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Procès de Patrik Mathews aux États-Unis : la poursuite demande 25 ans de prison

L’ex-réserviste des forces armées canadiennes et néonazi présumé connaîtra sa peine le 28 octobre.

Patrik Mathews vu de face.

Les procureurs américains jugent que Patrik Mathews représente un danger pour la société et demandent à la justice de le condamner à 25 ans de prison.

Photo : Gendarmerie royale du Canada

Radio-Canada

Les procureurs américains demandent une peine de prison de 25 ans pour Patrik Mathews, un ex-réserviste des forces armées canadiennes et néonazi présumé, qui a été arrêté aux États-Unis en 2019.

Selon les procureurs, le Manitobain Patrik Mathews et son co-accusé Brian Lemley, qui est Américain, se sont alliés pour fomenter une guerre civile qui aurait décimé les minorités ethniques et soumis les femmes.

Dans un document de 45 pages portant sur la condamnation recommandée et déposé devant un tribunal américain la semaine dernière, la poursuite note que les deux accusés se sont organisés et se sont alliés à d’autres, et qu’ils ont étudié la violence, testé leurs compétences avec des armes et fait des réserves de munitions.

La poursuite a déposé des douzaines de documents et de pièces à conviction pour appuyer cette recommandation, dont des enregistrements audio et vidéo et des transcriptions qui révèlent l’ampleur de la preuve contre les deux hommes.

Des documents de la défense ont aussi été remis à la Cour jeudi, mais sont sous scellés. Aucun des avocats n’a pu être joint pour faire commenter l'affaire.

En juin, Patrik Mathews, 28 ans, a décidé de plaider coupable de certains chefs d’accusation portés contre lui dans les États du Maryland et du Delaware. Il a admis avoir possédé et transporté des armes à feu dans l’intention de commettre un crime, ainsi que d’avoir détruit un téléphone cellulaire pour entraver une enquête fédérale.

Brian Lemley, un vétéran de l’armée américaine ayant servi en Irak, a plaidé coupable à des accusations de transport illégal d’armes à feu et d’entrave à la justice.

Un troisième accusé, William Garfield Bilbrough IV, a déjà écopé de cinq ans de prison. En décembre dernier, il a plaidé coupable d'avoir aidé Patrik Mathews à entrer illégalement aux États-Unis en 2019.

Une enquête du FBI

Patrik Mathews a été publiquement identifié comme un recruteur du groupe néonazi The Base au cours de l’été 2019, à la suite d’une enquête du journaliste du Winnipeg Free Press, Ryan Thorpe.

Selon les documents de la Cour, quand la Gendarmerie royale du Canada a exécuté un mandat de perquisition dans la maison de Patrik Mathews à Beauséjour, le 19 août 2019, elle a trouvé, dans une poubelle, une liste manuscrite de tueries de masse avec des détails portant sur l’année, le nombre de morts et si le tueur prenait ou non des médicaments.

Note manuscrite dressant une liste de tueries de masse.

La note manuscrite trouvée par la Gendarmerie royale du Canada dans la maison de Patrik Mathews, à Beauséjour, dressant une liste de tueries de masse.

Photo : document juridique du procureur américain

Patrik Mathews a ensuite disparu pour réapparaître aux États-Unis. Les documents de la Cour indiquent qu’il a rencontré Brian Lemley et William Bilbrough dans le sud du Michigan.

Autour du 1er septembre 2019, Brian Lemley a publié un message sous le pseudonyme de Cantgoback avisant d’autres membres de The Base que l’objectif [avait] été atteint.

Échange de messages entre Brian Lemley et une autre personne.

Ce message de Brian Lemley publié sous le pseudonyme de « Cantgoback » avise d’autres membres de The Base que « l’objectif a été atteint ».

Photo : document juridique du procureur américain

Patrik Mathews a ensuite été ajouté au groupe de discussion, sous le pseudonyme de PunishedSnake1488.

Patrik Mathews, Brian Lemley et d’autres membres de The Base ont participé à un camp d’entraînement en Georgie à compter du 14 septembre 2019, au cours duquel ils ont eu une formation tactique et ont pris part à des exercices de tir. Brian Lemley avait déjà été identifié comme un participant à un camp précédent.

