cela représente un enjeu supplémentaire pour les agriculteurs.

De par la charge de travail, de par les horaires de travail qui sont souvent incompatibles avec les horaires des garderies, des écoles, c'est un travail saisonnier, alors forcément, ça pèse de façon plus lourde sur les femmes, explique Mélanie Julien, du Conseil du statut de la femme.

Une femme souffle sur un pissenlit tenu par une fillette.

Mariève Savaria veut trouver un mode de vie qui lui permettra de s'occuper davantage de ses enfants.

Photo : Radio-Canada

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !