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Chronique

Osheaga, jour 1 : les retrouvailles, le renouveau et Charlotte

Un groupe joue sur une scène avec des éléments pyrotechniques devant une foule dehors.

Charlotte Cardin a clos la première soirée de l'édition 2021 du festival Osheaga 2021.

Photo : evenko / Patrick Beaudry

La clameur de la foule est montée vers le ciel quand les éléments pyrotechniques ont temporairement illuminé la nuit noire au-dessus d’une Charlotte Cardin qui interprétait une version endiablée de Meaningless, point d’exclamation de la première journée des retrouvailles d’Osheaga.

Au parterre du parc Jean-Drapeau, des milliers de festivaliers étaient depuis plus d’une heure sous le charme de la jeune artiste, qui n’a pas volé sa présence en tête d’affiche du festival montréalais où elle avait joué une première fois, sur une scène secondaire, il y a cinq ans déjà.

De ce bel après-midi ensoleillé de 2016 aux faisceaux de lumières d’hier soir, il y avait à peu près autant d’écart que la métamorphose mesurée sur scène. La Charlotte des premières années, calme et placide derrière ses claviers, s’est transformée en quelque chose qui commence à ressembler à une bête de scène.

Assurée, habitée et animée d’une confiance qui semble à toute épreuve, elle a proposé un concert aussi savoureux qu’énergique pour ses retrouvailles avec son public montréalais en près de trois ans, a-t-elle précisé.

Charlotte Cardin debout devant un clavier sur une scène.

Charlotte Cardin a ébloui la foule lors de sa prestation.

Photo : evenko / Patrick Beaudry

Le temps des retrouvailles

Retrouvailles. C’était le mot d’ordre, ce vendredi, ainsi que pour tout le week-end. Notez bien : nous n’assistons pas au 15e festival Osheaga, mais bien aux retrouvailles d’Osheaga. Nuance. Et c’est voulu. Le 15e anniversaire, concrètement, aura lieu l’an prochain, nous a précisé le groupe evenko.

Retrouvailles, donc, mais renouveau, aussi. C’est d’ailleurs le propre de l’événement depuis quelques années.

En 2017, il y a eu le déménagement du festival à l’île Notre-Dame pour deux années de galère sur un site trop grand et mal adapté. Et puis, le retour au parc Jean-Drapeau en 2019 dans une configuration modifiée que nous n’avons pas eu le temps d’apprivoiser avant que la pandémie ne vienne tout chambouler. Osheaga, le festival du renouveau? Un peu, en effet.

C’était en partie le sentiment éprouvé vendredi après-midi sur le site en plein air. Il a – encore –été reconfiguré pour les besoins de la pandémie avec d’immenses enclos (nommés quais, allez savoir pourquoi…) pouvant accueillir jusqu’à 500 personnes.

La grande terrasse était moins grande, réduite de près de moitié, en regard du passé. Il n’y avait que les deux grandes scènes principales, côte à côte, et aucune des trois autres scènes d’antan, ce qui limitait au minimum les déplacements dans le parc. Objectivement, le renouveau avait un petit air de recommencement. On se sentait – presque – comme lors du premier jour du premier festival, en 2006.

Ruby Waters

Si j’ai bien compté, il n’y avait que 61 personnes dans l’enclos devant la scène de la rivière pour assister à la prestation de Ruby Waters à 15 h 35. Et une centaine d’autres sur le site. Vous pensez que ça l’a dérangé? Pas une seconde. L’Ontarienne, qui a des racines métissées, rayonnait dans ses vêtements amples et ses jeans largement troués aux genoux.

Avec son air nonchalant, son sourire en coin et une attitude qui se situe quelque part entre une jeune Alanis Morissette et une Tracy Bonham, elle a enchaîné ses titres de R&B torturés, que l’on pense à Difficult – qui porte bien son nom –, Rabbit Hole et Blood Thinner : ça a l’air d’être un truc médical, comme ça, mais ça ne l’est pas.

Avec ses textes autobiographiques, elle plonge largement dans son passé de bars avec Fox – le premier pub dans lequel j’ai travaillé et une nouvelle composition, où la téquila figure en bonne place. De voir passer à ce moment devant la scène le vendeur avec ses shooters de whisky et de rhum ne me semblait pas un hasard…

Le feu de JJ

JJ Wilde chante dans un microphone sur une scène.

JJ Wilde a livré une performance de haute intensité.

Photo : evenko / Tim Snow

Si JJ Wilde avait joué dans une petite salle vendredi, elle aurait fait trembler les murs. Regard perçant et attitude frondeuse, elle a annoncé la couleur d’entrée de jeu avec une version intense de Off the Rails. Avec ses quatre musiciens et des couches de guitare, la Canadienne native de Kitchener n’a guère fait baisser le mercure durant ses 45 minutes de prestation, sinon pour l’interprétation de Gave It All, qu’elle avait composée à l’âge de 16 ans.

Engagée et intense, la jeune femme a quelque chose qui rappelle Courtney Love dans la dégaine et elle a torché royalement durant Knees et Mercy, cette dernière avec son beat lourd. Très convaincant.