Une image captée par une caméra de sécurité montre la voiture et deux hommes à bord.

Dans cette image, Patrik Mathews est vêtu d'une chemise hawaïenne, un vêtement que portent souvent les nationalistes blancs qui souhaitent l’effondrement du gouvernement des États-Unis et qu’ils surnomment « Bougalou ».

Photo : document juridique du procureur américain

En octobre 2019, à la fin d’un camp d’entraînement auquel participait un agent secret du FBI, des membres se sont photographiés portant de l’équipement tactique et des cagoules. Les photos ont ensuite été utilisées dans les outils de propagande de The Base, un groupe qui promeut l’usage de la violence pour précipiter la chute du gouvernement américain.

En novembre de la même année, Patrik Mathews et Brian Lemley ont trouvé un appartement à Newark dans le Delaware, où les agents du FBI ont exécuté un mandat d’enquête furtive.

Les agents ont notamment trouvé des dépliants de propagande de The Base et des vidéos montrant Patrik Mathews adoptant un langage violent, antisémite et raciste.

Une vidéo datée du 13 novembre 2019 le montre disant que les manifestants antifascistes devraient devenir des cibles d’assassinats.

Patrik Mathews y déplore que ces militants fassent passer les néonazis pour l’incarnation du diable. Ils veulent des méchants, ils peuvent en avoir, dit-il. Nous allons leur donner des suprémacistes blancs, puisque c’est ce qu’ils veulent. Donnons-leur ce qu’ils veulent. Donnons-leur ce qu’ils méritent.

D’autres vidéos parlent de tuer des gens pour le bien du mouvement. L’une d'entre elles montre Patrik Mathews portant un masque à gaz pour tenter de modifier sa voix.

Patrik Mathews le montre portant un masque à gaz.

Une vidéo déposée en preuve au procès de Patrik Mathews le montre portant un masque à gaz pour modifier sa voix.

Photo : document du procureur américain

En décembre 2019, le FBI a reçu l’autorisation de la Cour d'installer dans l'appartement qu'il partageait avec Brian Lemley une caméra de télévision en circuit fermé et des microphones.

Les agents ont capté des conversations où il est question d’actes de terrorisme en lien avec un rassemblement prévu en Virginie en janvier 2020.

Ils y évoquent le meurtre d’un agent de police et du président de la Chambre des représentants de l’État de Virginie. Les deux hommes ont partagé ces plans avec d’autres membres de The Base.

Le 6 janvier 2021, le FBI a arrêté Patrik Mathews et Brian Lemley. Avant de se rendre, les deux hommes ont détruit leurs téléphones portables et les ont jetés dans les toilettes.

Saisie d'armes dans l'appartement de Patrik Mathews aux États-Unis.

Saisie d'armes dans l'appartement de Patrik Mathews aux États-Unis.

Photo : document juridique du procureur américain

Dans les jours qui ont suivi, les autorités de la Georgie et du Wisconsin ont arrêté quatre autres hommes associés à The Base.

Ce sont des terroristes intérieurs

Les accusations portées à l’encontre de Patrik Mathews et Brian Lemley ne sont pas liées au terrorisme comme tel, mais les procureurs demandent qu’elles soient renforcées par des notions de terrorisme, pour qu’elles puissent aboutir à une peine de prison plus longue.

Toutes les infractions commises avaient pour but de promouvoir le terrorisme, qui est un crime fédéral aux États-Unis, écrit la poursuite pour justifier la peine demandée, soit 25 ans de prison suivi par trois années de libération supervisée.

La poursuite affirme par ailleurs que les accusés présentent un risque grave pour la sécurité publique. Ce sont des terroristes intérieurs, et leur peine devrait en tenir compte.

Patrik Mathews et Brian Lemley vont connaître leur peine au Maryland le 28 octobre.

Patrik Mathews fait face à d’autres accusations en Georgie, pour avoir participé à la décapitation d’un animal pendant un entraînement paramilitaire.

Avec les informations de Karen Pauls

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