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Quand une mine du Nunavut transforme une communauté pour le meilleur et pour le pire

« Si ce n’était pas de l’industrie minière, Rankin Inlet n’existerait pas. »

Une pancarte d'Agnico Eagle, à l'entrée de la mine Meliadine.

La mine Meliadine, qui est exploitée par l'entreprise Agnico Eagle depuis 2019, suscite toujours des divisions dans la région de Kivalliq.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

À quelque 25 km au nord de Rankin Inlet, au Nunavut, gît dans le roc gelé une réserve souterraine de plus de 4 millions d’onces d’or. La mine Meliadine, qui exploite l'un des gisements depuis 2019, alimente toujours des divisions entre les habitants de la région.

NDRL : à cause des contraintes particulières imposées par l'emplacement de la mine, les frais de déplacement, d'hébergement et d'alimentation liés à la cueillette pour cet article ont été couverts par l'entreprise Agnico Eagle.

L’entreprise Agnico Eagle emploie plus de 700 personnes à temps plein pour gérer ce site, qui n'exploite présentement que le plus important des sept gisements d'or répartis sur un terrain de près de 100 000 hectares.

La région de Kivalliq suscite un fort appétit minier depuis des décennies.

Dès 1957, la mine de nickel North Rankin a attiré pendant cinq ans des travailleurs des quatre coins de la région. De fait, les activités d’exploration et d’exploitation minières des dernières années ont changé le visage de la communauté de Rankin Inlet, la capitale de la région.

Une vue de Rankin Inlet au mois d'août.

La collectivité de Rankin Inlet, au Nunavut, compte environ 2500 habitants, selon le recensement de 2016.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Un différent terrain de chasse

L’ancien président de l’Association des chasseurs et des trappeurs Kangiqliniq, Andrew Akerolik, en a long à dire à ce sujet.

Il pense que ces activités minières ont défiguré une partie de la région. Nous devons nous rendre beaucoup plus loin pour aller chasser le caribou, mais aussi le bœuf musqué, le renard et le loup, dit-il en soupirant. Tout au long de l'année, nous avions l’habitude d’aller chasser le caribou là où se trouve la mine aujourd’hui.

Il s’inquiète aussi des conséquences du transport maritime engendré par les activités minières.

Un camion transporte de la marchandise sur la route qui relie la mine Meliadine et la communauté de Rankin Inlet.

Une route d'accès d'environ 25 km relie, toute l'année, la mine Meliadine et la communauté de Rankin Inlet.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Le maire de Rankin Inlet, Harry Towtongie, explique que le lac Meliadine - à proximité du site minier - est un lieu propice à la pêche et à la chasse qui est bien connu des Inuit de la communauté. Il admet que la mine a changé la manière dont ils voient aujourd’hui leur terrain de chasse.

Bien qu’il soit conscient des divisions suscitées par la mine, Harry Towtongie affirme que l’entreprise respecte ses engagements, dans l'ensemble.

Harry Towtongie devant la mairie de Rankin Inlet.

Le maire de Rankin Inlet, Harry Towtongie, affirme que le système de traitements des eaux de la communauté date d'une quarantaine d'années et qu'il limite la construction de nouvelles maisons.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Il indique toutefois que le projet minier est arrivé à maturité très rapidement, ce qui, dit-il, a mis en lumière les lacunes de la communauté en matière d’infrastructures. Quand tu es forcé de croître, il faut que le reste suive, affirme-t-il, en faisant référence à la pénurie de logements et les installations de traitement des eaux désuètes.

« Bon nombre de travailleurs viennent d’autres communautés. Certains d’entre eux déménagent ici, mais nous n’avons pas assez de logements pour les recevoir. »

— Une citation de  Harry Towtongie, maire de Rankin Inlet
Une vue de Rankin Inlet, au mois d'août.

Comme bien d'autres collectivités du territoire, Rankin Inlet est aux prises avec un manque criant de logements. Selon le maire, Harry Towtongie, les activités de la mine exercent une pression sur le logement dans la communauté.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Un équilibre délicat

L’Association des Inuit de Kivalliq (KIA), qui représente les Inuit de la région, veille à ce que ces derniers tirent profit du projet minier et qu’Agnico Eagle respecte ses obligations.

La directrice des opérations de la KIA, Trisha Makpah, avoue que les avantages à retirer de la mine et les répercussions parfois négatives reposent sur un équilibre délicat.

En vertu de l’Entente sur les répercussions et les avantages pour les Inuit (ERAI), signée en 2015, l’entreprise est notamment tenue d’assurer la formation et l’embauche de personnel inuit tout en favorisant des occasions d’affaires.

