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Chronique

Osheaga, jour 2 : La pluie, les contrastes et Jessie Reyez

Jessie Reyez sur scène, micro à la main.

Certaines pièces de Jessie Reyez sont très revendicatrices, comme « Gatekeeper ».

Photo : evenko / Patrick Beaudry

Les jours se suivent, mais ne se ressemblent pas, dit-on. Le proverbe s’appliquait à merveille, samedi, à la deuxième journée des Retrouvailles d’Osheaga, et ce, sur plusieurs aspects.

Primo, après le temps sec idéal de vendredi, la pluie, la bruine et le crachin s’étaient mis de la partie. Après une séquence exceptionnelle de soirées sans flotte aux Francos, au Festival de jazz et à Île Soniq depuis près d’un mois à Montréal, l’implacable loi de la moyenne allait finir par nous rattraper. Et si le ciel ne s’est pas déchaîné en fin de soirée, l’humidité à trancher au couteau pénétrait comme jamais.

Deuxio, l’achalandage. Il y avait environ 7000 festivaliers vendredi soir quand Charlotte Cardin est montée sur scène, soit près du maximum de 8000 permis par la santé publique du Québec pour les concerts en plein air. Je n’ai pas le chiffre de samedi sous la main, mais il y en avait bien moins que ça pour Jessie Reyez.

Tertio, le volume sonore. Vendredi, la qualité du son était impeccable à tout point de vue mais, par moments, on se disait qu’il était un peu faible.

Peut-être en raison de l’entente à l’amiable signée entre le parc Jean-Drapeau avec la municipalité de Saint-Lambert en 2020. Mais peut-être pas non plus à en juger par ce que l’on pourrait désigner comme le festival des basses, samedi après-midi. Et des basses lourdes… C’était tonitruant! On en tremblait dans la tente de presse. Ça s’est calmé en soirée.

Quatro, les contrastes. Hormis le fait qu’elles soient deux jeunes femmes talentueuses, Cardin et Reyez, ce n’est vraiment pas la même chose… Et même au sein du festival Osheaga, où l’on a eu notre lot de styles et de genres disparates en 15 ans, la succession des prestations de Killy et de Faouzia, c’était comme de passer d’un long-métrage violent déconseillé aux mineurs à un film de Disney pour enfants.

Rugueux Killy

Killy chante sur scène.

Killy, de son vrai nom Khalil Tatem, a déjà deux albums et un minidisque à son actif.

Photo : evenko / Tim Snow

Parlons-en de Killy, tiens. Superbes lunettes de soleil – quoiqu’un peu inutiles – sur son nez, de l’attitude et de l’énergie à revendre : le rappeur de Toronto avait le verbe facile entre deux salves. L’incontournable mot de quatre lettres qui commence avec un f était assez omniprésent.

Khalil Tatem, de son vrai nom, a déjà deux albums et un minidisque et il a pigé dans son répertoire en enchaînant des titres comme Distance, où il précise qu’il est l’unique opposition, ou Anti Everybody… qui n’a pas besoin de traduction ou d’explication supplémentaire.

Parmi les moments forts, on note So Sad No Bad, où il est descendu au parterre pour s’appuyer sur la clôture le séparant des fans. Un gros moment de plaisir et de défoulement collectif sans distanciation.

Élégante Faouzia

Faouiza chante sur scène.

Faouzia a offert une bonne performance, malgré des pépins techniques.

Photo : evenko / Patrick Beaudry

Marocaine trilingue (arabe, français, anglais) immigrée au Canada et qui vit désormais au Manitoba, Faouzia espérait il y a quelques années venir à Osheaga en qualité de spectatrice. Elle y est finalement venue en qualité d’artiste. Avec son ensemble rouge et blanc qui faisait honneur à son héritage marocain, elle s’est présentée sur scène avec une musicienne aux claviers, une à la basse et un batteur.

Concrètement, il y avait aussi des séquences préenregistrées et des pistes de voix. On s’en est rendu compte quand il y a eu un pépin technique après 40 secondes sur la première chanson et que tout le monde a cessé de jouer… sauf la piste. Malaise, même si la jeune femme a récupéré l’incident avec aisance.

Mais pourquoi? Avec sa voix puissante, presque opératique, qui fait parfois penser à celle de Katy Perry, Faouzia n’a pas besoin d’ajouts pour s’imposer. Elle a quelques solides chansons comme Born Without a Heart à sa disposition. Sa pop à saveur internationale gagnerait à être plus dépouillée sur les planches.

On voit sa facilité à se mouvoir – en dépit de souliers dignes de plateformes – durant My Heart’s Gone, peut-être la chanson de son répertoire qui compte le plus d’effluves arabisants. Et elle ne cache pas ses influences – ou ses ambitions – quand elle enchaîne Paparazzi (de Lady Gaga) à sa propre Hero en fin de programme.

L’amour à toutes les sauces

Majid Jordan pointe la foule du doigt lors d'une prestation sur scène.

Majid Jordan et Roy Woods ont interprété des pièces hip-hop à saveur R&B.

Photo : evenko / Tim Snow

J’ai dû sacrifier Lany pour aller écrire afin de revenir pour le doublé de Roy Woods – inscrit « Wood$ » sur l’écran – et de Majid Jordan.

Woods a beau faire dans le hip-hop, ses compositions sont trempées dans le R&B qu'il fait bon entendre quand on est en amour. Son entregent rassembleur et son ton cajoleur sont aux antipodes de Killy, disons, qui lui fait dans la force brute. Le duo canadien formé de Majid Al Maskati (chant) et de Jordan Ullman (claviers) a poursuivi dans la même veine.

Les deux hommes portaient d’ailleurs des vêtements – complet, manteau, pantalons – avec des imprimés de colombes blanches. L’amour, donc, mais la paix en plus, durant Gave Your Love Away, Forever et Been Through That. Une cinquantaine de minutes de douceur mélodique, avec juste un peu trop de traficotage sonore à mon goût.

Les ruades de Jessie

Jessie Reyez chante sur une scène.

La mort et l'amour sont des thèmes importants du répertoire de Jessie Reyez.

Photo : evenko / Patrick Beaudry

Après une telle ambiance, Jessie Reyez est arrivée dans le portrait en clôture avec de l'énergie et du dynamisme à revendre. Durant l’interprétation de Dear Yessie avec son chapeau enfoncé sur ses yeux, on pouvait voir derrière elle la séquence du film Joker, où Joaquim Phoenix danse dans le long escalier extérieur.

Presque menaçant, comme mise en bouche.

Pour Shutter Island, où elle évoque sa camisole de force, on la voit attachée ainsi dans un réservoir d’eau comme Houdini. Et pendant Coffin, on voit bien évidemment des cercueils à l’écran, dans lesquels elle espère se retrouver avec son amoureux, car elle l’aime à la mort. Disons que cela cadre parfaitement avec son plus récent album, Before Love Came To Kill Us.

La vie, la mort, et l’amour sont présents partout dans l’œuvre de la Torontoise aux racines colombiennes. Mais elle a aussi une féroce détermination à défendre les droits des femmes, comme lors de son introduction à Gatekeeper, qui dénonce le sort fait aux femmes dans l’industrie du divertissement, une chanson inspirée d'une expérience personnelle.

Elle peut passer de l’explosive et libératrice One Kiss qui fait danser tout le monde à une splendide chanson en espagnol – Sola, il me semble –, touchante, livrée uniquement en mode guitare-voix. Finalement, un autre contraste dans cette journée qui n’en a pas manqué.

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