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La prévention plutôt que la répression pour combattre les fusillades à Montréal

Les services d'urgence sur les lieux d'un drame, à Montréal.

L'homme blessé par balle dimanche soir refuserait de collaborer avec la police.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Alors que Québec vient d’annoncer 90 millions de dollars pour lutter contre la violence liée aux armes à feu, des observateurs préviennent le gouvernement que ces sommes seront inefficaces à moyen et long terme si rien n’est fait pour augmenter la prévention.

Si on n’investit que dans la répression, ça crée un climat de tension, un climat de peur et ça laisse place aux abus. Ce qui risque d’arriver, c’est que la police aille vers des gens qui n’ont rien à voir avec ça , s’inquiète Roberson Berlus, travailleur de rue au Café-Jeunesse Multiculturel.

Fort de 17 années d’expérience en tant que travailleur de rue, il pense que le gouvernement aborde la problématique des fusillades par le mauvais sens.

La solution ne passe pas par la répression, ne passe pas par la police. En ne faisant que de la répression, on est appelé à toujours devoir recommencer, car on ne fait pas de la prévention.

Une citation de :Roberson Berlus, intervenant

À l’inverse la prévention, ça évite justement d’avoir à faire de la répression cinq, 10 ou 15 ans plus tard, dit-il.

Face à des jeunes qui ont subi les abus de certains policiers ou le rejet du système scolaire, le Café-Jeunesse Multiculturel, situé à Montréal-Nord, offre un milieu propice aux échanges. On y trouve du soccer sur table, des divans pour se reposer, des ordinateurs et une cuisinette. Des intervenants jasent avec les jeunes de manière informelle, les aident à bâtir leur CV et font le pont avec des organismes gouvernementaux en qui ils ont généralement peu confiance.

En près de deux ans, on a placé 34 jeunes en emploi et il y en a deux qui ont ouvert leur entreprise, souligne M. Berlus.

Violences et armes à feu: miser sur la prévention

Ted Rutland, professeur agrégé en études urbaines à l’Université Concordia, pense lui aussi que la prévention doit prendre plus de place que la répression. Justice sociale et prévention, c'est la voie à suivre. C'est la voie qui va absolument prévenir plein d'actes de violence, qui va donner d'autres options aux gens qui sont dans des économies illégales où on utilise la violence, lance-t-il.

À l’inverse avec sa nouvelle stratégie québécoise de lutte aux armes à feu risque le gouvernement risque selon lui de reproduire les erreurs de Toronto et de favoriser notamment le profilage racial.

On n'a pas investi dans la vie de ces jeunes, on ne leur a pas donné des opportunités. Mais on est prêt à utiliser des fonds publics pour les envoyer en prison, ce qui coûte beaucoup plus cher qu’un bon logement et une éducation universitaire. C'est absolument atroce.

Une citation de :Ted Rutland, professeur agrégé en études urbaines à l’Université Concordia

Pourtant, les exemples à suivre ne manquent pas, précise le chercheur. Il évoque par exemple le Safe streets program de Baltimore, où des leaders de la communauté, souvent d’anciens criminels repentis, sont appelés à intervenir dans la résolution des conflits.

L’équipe d’une centaine de membres intervient notamment dans les hôpitaux après une fusillade et offre son soutien, dans le but de contenir l’escalade de la violence. Selon une étude de la Johns Hopkinks School of Public Health, les homicides ont diminué de 56 % et les fusillades de 34 % dans les secteurs de Baltimore qui ont adopté des plans de prévention.

Une femme se tient devant des officiers de police.

La ministre de la sécurité publique Geneviève Guilbault, lors de l'annonce de l'escouade Centaure pour lutter contre la prolifération des armes à feu.

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

La stratégie présentée pour lutter contre la violence par armes à feu présentée par la ministre québécoise de la Sécurité publique Geneviève Guilbault, il y a 10 jours, prévoit notamment d’embaucher 87 policiers dédiés à la lutte contre la violence armée.

Je m’adresse aux criminels qui terrorisent nos citoyens. Où que vous soyez, et qui que vous soyez, vous allez trouver nos policiers sur votre chemin , avait déclaré la ministre Guilbault lors de l’annonce.

Les intervenants rencontrés par Radio-Canada attendent désormais de voir quel sera le plan du gouvernement en termes de prévention, la ministre de la Sécurité publique ayant promis qu’un plan à moyen et long terme suivra prochainement.

Ils rappellent aussi que Montréal reste une ville sûre. Selon Statistique Canada, Montréal figure en 16e position parmi les 35 plus grandes villes canadiennes canadiennes pour ce qui est de la gravité des crimes violents (Nouvelle fenêtre).

Avec les informations de Valérie-Micaela Bain

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