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États-Unis : des milliers de personnes marchent pour le droit à l’avortement

 Manifestantes brandissant des pancartes contre les restrictions à l'avortement.

Les femmes ont aussi manifesté en grand nombre à New York.

Photo : Reuters / CAITLIN OCHS

Agence France-Presse

« Laissez mon corps tranquille » : des dizaines de milliers de femmes ont manifesté dans les rues américaines samedi pour défendre le droit à l'avortement, visé par une offensive conservatrice sans précédent aux États-Unis.

Les femmes sont des êtres humains à part entière et nous devons être traitées en tant que telles. On devrait pouvoir décider de ce qu'on veut faire de nos propres corps, point à la ligne, lance Laura Bushwitz, 66 ans, enseignante retraitée venue manifester à Washington pour cette nouvelle édition de la Marche des femmes.

J'en ai marre qu'on me dise ce que je peux ou ne peux pas faire [...] Tu entends ça, la Cour suprême? lâche-t-elle.

Peu de manifestations avaient eu lieu jusqu'ici depuis l'entrée en vigueur le 1er septembre d'une loi du Texas qui interdit quasiment tous les avortements dans ce vaste État et qui a déclenché une véritable guérilla judiciaire et une contre-attaque au Congrès.

Manifestation contre les restrictions à l'avortement.

Les femmes sont descendues dans les rues d'Austin, au Texas.

Photo : Reuters / EVELYN HOCKSTEIN

Cependant, à deux jours de la reprise des audiences à la Cour suprême des États-Unis, qui sera l'arbitre du combat, près de 200 organisations ont finalement appelé les défenseurs du droit à l'avortement à se faire entendre dans tout le pays.

L'événement-phare se tenait à Washington, où des milliers de personnes étaient rassemblées à la mi-journée pour ensuite défiler jusqu'à la haute cour qui, près de 50 ans après avoir reconnu le droit des Américaines à avorter dans son arrêt historique Roe v. Wade, semble prête à enclencher la marche arrière.

À la Cour suprême, les protestataires ont rencontré une contre-manifestation. Une chaîne de policiers antiémeute a tenu les deux groupes à distance.

Le tribunal, profondément remanié par l'ex-président Donald Trump, a en effet refusé d'intervenir en urgence pour bloquer la loi texane et pourrait profiter de l'examen d'une loi restrictive du Mississippi pour infléchir sa jurisprudence.

Marches pour défendre le droit à l'avortement aux États-Unis

Des rassemblements étaient également organisés dans les capitales de ces deux États conservateurs, Austin et Jackson, ainsi que dans plus de 600 villes du pays. Selon les organisatrices, plus de 240 000 personnes étaient attendues dans tous les États-Unis.

Nous essayons de montrer que nous sommes un groupe fort et uni de gens qui ne resteront pas silencieux quand arriveront de folles interdictions de l'avortement comme celle du Texas, explique Juliette O'Shea, 17 ans, qui a mobilisé une trentaine d'adolescents à rejoindre la manifestation new-yorkaise.

Rendre l'avortement légal et accessible

Nous nous battons pour que l'avortement ne soit pas simplement légal, mais aussi accessible, abordable et sans stigmatisation, écrivent les organisatrices dans un communiqué, en demandant au Congrès d'inscrire dans la loi fédérale le droit à l'avortement, afin de le protéger d'un éventuel revirement de la Cour suprême.

Une proposition de loi en ce sens a été adoptée il y a une semaine à la Chambre des représentants, aux mains des démocrates, mais n'a aucune chance d'aboutir au Sénat où les républicains disposent d'une minorité de blocage.

En 2017, une première Marche des Femmes avait été organisée juste après l'investiture de Donald Trump et avait rassemblé des millions d'opposants au milliardaire républicain accusé de sexisme.

Les éditions suivantes avaient connu moins de succès, en partie à cause de dissensions internes liées à des accusations d'antisémitisme contre une des responsables.

Des gens brandissent des pancartes comme « tenez-vous loin de mon utérus » ou encore « l'avortement est un soin de santé fondamental ».

Des gens brandissent des pancartes comme « tenez-vous loin de mon utérus » ou encore « l'avortement est un soin de santé fondamental ».

Photo : Radio-Canada / Zoé Le Gallic-Massie

La présidente de l'organisation Planned Parenthood, Alexis McGill Johnson, a raconté devant la foule réunie à Washington l'histoire d'une Texane ayant dû faire 1600 kilomètres en voiture pour se faire avorter au Colorado, toute seule, de crainte que toute personne l'accompagnant puisse être poursuivie.

Peu importe où vous êtes, ce combat est aujourd'hui à votre porte, a lancé la responsable de l'organisation, qui dénonce le fait que le changement dans le Bureau ovale n'a pas mis un terme au désir politisé, pervers et patriarcal de contrôler nos corps, en référence à l'élection du démocrate Joe Biden en 2020, qui n'a pas changé la dynamique au niveau des États.

Au contraire, galvanisés par l'entrée au sein de la Cour suprême de trois magistrats choisis par Donald Trump, les élus locaux conservateurs se sont lancés dans une véritable offensive antiavortement : depuis le 1er janvier, 19  États ont adopté 63 lois restreignant l'accès aux interruptions volontaires de grossesse (IVG).

Si la Cour devait invalider l'arrêt Roe v. Wade, chaque État serait libre d'interdire ou d'autoriser les avortements. Environ 36 millions de femmes dans 26 États, soit près de la moitié des Américaines en âge de procréer, perdraient probablement le droit d'avorter, selon un rapport de Planned Parenthood publié vendredi.

À Dallas, la chercheuse associée à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand Valérie Beaudoin s'est mêlée à la foule, décrivant une atmosphère festive, non partisane.

Ici, au Texas, on a toutes sortes de gens qui sont présents. Il y a des gens des églises qui se disent pro-choix. J’ai vu un signe qui disait "Je suis pour Trump, je suis pour les armes à feu, mais je suis aussi pour le droit de choisir". Il n’y a pas que des démocrates ou des jeunes générations, a précisé Valérie Beaudoin sur les ondes de ICI RDI samedi après-midi.

Selon elle, le Texas teste les limites de l’arrêt Roe v. Wade, qui a reconnu en 1973 le droit des Américaines à avorter. Dans la "Bible Belt", on veut voir si la loi au Texas fonctionne et on va peut-être voter des lois similaires, ajoute la chercheuse.

Les organisatrices de la marche rappellent que l’accès aux soins de santé et à l’avortement est beaucoup plus difficile dans le sud au sein des minorités afro-américaines et latino-américaines défavorisées. Une femme mieux nantie pourra toujours aller dans un autre État pour se faire avorter si elle le désire, font-elles remarquer.

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