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Piles au lithium, « la bombe à retardement » dans les centres de tri

Illustration d'une pile en feu qui est entourée de bacs de recyclage.

Les objets contenant des piles au lithium causent 90 % des incendies dans les centres de tri : que peut faire le citoyen pour éviter cela?

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Au cours des dernières années, les travailleurs de l’industrie du recyclage ont constaté une hausse marquée des incendies dans les centres de tri. Dans 90 % des cas, il y a ce même dénominateur commun : les piles au lithium. Genèse d’un problème facilement évitable.

Je suis certain que les gens ne sont pas mal intentionnés. C’est juste qu’ils ne le savent pas, croit Grégory Pratte, le responsable des affaires publiques de Tricentris, qui exploite trois centres de tri, à Gatineau, à Terrebonne et à Lachute.

Hugo D’Amours, vice-président, communications, affaires publiques et développement durable de Cascades, laisse même entendre que les citoyens croient bien faire. M. D'Amours, dont l’entreprise possède un centre de tri à Ottawa - en plus d’y gérer la collecte sélective - estime que ce phénomène [est] largement dû à la préoccupation environnementale des citoyens.

C’est important de vérifier où déposer nos objets pour éviter que les problèmes soient plus grands que l’intention très noble.

Une citation de :Hugo D'Amours, vice-président, communications, affaires publiques et développement durable, Cascades

Peu importe les bons sentiments de tout un chacun, les piles au lithium se retrouvent fréquemment dans le recyclage par mégarde. Selon de nombreux experts, cela s’explique par la grande quantité de ces piles et batteries qui se retrouvent en circulation de nos jours en raison de la grande popularité des appareils sans fil, comme les cellulaires, les tablettes, les appareils photo et les caméras.

Pour que ces outils durent plus longtemps, on a besoin de batteries, et souvent, elles sont au lithium, explique Grégory Pratte.

Du moment où un citoyen dépose des piles au lithium dans son bac de recyclage, celles-ci peuvent être écrasées, perforées ou encore exposées à l’eau. Si tel est le cas, c’est une bombe à retardement, illustre-t-il pour qualifier les risques d’incendie.

Dans quels objets trouve-t-on des piles au lithium?

Les piles au lithium peuvent se retrouver dans les téléphones cellulaires, les ordinateurs portables, les consoles de jeux vidéo, les appareils photo, les caméras, les jeux pour enfants et dans les montres.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dans quels objets trouve-t-on des piles au lithium?

Photo : Radio-Canada / Simon Blais

Les conséquences

Messieurs Pratte et D’Amours ont tous deux constaté une hausse de la fréquence de ces incendies dans leurs centres de tri au cours des derniers mois, la grande majorité d’entre eux étant attribuables à ces piles au lithium.

Chez Tricentris, ça nous arrive à peu près tous les trois mois. À Gatineau, il y a eu des incendies plus importants, mais heureusement, il y a eu des interventions, dit Grégory Pratte, visiblement très soulagé.

Quand une pile au lithium prend feu dans un centre de tri, cela a des conséquences à plusieurs égards. En plus des risques d'incendie, d’émanations de gaz toxique ou encore d’explosions, un tel incident peut causer des blessures aux personnes présentes.

Plus important encore, le risque pour la vie de nos employés est incommensurable.

Une citation de :Tracy Shaw, PDG, Association canadienne des industries du recyclage

Aussi, ce genre de situation crée un arrêt dans les activités du centre. Un arrêt, ça coûte environ 1200 $ de l’heure, indique M. Pratte. La facture d’un tel arrêt opérationnel peut même être encore plus salée. Un équipement qui prend en feu prend des jours ou des semaines à être remplacé. Si c’est une pièce importante, on peut rapidement tomber dans les 100 000 $, et ça, on ne veut pas ça, poursuit le responsable des affaires publiques de Tricentris.

Il est aussi faux de croire que seule l’entreprise Tricentris doit absorber le montant, car c’est toute la communauté qui paye, ajoute M. Pratte en faisant un parallèle avec la distribution d'eau potable.

Dans un rapport de l’entreprise Fire Rover publié en mars, cette dernière estime à 1,2 milliard $ US les frais liés aux incendies causés par les batteries de lithium au Canada et aux États-Unis. Les coûts évidents comprennent la perte de stocks et les dommages aux biens et aux équipements, mais ces incendies augmentent également les taux d'assurance, et peuvent rendre difficile pour une entreprise de s'assurer tout court, a fait valoir dans une réponse écrite la présidente-directrice générale de l’Association canadienne des industries du recyclage (ACIR), Tracy Shaw.

Les solutions

À l’image de plusieurs intervenants du milieu, Grégory Pratte rappelle aux citoyens de respecter leur bac de recyclage et de bien vérifier les objets pouvant y être déposés et ceux qui ne doivent pas l’être.

Hugo D’Amours insiste sur l’importance de consulter le site web de sa municipalité afin de savoir quoi faire des objets dont on veut se débarrasser : les règles peuvent varier d’une localité à l’autre, mais en général si c’est du métal, du plastique, du verre, du carton ou du papier, cela va tout droit dans le bac de recyclage.

Quant aux piles au lithium, il y a de nombreuses options pour s’en débarrasser dans la région de la capitale nationale.

D’ailleurs, avant la pandémie de COVID-19, la grande majorité des succursales de la Bibliothèque publique d’Ottawa acceptaient le dépôt de piles usagées. Or, le service n’est plus disponible depuis plus d’un an. Il s'agit de l'un des services qu'il fallait suspendre en raison de la pandémie et que nous n'avons pas pu rétablir encore, précise Taline Bedrossian, agente d’information au sein du réseau de bibliothèque de la capitale nationale.

Les employés ont été engagés pour trier des contenants, des emballages et de l’imprimé, pas pour trier des couches pleines, des batteries au lithium et des animaux morts.

Une citation de :Grégory Pratte, responsable des affaires publiques de Tricentris

Si à Gatineau, Tricentris multiplie les publicités, entre autres sur Facebook, et les opérations de relations publiques pour conscientiser la population, ailleurs, certains sont en faveur de mesures plus coercitives ciblant les usagers ou les fabricants.

Par exemple, au Québec, la Ville de Gaspé et la MRC du Rocher-Percé ont longuement tenté la sensibilisation pour inciter leurs citoyens à adopter de bons comportements. Au début de la dernière année, la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie a décidé de serrer la vis aux citoyens qui font une mauvaise utilisation de leur bac de recyclage.

Un règlement a été adopté afin de prévoir des amendes minimales de 300 $ dans la MRC du Rocher-Percé et de 250 $ dans la ville de Gaspé pour une première infraction. Ces montants peuvent augmenter toutefois si le mauvais comportement persiste.

L’entreprise Ricova, qui est responsable de la collecte des matières résiduelles de plusieurs municipalités au Québec, a pour sa part publié récemment un rapport qui suggère notamment que les fabricants de ces puissantes piles soient imputables et responsables de démontrer le danger de leurs produits et de participer activement à la récupération de leurs déchets.

Parmi les gestes que les fabricants pourraient entreprendre, Ricova propose l’adoption d’un symbole unique sur les objets contenant une pile au lithium, où il est clairement indiqué qu’il est interdit de déposer de telles piles dans le bac de recyclage.

Avec les informations d’André Dalencour et de Marie-Lou St-Onge

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