L’objectif est d’atteindre une main-d’œuvre composée annuellement d’environ 50 % d’Inuit, à défaut duquel Agnico Eagle doit verser à la KIA une somme de 500 000 $ en guise de dédommagement pour chaque année où le seuil n'est pas atteint.

Des travailleurs marchent dans un tunnel, à environ 500 mètres sous terre.

L'Entente sur les répercussions et les avantages pour les Inuit (ERAI) requiert une main-d’œuvre composée à 50 % de travailleurs inuit.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Sur les 641 employés à temps plein de la mine, Agnico Eagle comptait 83 employés inuit, soit près de 13 % de sa main-d’œuvre à temps plein, en date du 31 décembre 2020, indique le porte-parole de l’entreprise, Carl Charest, dans un échange de courriels.

Il ajoute que la pandémie a entraîné le déclin du nombre d’employés inuit embauchés à temps plein.

Évidemment, nous souhaiterions voir ce nombre augmenter, mais des barrières [à l’emploi] persistent, affirme Trisha Makpah. Parmi ces barrières, elle note surtout l’accès restreint à un enseignement postsecondaire au territoire, qui empêche des Inuit d’atteindre des postes supérieurs.

La façade extérieure de l'Association inuit de Kivalliq, à Rankin Inlet.

L’Association des Inuit de Kivalliq (KIA) représente les Inuit de la région de Kivalliq, dans le centre du Nunavut.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Si ce n’était pas de l’industrie minière, Rankin Inlet n’existerait pas.

Même s’il souhaiterait, lui aussi, que le nombre minimal d’embauches d'employés inuit soit atteint, le maire de Rankin Inlet croit que la création d’emplois miniers a contribué à l’essor de l’économie locale tout en augmentant le pouvoir d’achat des résidents de la communauté.

« Il y a plus d’emplois et, donc, moins de gens qui errent dans les rues. »

— Une citation de  Harry Towtongie, maire de Rankin Inlet

Albert Kimaliakyuk, un Inuk originaire de Chesterfield Inlet, est l'un des responsables de la formation en exploitation minière souterraine d'Agnico Eagle. Il raconte avoir souvent eu à défendre son employeur auprès de membres de son entourage qui n’étaient pas en faveur du projet minier.

Il ne fait, selon lui, aucun doute que la communauté à tout à gagner dans ce projet. C’est très difficile de décrocher un emploi ici, assure-t-il. Si ce n’était pas de l’industrie minière, Rankin Inlet n’existerait pas.

Albert Kimaliakyuk se tient à côté d'une fenêtre qui donne sur le site de la mine Meliadine.

Albert Kimaliakyuk raconte que son grand-père et son oncle étaient eux aussi des travailleurs miniers dans la région de Kivalliq.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Une perspective dans l'ensemble positive

Dans l’ensemble, Trisha Makpah explique que la perspective de la KIA à l’égard du travail d’Agnico Eagle à la mine Meliadine est positive et que l’entreprise se montre à l’écoute des Inuit de la région. Cet été, Agnico Eagle [...] a laissé plusieurs milliers de caribous traverser le site minier qui correspond à leur route migratoire, indique-t-elle.

On est toujours à l’affût de façons dont on peut améliorer nos pratiques, affirme le directeur général de la mine Meliadine, Frédéric Mercier-Langevin.

Il rappelle qu'Agnico Eagle s'est engagée à créer un groupe consultatif formé de représentants d’organisations locales et qui sera chargé d’améliorer la gestion des opérations minières en fonction des migrations de caribous.

Frédéric Mercier-Langevin dans les bureaux de la mine Meliadine.

Frédéric Mercier-Langevin est le directeur général de la mine Meliadine, gérée par Agnico Eagle.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

Frédéric Mercier-Langevin admet que la gestion d’une mine au Nunavut s’accompagne d’une série de défis. Il évoque, entre autres, la logistique complexe du fly-in fly-out, l’importance de sensibiliser l’ensemble du personnel sur la culture inuit et les défis liés à la gestion de l’eau.

On peut la déplacer seulement deux mois par année, souligne-t-il. Chaque semaine perdue peut mettre en péril notre saison de gestion de l’eau.

La fin de l'exploitation de la mine Meliadine est fixée à 2032, mais Agnico Eagle croit pouvoir poursuivre ses activités jusqu’en 2040. L’entreprise travaille actuellement sur une deuxième phase à travers laquelle elle espère accroître la capacité de production à environ 6000 tonnes par jour en 2025.

On considère que Meliadine comme la première opération minière dans le secteur, mais on ne la voit certainement pas comme la dernière, soutient M. Mercier-Langevin.

Des camions et des grues transportent de la roche contenant du minerai.

Agnico Eagle espère prolonger les activités de la mine Meliadine au-delà de 2032.

Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey

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