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Pandora Papers : des dirigeants nient avoir caché des milliards au fisc

Le roi et son épouse, la reine Rania al-Yassin, descendent d'un avion.

Le roi de Jordanie Abdallah II est visé par les révélations des Pandora Papers, parmi des centaines de dirigeants.

Photo : afp via getty images / Martin Bureau

Agence France-Presse

Plusieurs pays et dirigeants ont rejeté lundi les révélations d'une vaste enquête du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) accusant plusieurs centaines de responsables politiques et leurs proches d'avoir dissimulé des avoirs dans des sociétés extraterritoriales, notamment à des fins d'évasion fiscale.

Publiée dimanche, cette enquête, à laquelle ont collaboré environ 600 journalistes, s'intitule Pandora Papers, référence à la légende de la boîte de Pandore. Elle s'appuie sur quelque 11,9 millions de documents provenant de 14 sociétés de services financiers et a mis au jour plus de 29 000 sociétés extraterritoriales.

Selon ces documents, le roi Abdallah II de Jordanie a créé au moins une trentaine de sociétés extraterritoriales, c'est-à-dire dans des pays ou territoires à fiscalité avantageuse, et acheté par leur biais 14 propriétés de luxe aux États-Unis et au Royaume-Uni, pour plus de 106 millions de dollars.

Dans un communiqué publié à Amman, le Palais royal a reconnu qu'Abdallah II possédait des propriétés aux États-Unis et au Royaume-Uni, mais affirmé qu'elles avaient été financées personnellement par le monarque.

S'adressant lundi à des dignitaires tribaux, le roi jordanien a dénoncé ce qu'il a qualifié de campagne contre son pays : Les tentatives pour embarrasser la Jordanie existent depuis un certain temps, et il y a encore ceux qui veulent la saboter et semer les soupçons.

Nous n'avons rien à cacher, a-t-il déclaré, selon un communiqué du Palais.

Certaines informations de presse publiées sur les biens immobiliers du roi sont inexactes, déformées et exagérées, avait indiqué plus tôt le Palais royal.

La publication par certains médias des adresses de ces appartements et résidences constitue [...] une menace pour la sécurité du roi et des membres de sa famille, selon le communiqué.

Le roi possède un certain nombre d'appartements et de résidences aux États-Unis et au Royaume-Uni, [mais] cela n'est pas nouveau et n'est pas secret, d'après la même source.

« Le coût de ces propriétés et tous les frais qui y sont associés sont personnellement financés par le roi et aucune de ces dépenses n'a été faite aux frais du budget de l'État ou du Trésor. »

— Une citation de  Extrait du communiqué du Palais royal

Des allégations balayées du revers de la main par le Kremlin

Mis en cause également, le Kremlin a rejeté lundi des allégations infondées.

Selon l'ICIJ, Svetlana Krivonogikh, une femme présentée par des médias russes comme une ex-maîtresse du président Vladimir Poutine, a acquis en 2003 un appartement pour 4 millions de dollars à Monaco par le biais de comptes extraterritoriaux.

En novembre 2020, le site russe d'investigations Proekt avait affirmé que cette femme avait entretenu une liaison avec M. Poutine dans les années 1990 et au début des années 2000.

Elle aurait au cours de ces années accumulé une fortune colossale. Selon cette publication, le couple aurait même eu une fille, née en 2003 et baptisée Elizaveta.

« On ne comprend pas en quoi ces informations peuvent être considérées comme fiables. Nous avons simplement affaire à un ensemble d'allégations tout à fait infondées. [...] Quand il y aura des publications sérieuses, [...] nous en prendrons connaissance avec intérêt. »

— Une citation de  Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

Selon l'enquête de l'ICIJ, un ami d'enfance présumé du président, Piotr Kolbine, est lié à un juteux montage financier impliquant l'oligarque Guennadi Timtchenko, lui aussi un proche du chef d'État russe.

Les détracteurs de M. Poutine voient en ces personnalités des prête-noms potentiels pour le président russe.

L'ICIJ affirme par ailleurs que Konstantin Ernst, président-directeur général de la première chaîne de télévision russe, a acquis de manière douteuse un immense terrain à Moscou par l'intermédiaire d'une société extraterritoriale.

Ce responsable est considéré comme l'un des cerveaux ayant forgé l'image médiatique du président russe, le mettant en scène lors de grandes cérémonies télévisées ou des défilés militaires.

Il est aussi celui qui a organisé la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques dans la ville russe de Sotchi, en février 2014.

L'intéressé a confirmé au média russe d'investigation Vajnié Istori avoir un lien avec la société extraterritoriale Moscow Dvorik, mais a dit ne l'avoir jamais caché.

De la diffamation, selon le premier ministre tchèque

Dimanche déjà, le premier ministre tchèque, Andrej Babis, s'était défendu d'avoir placé 22 millions de dollars dans des sociétés-écrans pour financer l'achat du château Bigaud, une grande propriété à Mougins dans le sud de la France.

