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Levée de boucliers en Estrie contre un projet d’exploration minière

Une pancarte où il est écrit "vivre sans mine" sur un panneau d'arrêt.

Des citoyens font savoir leur mécontentement. Ils s'opposent à l'exploration minière.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

Des citoyens du canton de Cleveland et de Saint-Félix-de-Kingsey se mobilisent contre un projet d’exploration minière sur leur territoire. L’entreprise Enertourbe, qui dit agir dans les règles de l’art, souhaite amorcer ses travaux d’exploration qui pourraient mener ultimement à l’ouverture d’une mine.

Ce ne sont pas des pancartes électorales qui sont installées par dizaines dans le secteur rural de Cleveland, mais bien des affiches d'opposition aux mines. Preuve que le projet d’exploration minière suscite la grogne chez certains citoyens.

Une affiche « vivre sans mine » posée devant une maison.

De nombreuses affiches « vivre sans mine » ont été installées dans le secteur de Cleveland, en Estrie.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

L'entreprise Enertourbe de Claude Duplessis a fait l'acquisition de 32 titres miniers pour effectuer de la prospection, première étape pouvant mener à l'ouverture d'une mine.

Cela saute aux yeux qu’il y a quelque chose de potentiellement intéressant ici. 

Une citation de :Claude Duplessis, ingénieur chez Enertourbe

Selon M. Duplessis, il y a une anomalie importante dans le secteur qui laisse présager un fort potentiel minier. Il y a plusieurs indices de cuivre et il y a des mines de cuivre historiques, donc je crois qu’il y a peut-être quelque chose, explique-t-il.

L’eau au cœur des préoccupations

Les préoccupations de plusieurs citoyens de Cleveland et de Saint-Félix-de-Kingsey sont multiples, mais concernent en particulier la protection des sources d'eau potable.

Paul Boersen devant ses chevaux sur sa terre.

Le citoyen Paul Boersen s'inquiète de l'impact des projets miniers sur la qualité de l'eau potable.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

D’autant plus que l’eau s’est faite rare cet été pour plusieurs agriculteurs. Depuis le tout début de l’été, ils charrient de l’eau, explique le citoyen Paul Boersen, lui-même agriculteur. On sait bien que l’exploitation minière, ça prend beaucoup d’eau.

Je ne connais pas de mine qui a démarré à un endroit et qui a amélioré la qualité environnementale de l’endroit

Une citation de :Julie Tessier, citoyenne

La citoyenne Julie Tessier voit encore des vestiges de l’industrie minière en Estrie, sur son terrain. Une pancarte avertit les passants qu’il y a un puits minier qui est aujourd’hui recouvert de végétation. Elle craint une reprise des activités dans le secteur. C’est sûr qu’ils vont abîmer la qualité de l’eau, de l’air et même le paysage, souligne-t-elle.

Une affiche « Danger, puits de mine » mise dans un arbre.

Ces affiches démontrent que l'Estrie a déjà été une région minière.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Preuve que la région a jadis été une plaque tournante de l’industrie, le gouvernement du Québec est aujourd’hui responsable de 22 anciens sites miniers sur le territoire estrien.

Les municipalités s’opposent

Le conseil municipal de Cleveland a adopté une résolution pour s’opposer à toute activité minière sur son territoire. Il n’y a pas d’acceptabilité sociale, les citoyens sont clairement contre, martèle le maire, Herman Herbers.

Le directeur général et le maire de la municipalité du Canton de Cleveland devant le bureau municipal.

Le directeur général et le maire de la municipalité du Canton de Cleveland.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Le problème, selon le maire, c’est que les élus locaux n’ont pas le pouvoir d’interdire l’exploitation minière sur le secteur ciblé par l’entreprise. Ce serait intéressant pour les municipalités d’avoir un meilleur contrôle et plus de pouvoir, précise-t-il.

C’est une autre démonstration, selon le coordonnateur de Mining Watch Canada, Ugo Lapointe, des lacunes de la Loi sur les mines. Il souhaiterait que les communautés locales aient plus de pouvoir.

Beaucoup de municipalités, de citoyens et de MRC sont frustrés du mécanisme, car ils ne sont pas capables de protéger des secteurs sensibles de leurs territoires.

Une citation de :Ugo Lapointe, coordonnateur de Mining Watch Canada

Les critères imposés par Québec pour l’établissement des territoires incompatibles avec l’activité minière par les MRC sont trop contraignants, selon M. Lapointe. Il y a un examen à faire 5 ans après l’application de ce mécanisme. C’est le temps de faire un examen sur ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas, indique-t-il.

Une pancarte où il est écrit "vivre sans mine" sur un panneau d'arrêt.

Levée de boucliers en Estrie contre un projet d’exploration minière

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Le prospecteur lance un appel au calme

Claude Duplessis dit comprendre les préoccupations citoyennes, mais rappelle qu’il faut beaucoup de temps pour concrétiser un projet minier. Il promet que si mine il y a, il s’agira d’une mine souterraine plutôt qu’à ciel ouvert.

Là, je suis en mode exploration. Puis si ça devient éventuellement une mine, faudra en discuter, mais on n’est pas rendu là.

Une citation de :Claude Duplessis, ingénieur chez Enertourbe

Il estime par ailleurs avoir fait preuve de grande transparence en participant, notamment, à des rencontres avec les citoyens. On fait beaucoup de bruit, donc les élus ont peur, surtout qu’ils vont en élections. Mais je fais cela dans mes droits, j’ai les titres miniers, s’exclame-t-il.

Il indique également avoir proposé aux municipalités d’être bénéficiaires d’un pourcentage des titres miniers, ce qui pourrait amener des retombées monétaires.

On ne m’a pas répondu parce qu’il semblerait que ça pourrait être vu comme de la corruption, alors j’ai laissé tomber. Mais ce sont des choses comme cela qu'il faut mettre en place, il faut partager, mentionne-t-il.

Bloquer l’accès aux terres

Ses propos ne rassurent pas les opposants, qui se sont concertés pour interdire au prospecteur d’effectuer du forage sur leurs propriétés.

Selon la porte-parole du comité de citoyens, Noémi Cantin, il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. Faut montrer au prospecteur qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour le projet, parce qu’une fois que l’exploration est faite, si les permis sont accordés pour l’exploitation, on n’a plus aucun droit de lui refuser l’accès, affirme-t-elle.

Le prospecteur n’a pas pour autant l’intention de baisser les bras et affirme avoir déjà obtenu la permission d’un propriétaire pour pousser ses analyses du potentiel minier. Il assure toutefois qu’il agira dans le plus grand respect de l’environnement et des citoyens.

Les citoyens sont eux aussi prêts à poursuivre la bataille.

Le ministre de l’Énergie n’a pas encore répondu favorablement à notre demande d’entrevue. Il s’était engagé en 2020 à revoir la Loi sur les mines.

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