La pop de Jessia

Est-ce que les gens ont respecté une certaine distanciation à l’intérieur de leurs quais? Jusqu’en début de soirée, oui. Sauf au moment où Jessia a voulu avoir une photo souvenir sur scène, elle qui présentait – officiellement – un premier concert à Montréal. Elle était déjà venue y faire de la promotion

Disons qu’à ce moment précis, ça s’agglutinait sérieusement devant la scène de la montagne. Mais ça n’a duré qu’un instant entre festivaliers doublement vaccinés. Pour être franc, j’étais plus craintif dans le métro trois heures plus tôt, une première pour moi en 17 mois.

La jeune artiste de Vancouver a démontré une belle énergie avec sa pop accrocheuse et des spectateurs et spectatrices qui lui rendaient bien. Et elle possède déjà quelque chose qui ressemble à une chanson monstre dans son répertoire, I’m Not Pretty, dont pas mal tout le monde connaissait les paroles.

Au diable la COVID-19

Lors de cette journée où la musique était mise au premier plan, les artistes ont noté à quel point ils étaient heureux de renouer avec la scène et le public montréalais, mais personne n’a évoqué directement la pandémie. Personne, avant Bülow.

La Germano-Canadienne âgée de 21 ans s’est habilement servie de l’une de ses chansons de rupture, You & Jennifer, afin d’envoyer promener publiquement le virus. Comme son ex dans la chanson, d’ailleurs.

Allez… Je veux vous voir le bras en l’air, le majeur levé. Tous ensemble : F… COVID!

Finalement, ça allait plutôt de pair avec l’essence de ses chansons telles First Place, Lost et Not a Love Song.

Splendide Franklin Electric

Jon Matte, le leader de The Franklin Electric, radieux, l’a dit d’entrée de jeu : nous n’avons pas joué à Montréal depuis 18 mois. Précisément depuis le mois de février 2020 au MTelus, pourrais-je ajouter. C’était l’un de mes derniers concerts avant qu’un virus de merde ne déferle sur notre continent.

Jon Matte joue de la trompette sur une scène.

Jon Matte a même sorti sa trompette pour interpréter « Spindle ».

Photo : evenko / Patrick Beaudry

Cela dit, The Franklin Electric était bien plus électrique (facile, je sais…) que lors du Festival Santa Teresa au printemps dernier. Et l’ajout de deux violons n’y est pas étranger. Leur apport durant Strongest Man Alive a magnifié la chanson et les instruments à cordes se sont parfaitement mariés à la trompette de Matte durant la toujours splendide Spindle qui, ma foi, l’était encore plus. Un sans-faute.

L’obligatoire obligation d’écrire m’a fait rater DVSN, ou du moins, m’a contraint à les écouter d’une oreille distraite, mais sans porter de jugement, disons que leur musique préparait bien le terrain pour l’arrivée de Charlotte Cardin.

Divine Charlotte

Charlotte Cardin chante en se tenant accroupie sur une scène.

Charlotte Cardin a interprété des pièces variées lors de sa prestation, pour le plus grand plaisir de la foule.

Photo : evenko / Patrick Beaudry

Avec sa veste de cuir, son pantalon blanc et ses espadrilles, Cardin a donné le ton avec une interprétation dynamique de Passive Aggressive où la pulsion de la basse donnait irrémédiablement le désir de danser. Ça ne s’est pas démenti avec la rythmique soutenue de Daddy durant laquelle l’artiste a pris la guitare.

What’s up Osheaga?! On capote d’être ici! a-t-elle lancé avant d’enchaîner avec Sad Girl. Appuyé sur la grille qui séparait deux zones, j’ai vu une dizaine de jeunes filles et de jeunes femmes chanter par cœur toutes les paroles. Joli.

Oceans nous a plongé ensuite dans d’autres sonorités avant que XOXO, ce duo avec elle-même, ne se transpose ensuite entre la scène et l’écran où l’on voit la colombe chantante.

Charlotte Cardin joue de la guitare assis sur un tabouret flanquée de choristes.

Charlotte Cardin a chanté en compagnie de choristes pour interpréter certaines de ses pièces.

Photo : evenko / Patrick Beaudry

Cardin est revenue à la langue française avec Je quitte, qu’elle a interprété sobrement, assise durant un moment sur un tabouret. Un traitement très différent de celui de Dirty Dirty – chantée en partie à genoux – et de Sex To Me, où elle s’est déchaînée avec des mouvements lascifs à outrance.

Autre changement de ton avec l’enchaînement de deux de ses chansons qu’elle estime être ses plus personnelles, Sun Goes Down, qui a été composée pour un ami qui vivait des moments difficiles, et Anyone Who Loves Me, son apport à la place des femmes dans la société. Dans les deux cas, accompagnée d’un chœur de dix personnes. Le moment d’éternité de la soirée.

Cardin pouvait ensuite se lancer dans la dernière étape de sa prestation qui nous a confirmé que le renouveau a du bon et que les retrouvailles du week-end étaient drôlement bien entamées.

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