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Des hockeyeuses et hockeyeurs du Témiscamingue empêchés de jouer en Ontario

Deux jeunes filles jouent au hockey dans leur cour arrière.

Les filles de Trevor Polson souhaitent jouer dans une équipe 100 % féminine de l'autre côté de la frontière ontarienne.

Photo : gracieuseté

Au moment où la saison de hockey mineur se met en branle dans les différentes régions du Québec, le Témiscamingue est aux prises avec une situation particulière, alors que l’association de hockey locale a reçu 19 demandes de libération pour que des jeunes, garçons et filles, obtiennent l’autorisation de s’aligner avec une équipe basée en Ontario.

Sur les 19 demandes, une seule a été acceptée, pour un joueur souhaitant évoluer avec une équipe M18 AAA en Ontario.

Bien que la proximité de la ville de Temiskaming Shores avec certaines communautés du Témiscamingue puisse jouer un rôle dans cette situation, c’est principalement l’absence de certaines catégories dans la région du Québec qui amène des jeunes à vouloir évoluer de l’autre côté de la frontière.

C’est le cas au sein de la famille de Trevor Polson, de Notre-Dame-du-Nord, dont les trois filles souhaitent jouer avec une équipe composée à 100 % de filles, à quelques minutes de voiture de l’autre côté de la frontière.

M. Polson explique qu’il n’existe pas d’équipes entièrement féminines au Témiscamingue et que c’est cet aspect qui a poussé ses filles à vouloir pratiquer ce sport.

Elles veulent jouer en Ontario parce qu’elles veulent jouer avec une équipe composée uniquement de filles. C’est une ambiance différente pour elles. Ce n’est pas la même chose quand tu joues avec une équipe de gars, ce n’est pas la même ambiance. Les filles sont obligées de se changer dans une chambre différente avec les autres filles. Tu es avec l’équipe, mais en même temps, tu n’es pas avec l’équipe, décrit-il.

Un montage des trois jeunes joueuses de hockey.

Nya, Avery et Khloe Polson voudraient jouer dans une équipe 100 % féminine.

Photo : gracieuseté

L’une des filles, Khloe, joue en Ontario depuis la saison 2019-2020. Après avoir obtenu l’autorisation pour participer au camp d’entraînement, elle s’est taillé un poste au sein d’une équipe compétitive de New Liskeard.

Cependant, vendredi dernier, M. Polson a reçu une lettre de Hockey Abitibi-Témiscamingue lui indiquant que ses trois filles, dont Khloe, n’obtiendraient pas leur libération pour jouer en Ontario.

La lettre explique qu’avec moins de 150 membres, l’Association de hockey du Témiscamingue est fragile et que la décision est prise afin d’assurer la pérennité de l’organisation et pour maximiser le nombre de catégories offertes sur le territoire.

M. Polson s’est lancé dans le processus d’appel auprès de Hockey Canada, en défrayant la somme de 300 $ par enfant. Malgré l’imposante somme d’argent qu’il doit engager, le père de famille soutient qu’il s’agit de la décision à prendre.

« Si elles ne peuvent s’aligner en Ontario avec des équipes féminines, mes trois filles ont parlé de lâcher le hockey cette année. C’est pour ça que je me suis embarqué dans le processus d’appel. Ça brise le cœur quand tes enfants te disent qu’ils veulent lâcher un sport qu’ils aiment. »

— Une citation de  Trevor Polson

Selon M. Polson, au moins deux autres jeunes filles ont essuyé le même refus de la part de Hockey Abitibi-Témiscamingue. Les parents ont également amorcé le processus d’appel.

Absence de catégories compétitives

Tandis que des jeunes filles souhaitent traverser la frontière pour jouer dans des équipes féminines, des garçons souhaitent le faire dans des catégories compétitives qui ne sont pas offertes au Témiscamingue.

C’est le cas de Christian Paquin, de Saint-Bruno-de-Guigues, dont le fils joue cette année dans la catégorie M13. M. Paquin explique que vers la fin août, l’Association de hockey du Témiscamingue a organisé des entraînements pour évaluer la possibilité de mettre sur pied des équipes de catégorie double lettre.

En raison notamment du manque de joueurs, les entraîneurs et l’Association ont décidé de ne pas aller de l'avant avec la catégorie double lettre chez les moins de 13 ans.

Soucieux d’évoluer au plus haut niveau possible, le fils de M. Paquin a formulé le souhait à son père de joindre les rangs d’une équipe ontarienne pour la saison.

Il m’a dit : "Papa, si jamais il n’y a pas de double lettre cette année au Témiscamingue, est-ce que ce serait possible d’aller jouer à New Liskeard? Je vais me faire de nouveaux amis, je vais apprendre l’anglais et je vais pouvoir continuer à développer mon hockey. Serais-tu partant pour moi?", rapporte M. Paquin.

Je lui ai répond "si tu veux qu’on y aille, on va y aller, mais on va le faire selon les règles", se rappelle-t-il.

Après avoir obtenu les permissions nécessaires, le garçon et un de ses amis se rendent au camp d’entraînement et sont retenus par l’entraîneur de New Liskeard.

On croyait que nos garçons faisaient l’équipe, mais on a reçu vendredi un mémo nous indiquant que Hockey Abitibi-Témiscamingue avait refusé de libérer nos jeunes pour aller jouer en Ontario, indique-t-il.

Conscient de la situation délicate de l’Association du Témiscamingue, Christian Paquin soutient qu’un petit nombre d'exceptions pourrait tout de même être fait afin d’assurer le bon développement des joueurs.

On a des exemples de jeunes qui sont allés jouer à New Liskeard et qui sont revenus par la suite jouer au Témiscamingue, aux niveaux bantam et midget. Je pense que tout le monde est gagnant là-dedans. Sauf que si on laisse nos jeunes stagner, qu’ils ne peuvent pas se développer, c’est Hockey Abitibi-Témiscamingue qui ne pourra pas compter sur ces joueurs plus tard, affirme-t-il.

M. Paquin fait également appel de la décision auprès de Hockey Canada.

Assurer la pérennité du hockey au Témiscamingue

Joint par téléphone, le président de Hockey Abitibi-Témiscamingue, Christian Beaulé, indique que la décision de ne pas libérer ces joueurs est prise afin d’assurer la pérennité de l’Association du Témiscamingue.

« Si on laisse aller les 19 joueurs, ça compromet la survie de l’Association. Il y a certaines catégories où ça va être beaucoup plus difficile de compléter des équipes. On va avoir plus de joueurs qui n’évolueront pas dans le bon niveau, parce qu’ils ne seront pas en mesure de faire le bon nombre d’équipes. »

— Une citation de  Christian Beaulé, président de HAT

M. Beaulé soutient qu’une structure de hockey féminin est en train de se mettre en place au Témiscamingue et que chacune des jeunes filles est nécessaire pour assurer le bon développement du programme.

Christian Beaulé soutient que les décisions ont été très difficiles à prendre, particulièrement dans le contexte du très petit monde du hockey mineur au Témiscamingue.

La liste des demandes qu’on a reçues, c'est tous des gens que je connais personnellement, que je vais croiser régulièrement à mon travail et dans les arénas. C’est sûr que ce ne sont pas des décisions faciles, mais ce sont des décisions qu’on prend pour le bon développement du hockey dans la région, conclut-il.

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