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L’OMS gravement mise en cause dans les violences sexuelles en RDC

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, promet des « conséquences sévères » pour les auteurs de ces abus.

Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Archives : Le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse sur la COVID-19, le 28 février 2020 à Genève.

Photo : Getty Images / FABRICE COFFRINI

Agence France-Presse

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a été gravement mise en cause par une commission d'enquête sur les violences sexuelles commises par ses employés contre des dizaines de personnes en République démocratique du Congo (RDC), qui dénonce des « négligences individuelles » et des « défaillances structurelles ».

Ces violences sexuelles ont été commises par des membres du personnel, qu'ils aient été embauchés localement ou qu'il s'agisse de membres internationaux des équipes chargées de lutter contre l'épidémie d'Ebola qui a sévi en RDC entre 2018 et 2020, notent les enquêteurs qui ont interrogé des dizaines de femmes s'étant vu proposer du travail en échange de rapports sexuels ou victimes de viol.

Dans les propos liminaires, la commission d'enquête indépendante – lancée en octobre 2020 par le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus – dresse un tableau très sombre de la situation sur place.

Elle constate l'ampleur des faits d'exploitation et de violences sexuelles lors de la riposte à la dixième flambée d'Ebola, toute chose ayant contribué à accroître la vulnérabilité des "victimes présumées", lesquelles n'ont pas bénéficié de l'aide et de l'assistance nécessaires qu'exigeaient de telles expériences dégradantes.

La première chose que je tiens à dire aux victimes et aux survivants, c'est que je suis désolé. Je suis désolé, désolé de ce qui vous a été imposé par des personnes qui étaient employées par l'OMS pour vous servir et vous protéger, a déclaré le Dr Tedros, promettant des conséquences sévères aux responsables, lors d'un point de presse sur les conclusions de la commission.

C'est un jour sombre pour l'OMS, a reconnu le directeur général, qui brigue un second mandat à la tête de l'organisation, une candidature pour laquelle il a eu la semaine dernière un soutien de la majorité des pays de l'Union européenne, mais aussi du Kenya.

Quand une journaliste lui a demandé s'il avait l'intention de démissionner, il a esquivé. Je suis allé sur place 14 fois et ce problème n'a pas été soulevé. Peut-être que j'aurais dû poser des questions, a-t-il toutefois reconnu.

Allégations de viol

La commission a identifié 83 auteurs présumés, dont 21 étaient des employés de l'OMS.

L'organisation a mis fin, dès la publication du rapport, au contrat de quatre d'entre eux qu'elle employait encore et les autres avaient des contrats de courte durée, a expliqué le docteur Tedros. Ils seront bannis de tout emploi futur.

En outre, l'OMS transmettra les allégations de viol aux autorités nationales en RDC pour qu'elles enquêtent, ainsi que dans les pays d'origine des auteurs présumés.

Deux hauts responsables ont été placés en congés administratifs et nous prenons des mesures pour nous assurer que d'autres personnes susceptibles d'être impliquées soient temporairement déchargées de tout rôle décisionnel dans cette affaire, a-t-il détaillé.

Le patron de l'OMS a aussi indiqué qu'un organisme externe serait chargé d'identifier les manquements individuels au sein de son organisation.

Une jeune femme vue de dos reçoit un vaccin contre l'Ebola de la part d'une infirmière portant des gants.

Une jeune femme reçoit un vaccin contre l'Ebola de la part d'une infirmière à Goma, en République démocratique du Congo en août 2019.

Photo : Getty Images / AUGUSTIN WAMENYA

Une enquête journalistique

L'affaire n'a éclaté que grâce au travail d'enquête du réseau The New Humanitarian et de la Reuters Foundation.

De fait, la commission relève aussi, après avoir procédé à des dizaines d'entretiens, la perception d'impunité du personnel de l'institution de la part des victimes présumées tout comme le fait que face à des dizaines de victimes qui se sont présentées, il y a une absence totale de signalement de cas au niveau institutionnel.

Les entretiens des principaux responsables de l'organisation conduits par l'équipe d'examen démontrent bien que l'organisation, concentrée principalement sur l'éradication de l'épidémie d'Ebola, n'était pas du tout préparée à faire face aux risques et faits d'exploitation et de violences sexuelles, souligne le rapport.

Fin mai, une cinquantaine de pays membres de l'OMS avaient fait publiquement état de leur frustration face à la lenteur des enquêtes et au manque de transparence.

Ils avaient exprimé leur inquiétude après des informations de médias suggérant que la direction de l'OMS était au courant de cas d'exploitation sexuelle, d'agressions et de harcèlement sexuel et avait omis de les rapporter comme l'exige le protocole de l'ONU et de l'OMS, tout comme les allégations selon lesquelles des membres du personnel avaient tenté d'étouffer ces affaires.

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