Classé sixième fortune tchèque par l'hebdomadaire financier Euro, M. Babis a assuré qu'il n'avait jamais rien fait d'illégal ou de mal et a qualifié ces allégations de campagne de diffamation à son encontre et à l'encontre de son parti, le mouvement populiste centriste ANO (Oui en tchèque), en tête des sondages pour les élections législatives du 8 et 9 octobre.

Selon les analystes, il est peu probable que le scandale fasse basculer la base de Babis et torpille sa victoire attendue aux élections.

Les supporteurs de Babis lui ont pardonné à de nombreuses occasions, et celle-ci en sera une autre, a estimé auprès de l'AFP Otto Eibl, analyste politique à l'université Masaryk de Brno.

Pour Josef Mlejnek, analyste à l'Université Charles de Prague, le scandale des Pandora Papers pourrait même aider Babis à former une coalition gouvernementale, car les électeurs indécis pourraient choisir des petits partis sur le point d'entrer au Parlement plutôt qu'ANO.

Il sera mieux avec 25 % des voix et quelques petits partenaires qu'avec 30 % des voix tout seul, a-t-il expliqué.

Le parti de Babis est arrivé en tête du dernier sondage d'opinion, publié dimanche, avec 25 % des voix. Il se place devant l'alliance de partis Ensemble et une alliance du Parti pirate, antisystème, avec le parti centriste des Maires et Indépendants.

D'autres démentis

Le premier ministre ivoirien Patrick Achi, qui contrôlait une société aux Bahamas jusqu'au moins 2006, selon l'enquête, a démenti lundi toute action illicite.

Le président équatorien Guillermo Lasso a, lui, placé des fonds dans deux trusts dont le siège se trouve aux États-Unis, dans le Dakota du Sud, selon l'ICIJ, qui épingle également les présidents du Chili et de République dominicaine.

Tous mes revenus ont été déclarés et j'ai payé les impôts correspondants en Équateur, faisant de moi l'un des principaux contribuables dans le pays à titre personnel, a assuré dans un communiqué M. Lasso, un ancien banquier.

« Tous les investissements réalisés en Équateur et à l'étranger se sont toujours faits dans le cadre de la loi. »

— Une citation de  Guillermo Lasso, président de l'Équateur

Le président congolais Denis Sassou Nguesso a détenu, pendant près de 20 ans, une société extraterritoriale dans les Îles Vierges britanniques, tandis que le président gabonais Ali Bongo y a contrôlé à la fin des années 2000 deux sociétés extraterritoriales, selon le quotidien français Le Monde, partenaire de l'ICIJ.

Au total, des liens ont été établis par l'ICIJ entre des actifs extraterritoriaux et 336 dirigeants et responsables politiques de premier plan qui ont créé près de 1000 sociétés, dont plus des deux tiers aux Îles Vierges britanniques.

L'enquête pointe également le rôle majeur dans l'évasion des taxes du cabinet d'avocats panaméen Alcogal (Aleman, Cordero, Galindo & Lee), des accusations rejetées par l'entreprise.

Pour la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, ces pratiques sont complètement inacceptables et l'UE doit travailler davantage sur la question.

Parmi les personnalités citées figurent la chanteuse colombienne Shakira, la mannequin allemande Claudia Schiffer ou la légende indienne du cricket Sachin Tendulkar.

Apparaissent aussi les noms de l'ancien premier ministre britannique Tony Blair pour l'achat d'un bien immobilier à Londres et de l'ancien ministre français Dominique Strauss-Kahn.

L'ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), devenu consultant et conférencier, a fait transiter plusieurs millions de dollars d'honoraires par une société marocaine exempte d'impôts, selon l'enquête.

Je suis résident fiscal marocain depuis 2013 et [...] j'y paye mes impôts à hauteur de 23,8 % de mes bénéfices, soit 812 000 euros pour les années 2018, 2019 et 2020, s'est défendu DSK sur Twitter.

Selon Le Monde, 600 Français apparaissent dans l'enquête.

Dans la plupart des pays, ces faits ne sont pas susceptibles de poursuites. Mais l'ICIJ dresse un parallèle entre le discours de certains dirigeants et leurs placements dans des paradis fiscaux.

Le président kényan Uhuru Kenyatta a ainsi maintes fois affirmé sa détermination à lutter contre la corruption. Pourtant, selon les Pandora Papers, il possède une fondation au Panama et plusieurs membres de sa famille directe détiennent plus de 30 millions de dollars placés dans des comptes extraterritoriaux.

Sans répondre aux accusations, M. Kenyatta a salué une enquête qui va contribuer à améliorer la transparence financière.

De son côté, le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a fondé son image sur la lutte contre la corruption, a selon l'ICIJ mis en place à partir de 2012 un réseau d'entreprises extraterritoriales qui a servi notamment à acheter trois propriétés cossues à Londres.

Un moyen, selon l'administration présidentielle ukrainienne, de se protéger contre les actions agressives du régime de l'ex-président prorusse Viktor Ianoukovitch.

Entité indépendante, l'ICIJ compte des journalistes d'investigation dans plus de 100 pays et territoires, avec quelque 100 médias partenaires. Elle s'est fait connaître en 2016 avec les Panama Papers, enquête appuyée sur quelque 11,5 millions de documents provenant d'un cabinet d'avocats panaméen.

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