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30 septembre : « Ce n’est pas une journée de célébration »

Des souliers d'enfants et des peluches près de la flamme du centenaire sur la colline du Parlement.

La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est soulignée au Canada pour la première fois (archives).

Photo : Radio-Canada

C’est jeudi, pour la première fois, que les Canadiens soulignent la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Bien que ce soit un pas dans la bonne direction, plusieurs Autochtones préviennent qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

J’aime cette nouvelle journée, mais en même temps, elle m’inquiète, lance l’auteure autochtone Patty Krawec.

Patty Krawec sourit.

Patty Krawec est auteure et réalisatrice de balados sur les questions autochtones.

Photo : Patty Krawec

Mme Krawec est Anishinaabe originaire de la Première Nation Lac Seul, dans le Nord-Ouest de l’Ontario. Selon elle, cette initiative est positive puisqu’elle met l’accent sur la vérité et la réconciliation. Cependant, elle a peur de voir quel sera l’avenir de cette journée de réflexion.

Les gens ont tendance à voir le début de quelque chose comme une fin en elle-même. Ils se disent : "Nous avons maintenant cette journée, donc tout est beau", quand ce n’est pas du tout le cas, explique-t-elle.

« C’est important de reconnaître que ce n’est pas une journée de célébration. C’est surtout une journée pour que les Autochtones puissent se retrouver entre eux. »

— Une citation de  Patty Krawec, auteure et réalisatrice de balados autochtones

Cette journée est l'une des 94 actions à prendre dans le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, publié en 2015. Mais selon Patty Krawec et plusieurs Autochtones, ce n'est pourtant que le début.

Une journée symbolique

Riley Yesno, doctorante à l’Université de Toronto et Anishinaabe de la Première Nation Eabametoong, dans le Nord de l’Ontario, est du même avis.

Pour moi et pour plusieurs personnes autochtones, quand il n’y a pas d’actions qui suivent ces journées symboliques, c’est tout simplement un rappel qu’on n’avance pas et que les injustices persistent… et qu’on le permet, explique-t-elle.

Les recherches de Mme Yesno se concentrent justement sur la réconciliation et les mouvements autochtones au Canada, ainsi que sur le rôle des jeunes dans ces mouvements.

Riley Yesno sourit.

Riley Yesno est chercheuse et doctorante à l'Université de Toronto en affaires autochtones.

Photo : Riley Yesno

Selon elle, le concept de réconciliation, qui, à la base, se voulait une initiative née de la vision des survivants des pensionnats pour Autochtones, a depuis été coopté par des institutions comme le gouvernement fédéral.

L’intention de base de la réconciliation a été perdue, et maintenant, c’est beaucoup plus axé sur le symbolisme, dit-elle. On peut penser à mettre le drapeau en berne, aux journées fériées, aux statues… mais une fête nationale ne donnera pas accès à l’eau ou des infrastructures aux Autochtones, choses qui sont réellement nécessaires pour la réconciliation.

C’est aussi ce que souligne Gabrielle Fayant, cofondatrice d'Assembly 7 Generations (A7G), un organisme qui vise à soutenir les jeunes Autochtones au Canada.

C’est tellement frustrant d’entendre les gens qui parlent de réconciliation et d’avoir un chandail orange pour le 30 septembre quand il manque autant de soutien concret, de ressources et de restitution pour les Autochtones, indique-t-elle.

Une éducation qui doit mener à l’action

Par ailleurs, selon Mme Fayant, les Canadiens sont passés trop rapidement à la réconciliation sans apprendre la vérité. La découverte des enfants autochtones, il y a quelques mois, ce n’est que le début.

Les traumatismes intergénérationnels expliquent les effets des pensionnats pour Autochtones sur les générations qui n’ont pas eu à les subir directement, dit-elle. Elle nomme d’ailleurs les exemples de dépendances à l’alcool ou d’autres substances, de pensées suicidaires et de graves difficultés en santé mentale.

Mme Fayant croit aussi que c’est la responsabilité de chaque Canadien de trouver les ressources pour s’éduquer en matière de questions autochtones.

Comme l’explique l’auteure Patty Krawec, les Canadiens doivent apprendre, malgré la difficulté des sentiments que cette éducation suscite.

Les Canadiens blancs doivent accepter de se sentir mal en apprenant l’histoire des Autochtones au Canada… et de leur côté, les Autochtones doivent aussi les laisser ressentir ces émotions difficiles.

Et, selon la réalisatrice de balados, ce qui suit l’éducation, c’est l’action.

Il faut bâtir des relations solides entre les peuples autochtones et les Canadiens. Nous ne pourrions pas vivre ensemble sans bâtir des relations qui reconnaissent les Autochtones en tant que partenaires égaux et non comme un peuple triste et traumatisé qui a besoin d’être sauvé, souligne Mme Krawec.

Du progrès, malgré tout

Aux yeux de la directrice générale de l’Association des femmes autochtones du Canada, Lynne Groulx, cette journée est importante dans les relations entre les Autochtones et les Canadiens.

Lynne Groulx qui sourit.

Lynne Groulx est la directrice générale de l'Association des femmes autochtones du Canada.

Photo : Lynne Groulx

C’est une journée importante, parce que c’est une journée pour que tout le monde se souvienne de ce qui s’est passé au Canada au sujet des enfants dans les pensionnats pour Autochtones. C’est une action positive qui ne doit pas être minimisée, explique-t-elle.

Mais Mme Groulx aurait aimé voir une solidarité de la part de toutes les provinces. La journée n'est pas fériée en Ontario, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Saskatchewan et en Alberta.

« C’est une réconciliation fracturée, et l'on devrait mettre de côté la politique dans ce dossier. »

— Une citation de  Lynne Groulx, directrice générale de l'Association des femmes autochtones du Canada

On ne peut pas avancer sans prendre les premiers pas ensemble, lance la directrice de l’association.

Le ministère des Affaires autochtones de l’Ontario affirme pour sa part que la province travaille avec ses partenaires afin de commémorer cette journée de manière semblable au jour du Souvenir, le 11 novembre.

Mme Krawec, quant à elle, espère surtout que cette journée deviendra une journée de réflexion pour tous sur la relation que chacun et chacune d’entre nous entretenons avec les peuples autochtones.

Cette journée, c’est un début, dit-elle. Chaque année, elle devrait servir à un exercice d'auto-évaluation pour les Canadiens. "Qu’ai-je fait pour améliorer ma relation avec les peuples autochtones dans la dernière année, et comment puis-je faire mieux?" Et c’est la même chose pour les Autochtones. Nous devons penser à comment nous pouvons mieux soutenir nos communautés, parce que nous pouvons tous toujours faire mieux.

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