•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La haute hiérarchie militaire américaine voulait garder un contingent en Afghanistan

Le général Mark Milley, à l'avant-plan, ainsi que le secrétaire Lloyd Austin et le général Kenneth McKenzie sont assis à une table devant des micros. On voit des bouteilles d'eau et de désinfectant pour les mains.

Le général Mark Milley, le secrétaire Lloyd Austin et le général Kenneth McKenzie (de gauche à droite) ont témoigné devant le Comité du Sénat sur les forces armées.

Photo : Associated Press / Sarahbeth Maney

Radio-Canada

Les plus hauts gradés de l'armée américaine ont contredit le président Joe Biden en admettant publiquement pour la première fois, mardi, qu'ils avaient conseillé de maintenir des centaines de soldats en Afghanistan pour éviter un effondrement du régime de Kaboul.

En début d'année, j'ai recommandé que nous laissions 2500 soldats en Afghanistan, a affirmé le chef du commandement central américain (Centcom), le général Kenneth McKenzie, lors de sa comparution devant le Comité du Sénat sur les forces armées.

Il a précisé qu'à l'automne 2020, des mois après l'entente entre l'administration Donald Trump et les talibans sur le retrait de toutes les troupes américaines, il avait même conseillé, lorsque le républicain était encore au pouvoir, de maintenir sur place 4500 militaires.

Mon évaluation, faite à l'automne 2020, est restée la même : [je croyais] que nous devrions maintenir une présence de 2500 militaires, qui pourrait aller jusqu'à 3500, dans ces eaux-là, afin de progresser vers la solution négociée, a indiqué pour sa part le chef d'état-major des armées américaines, le général Mark Milley.

Dans une entrevue accordée en août à ABC News, pendant les opérations de retrait des troupes, le président Biden concédait que les avis de ses conseillers militaires étaient partagés, mais disait ne pas se souvenir qu'ils aient plaidé pour le maintien de 2500 militaires.

Interrogée ensuite à ce sujet par la presse, la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a affirmé qu'une présence militaire aussi limitée en Afghanistan n'aurait pas été possible à long terme. Personne n'a dit : dans cinq ans, nous pourrions avoir 2500 soldats et ce serait viable, a-t-elle dit. En fin de compte, c'est au commandant en chef de décider, et il a décidé qu'il était temps de mettre fin à 20 ans de guerre.

Le général Milley a aussi révélé avoir demandé à Donald Trump ainsi qu'à son successeur de ne pas fixer d'échéancier précis pour le retrait des forces américaines d'Afghanistan, mais de le lier à des conditions que les talibans devaient respecter, notamment la rupture de leurs liens avec Al-Qaïda.

Je recommande à tout dirigeant : ne fixez pas de date, [...] posez des conditions. Deux présidents d'affilée ont fixé une date.

Une citation de :Le général Mark Milley, chef d'état-major des armées américaines

En vertu de l'entente de février 2020, Donald Trump avait promis de retirer tous les soldats étrangers de ce pays avant le 1er mai 2021, en échange de garanties sécuritaires et de l'ouverture de négociations directes inédites entre les insurgés et les autorités de Kaboul. Joe Biden a choisi de respecter l'accord, mais a repoussé la date butoir au 31 août.

Si M. Biden s'est targué d'avoir la recommandation unanime des généraux de retirer les troupes d'Afghanistan avant la fin du mois d'août, celle-ci n'est arrivée que le 25 août, a aussi souligné le général Milley.

Si l'armée américaine était restée en Afghanistan après le 31 août, le risque d'attaques contre les civils et les militaires américains aurait augmenté, a-t-il expliqué. Dans les circonstances, il aurait en outre fallu y maintenir de 15 000 à 20 000 soldats et rétablir le contrôle de l'aérodrome de Bagram, a-t-il argué.

Le chef d'état-major a cependant assuré respecter les choix de M. Biden. Les présidents sont élus pour certaines raisons. Ils prennent des décisions stratégiques.

Des erreurs et un échec « stratégique »

Instables depuis des décennies, le gouvernement central et l'armée régulière de l'Afghanistan se sont effondrés en une dizaine de jours à peine, un revirement qui a pris de court Washington et le reste de l'Occident.

Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a reconnu des erreurs de jugement.

Le fait que l'armée afghane, que nous avons formée avec nos partenaires, se soit effondrée – souvent sans tirer une seule balle – nous a tous pris par surprise.

Une citation de :Lloyd Austin, secrétaire à la Défense

Nous n'avons pas réalisé le niveau de corruption et l'incompétence de leurs officiers de haut rang, nous n'avons pas mesuré les dommages causés par les changements fréquents et inexpliqués décidés par le président Ashraf Ghani au sein du commandement, nous n'avons pas prévu l'effet boule de neige des accords passés par les talibans avec quatre commandants locaux après l'accord de Doha, ni le fait que l'accord de Doha avait démoralisé l'armée afghane, a-t-il énuméré.

L'accord conclu à Doha a eu un effet négatif sur les performances des forces afghanes, a renchéri le chef du Centcom.

Le retour au pouvoir des talibans, à l'issue de deux décennies de guerre, est un échec stratégique, a admis le général Milley, sans toutefois rejeter le blâme sur Joe Biden.

L'ennemi est aux commandes à Kaboul – il n'y a pas d'autre façon de décrire cela. Ce résultat est l'effet cumulatif de 20 ans, pas de 20 jours.

Une citation de :Le général Mark Milley, chef d'état-major des armées américaines

Une reconstitution en Afghanistan du groupe terroriste Al-Qaïda, qui a lancé depuis l'Afghanistan les attentats du 11 Septembre à l'origine de la guerre en 2001, ou du groupe armé État islamique représente une possibilité très réelle, a-t-il jugé. Il a rappelé que les talibans étaient et restent une organisation terroriste et ils n'ont toujours pas rompu leurs liens avec Al-Qaïda.

Interrogé sur les termes employés par Joe Biden pour qualifier la mission d'évacuation – « succès extraordinaire » –, il a offert une évaluation divergente. C'était un succès logistique, mais un échec stratégique. Et je pense que ce sont deux [choses] différentes.

Le chef d'état-major et le secrétaire à la Défense ont eu des propos distincts au sujet de l'incidence du retrait chaotique d'Afghanistan sur la réputation des États-Unis.

Je pense que notre crédibilité reste solide, a dit M. Austin.

Je pense que notre crédibilité auprès de nos alliés et partenaires dans le monde, ainsi qu'auprès de nos adversaires, est évaluée avec beaucoup d'attention, a au contraire répondu le chef d'état-major à un sénateur républicain. "Endommagée" est un mot qui peut être employé, oui, a-t-il acquiescé.

Des élus républicains ont réclamé le départ du secrétaire Austin et du général Milley.

Dans la foulée des révélations récentes contenues dans un livre des journalistes Bob Woodward et Robert Costa, le général Milley a par ailleurs dû se défendre des conversations qu'il a eues, dans les derniers mois de l'administration Trump, avec son homologue chinois pour l'assurer que les États-Unis n'avaient pas l'intention d'attaquer la Chine.

Avec les informations de Washington Post, NBC News, et Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !