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Vaccination obligatoire : « Pourquoi les pharmaciens, mais pas les dentistes? »

Une femme couchée sur le dos la bouche ouverte. Le dentiste met une main et un instrument dans sa bouche.

des travailleurs de la santé provenant du public.

Photo : Reuters / Jim Young

Malgré la proximité avec leurs patients, des dentistes, hygiénistes dentaires, physiothérapeutes et optométristes du secteur privé n'auront pas à être doublement vaccinés d'ici le 15 octobre. L'Ordre des dentistes dit toutefois être en faveur de la vaccination obligatoire de ses membres et de leur personnel.

Pour l'instant, six professions qui s'exercent en milieu privé sont touchées par le décret, soit les infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes, sages-femmes, pharmaciens et médecins.

Les dentistes, les hygiénistes dentaires, les physiothérapeutes et les optométristes, notamment, sont exclus, sauf ceux qui côtoient sporadiquement des travailleurs de la santé provenant du public.

Selon un sondage interne de l'Ordre des dentistes, 95 % des 5400 dentistes du Québec seraient vaccinés.

L'Ordre a refusé notre demande d'entrevue, mais par courriel il affirme être en faveur de la vaccination obligatoire.

L'Ordre des dentistes du Québec est en faveur de la vaccination obligatoire pour tous les travailleurs de la santé incluant les dentistes et leurs équipes.

Une citation de :Ordre des dentistes du Québec

Proximité

Bien que la grande majorité soit vaccinée, des dentistes s'expliquent mal qu'ils n'aient pas à être vaccinés, compte tenu de leur proximité avec les patients.

C'est difficilement explicable. Pour moi [la vaccination], c'est essentiel dans une clinique dentaire, surtout quand on prodigue des soins à proximité des patients, croit la dentiste Marie-Frédérique Caron.

La dentiste Marie-Frédérique Caron dans son cabinet, devant un fauteuil de patient.

La Dre Marie-Frédérique Caron.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

L'Ordre des optométristes du Québec aussi a des interrogations.

Même si seulement une soixantaine des 1500 optométristes du Québec sont dans le réseau public, l'ensemble des membres travaillent à quelques centimètres de leurs patients, constate Éric Poulin, président de l'Ordre des optométristes du Québec.

Pourquoi les pharmaciens en officine le sont? Pourquoi pas les dentistes, les optométristes?

Une citation de :Éric Poulin, président de l'Ordre des optométristes du Québec

Le fait que les optométristes du secteur public soient concernés par ce décret-là puis que les optométristes du privé n'y soient pas assujettis, bien sûr ça soulève des questions, ajoute Éric Poulin.

Éric Poulin, président de l'Ordre des optométristes du Québec, devant la caméra à la maison.

Éric Poulin, président de l'Ordre des optométristes du Québec

Photo : Radio-Canada

Casse-tête

L’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec prévoit que la mise en application du décret sera compliquée.

Ça aurait été plus facile de gérer le décret si la pratique de l'ensemble de nos membres avait été soumise à la notion de la vaccination, précise son président, Denis Pelletier. Tout le monde égal, peu importe le milieu.

Ça laisse place à beaucoup plus de gestion, ajoute-t-il. Cet aspect-là fait partie des discussions avec le gouvernement.

L'Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec enverra, mercredi, des questions au ministère de la Santé.

Pénurie de main-d'oeuvre accentuée?

La possibilité de perdre du personnel en raison du décret soulève toutefois des craintes dans le réseau privé.

Par exemple, il faut parfois plusieurs années pour pourvoir un poste d'hygiéniste dentaire. Il serait donc risqué de provoquer des départs le 15 octobre.

Ça crée de la discorde au sein des cabinets, témoigne Marie-Frédérique Caron. Pour certains, c'était vraiment un défi d'avoir 50 % de leur personnel vacciné. Ça faisait de l'anxiété et de l'inquiétude auprès des propriétaires, surtout en pénurie de main-d'œuvre.

D'après l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec, environ 85 % de ses 6500 membres sont vaccinés. Et il reçoit des dizaines d'appels d'hygiénistes inquiets pour leur avenir si la vaccination devenait obligatoire.

Plusieurs nous disent qu'ils sont pour la vaccination, mais contre la vaccination obligatoire, précise Jean-François Lortie, président de l'Ordre des hygiénistes dentaires du Québec.

On demande une rencontre. Ce n'est pas clair de savoir pourquoi le bucco-dentaire ne fait pas partie du décret, dit M. Lortie. Si un professionnel qui n'est pas touché travaille dans les mêmes lieux, les mêmes locaux, il devient automatiquement touché par le décret. Ça devient compliqué de savoir qui travaille où.

L'Ordre recommande la vaccination de ses membres depuis 2019.

Pas simple dans les pharmacies

La situation dans les pharmacies risque aussi d'être compliquée, prévient Dominique Boivin, pharmacienne propriétaire et administratrice à l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires.

Dominique Boivin masquée dans une pharmacie.

Dominique Boivin, pharmacienne propriétaire et administratrice de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

L'ensemble du personnel derrière le comptoir devra être vacciné d'ici le 15 octobre, mais pas les autres travailleurs. Pourtant, les employés interagissent constamment.

Ça ne sera peut-être pas les mêmes exigences pour nos employés, donc ça peut peut-être créer deux catégories d'employés à même notre entreprise. On aura des défis supplémentaires, croit Mme Boivin.

Là aussi, le personnel technique est difficile à recruter, particulièrement dans les régions où les taux de vaccination sont plus faibles que dans les grands centres.

Si on pense à certaines régions du Québec, c'est certain que ça va amener des enjeux qui vont nécessiter une bonne réorganisation du travail dans ce contexte-là, prévient la pharmacienne.

Nouvelle mouture?

Des ordres professionnels s'attendent à des réponses du gouvernement qui pourraient mener à une deuxième mouture du décret.

On a des contacts avec le ministère de la Santé du Québec et on comprend que d'autres professionnels pourraient être visés dans le futur et que les optométristes pourraient être dans cette deuxième mouture du décret, croit Éric Poulin, président de l'Ordre des optométristes du Québec.

Avec la collaboration de Pierre-Alexandre Bolduc

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