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Une majorité de professeurs d’université disent s’être censurés, révèle un sondage

Danielle McCann en contre-plongée, en gros plan.

Danielle McCann, ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, attend les recommandations de la Commission sur la reconnaissance de la liberté académique dans le milieu universitaire pour décider si elle imposera des directives nationales ou déposera un projet de loi sur le sujet.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Un sondage, mené cet été par la Commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique, révèle que 60 % des professeurs d'université reconnaissent s'être censurés en évitant d'utiliser certains mots. Des « données très inquiétantes », selon la ministre de l'Enseignement supérieur du Québec, Danielle McCann, qui promet d'agir.

Plus du tiers des quelque 1000 professeurs ayant répondu au sondage ont aussi affirmé s'être censurés en évitant d'enseigner un sujet en particulier, et ce, durant une période couvrant les cinq dernières années.

Près d'un millier d'étudiants universitaires ont répondu à un autre sondage de la Commission : 64 % des répondants considèrent qu'ils devraient pouvoir utiliser tous les mots qu'ils jugent utiles à des fins universitaires.

De plus, 28 % des étudiants ayant répondu au sondage ont dit s'être déjà censurés dans le cadre de leurs études et la même proportion affirme avoir été témoin d'autocensure de la part d'un professeur.

Il ne s'agit pas de quelques cas isolés, a commenté la ministre McCann lors d'un point de presse à Québec, mercredi, pour ce dossier qu'elle considère comme prioritaire.

La ministre attendra les recommandations de la Commission, en décembre, pour décider si elle imposera des directives nationales ou si elle déposera un projet de loi pour soutenir les professeurs dans l'exercice de leur liberté universitaire.

Soutenir les professeurs

Présidée par l'ancien ministre péquiste Alexandre Cloutier, la Commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique a été créée, en mars dernier, dans la foulée d'une controverse ayant ébranlé l'Université d'Ottawa.

Dans cet établissement, la suspension d'une professeure ayant prononcé un mot jugé raciste dans le cadre d'un de ses cours avait suscité débats et questionnements.

La ministre McCann avait peu après réclamé des directions d'universités du Québec qu'elles élaborent un cadre dans lequel professeurs et étudiants pourront débattre de l'utilisation de certains mots, sans dérapages.

La ministre dit maintenant qu'il revient aussi au gouvernement de se mobiliser dans ce dossier. L'université a un rôle important à jouer, mais le gouvernement est là aussi pour l'appuyer et soutenir les professeurs [...], a dit Mme McCann mercredi.

Les mesures qui seront mises en place s'adresseront aussi, certainement, aux chargés de cours, a-t-elle précisé.

Danielle McCann croit qu'un travail de sensibilisation est à faire. Les étudiants qui se sont mobilisés invoquaient la question de l'équité, de la diversité, de l'inclusion. Je pense qu'il faut cesser d'opposer toutes ces questions-là avec la liberté académique, estime-t-elle.

« Nos universités sont là pour développer chez nos étudiants un esprit critique et éclairé. Dans ce sens-là, la liberté académique peut jouer un rôle très important pour augmenter la diversité, l'équité et l'inclusion. »

— Une citation de  Danielle McCann, ministre de l'Enseignement supérieur du Québec

Plus d'information nécessaire

Le président de la Commission, Alexandre Cloutier, s'est dit lui-même étonné du nombre de personnes qui admettent s'être autocensurées dans le cadre de leur travail ou de leurs études.

De plus, dit-il, les audiences publiques ont permis d'illustrer qu'il y a unanimité quant à l'importance de la liberté universitaire.

Enfin, il faut diffuser davantage l'information portant sur ce qui existe, actuellement, pour protéger la liberté universitaire, affirme M. Cloutier. Tant les étudiants que les professeurs invitent les administrations [des universités] à en faire davantage, a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des professeurs ayant répondu au sondage (93 %) a affirmé n'avoir jamais fait l'objet de mesures disciplinaires formelles dans leur établissement pour des points de vue qu'ils ont exprimés, durant les cinq dernières années.

Et parmi les professeurs répondants, 58 % ont dit ignorer si leur université avait des documents officiels protégeant la liberté universitaire.

Dans le cadre de ses travaux, la Commission a reçu 43 mémoires, avis et témoignages et elle a rencontré plus d'une vingtaine de groupes et d'intervenants lors d'audiences publiques.

La qualité de l'enseignement compromise?

Isabelle Arseneau, professeure agrégée de littérature française à l'Université McGill, dit constater depuis une dizaine d'années sur le terrain des réflexes d'autocensure.

En entrevue sur ICI Première à l'émission Midi info, Mme Arseneau a affirmé que les cas rapportés à Concordia, à McGill, à Ottawa et à l'UQAM ne relèvent pas d'une anecdote ou d'un épiphénomène.

L'autocensure dont il est question se produit au moment de la citation d'un mot, et non pas dans la conversation ordinaire, rappelle-t-elle.

Cela peut se produire lorsqu'on aborde en classe une œuvre ou un document historique contenant un mot jugé sensible, ou encore au moment de l'élaboration du plan de cours, explique Mme Arseneau. On peut imaginer aussi une autocensure qui porterait carrément sur des matières, des sujets, dont on devine qu'ils pourraient être eux aussi perçus, reçus comme étant difficiles et sensibles.

Selon Isabelle Arseneau, cette autocensure compromet la qualité de l'enseignement. Les résultats [du sondage] témoignent d'un problème sur le plan pédagogique, sur le plan de la transmission des connaissances.

Interrogée à savoir si elle craint davantage la pression que pourraient exercer des étudiants ou celle qui pourrait provenir de l’administration de l’université, advenant un litige lié à la liberté universitaire, Isabelle Arseneau répond ceci : Je dirais spontanément que j’ai beaucoup plus peur des administrations que des étudiants et des étudiantes. Que des étudiants résistent, qu’ils veuillent débattre, qu’ils s’interrogent, j’y vois un signe de santé intellectuelle. En revanche, que les universités ne fassent plus leur devoir, ne respectent pas les règles du jeu dont elles se sont elles-mêmes dotées, ça, ça me semble beaucoup plus inquiétant en ce moment.

Méthodologie

L'ensemble des membres du corps professoral a été invité à répondre au sondage entre le 9 juin et le 9 juillet 2021 et 1079 personnes y ont répondu sur la plateforme Consultation Québec. La représentativité de cet échantillon a été vérifiée grâce à l’enquête annuelle de Statistique Canada sur le personnel enseignant dans les universités canadiennes.

Le sondage auprès des étudiants a été réalisé auprès de 992 membres de la communauté étudiante universitaire entre le 23 juin et le 14 juillet 2021. Le travail de collecte a été effectué à l'aide de la plateforme de Léger Opinion (LEO) et a été réalisé par une firme de sondage spécialisée.

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