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Denis Coderre veut en finir avec la clôture séparant Mont-Royal de Parc-Extension

La clôture qui longe le boulevard de l'Acadie.

La clôture qui longe le boulevard de l'Acadie est, pour plusieurs Montréalais, le symbole d'inégalités sociales et environnementales qui persistent.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Le chef d’Ensemble Montréal, Denis Coderre, promet s’il est élu de revoir l’aménagement du boulevard de l’Acadie entre la rue Jean-Talon Ouest et la Métropolitaine. Mais tout indique qu'il ne pourra pas le faire sans le consentement de la ville de Mont-Royal.

Depuis des décennies, le paysage ne change pas : à l'ouest du boulevard de l'Acadie, les somptueuses maisons de Mont-Royal; à l'est, de modestes appartements montréalais. Entre les deux : une clôture, presque aucun arbre et six voies de circulation.

En compagnie de son candidat Guillaume Lavoie, M. Coderre avait convoqué la presse mardi matin dans le quartier Parc-Extension pour annoncer son intention de remédier à ce qu’il considère comme une fracture sociale flagrante.

Dans l’objectif d’atténuer l’îlot de chaleur qu’est le boulevard de l’Acadie, l’ex-maire a d’abord promis de resserrer les voies de circulation afin de pouvoir aménager des bandes végétalisées au centre de la rue et du côté de Parc-Extension. Les stationnements en bord de rue seraient toutefois maintenus.

Il s'est en outre engagé à réduire la limite de vitesse de 50 à 40 km/h sur cette artère digne des années 1970, symbole des inégalités et de l'injustice environnementale.

Mais surtout, Ensemble Montréal propose de retirer la clôture qui sépare la ville indépendante de Mont-Royal et Parc-Extension.

Cette barrière est légendaire. Au début des années 2000, les autorités de Mont-Royal avaient pris l’habitude de la fermer partiellement la veille de l’Halloween, sous prétexte de sécurité. Leurs voisins y voyaient là la volonté d’une municipalité fortunée de garder à distance les enfants de Parc-Extension, un quartier défavorisé.

Mary Deros en point de presse devant un drapeau d'Ensemble Montréal.

Mary Deros représente Parc-Extension au conseil municipal de Montréal depuis 1998.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Beaucoup d'efforts ont été déployés par le passé pour faire retirer cette clôture, a expliqué mardi la conseillère sortante de Parc-Extension, Mary Deros. Mais en vain.

On n'a pas réussi à la faire enlever, mais au moins on a réussi à garder les portes débarrées, a-t-elle expliqué, ajoutant qu'encore aujourd'hui, certains résidents de Mont-Royal venaient ponctuellement la verrouiller.

Denis Coderre en point de presse dans un parc, entouré par ses candidats dans l'arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

Coderre veut changer le Boulevard de l'Acadie

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Guillaume Lavoie a reconnu que la clôture se trouvait sur le territoire de Mont-Royal — ce qu’a d’ailleurs confirmé le maire actuel de la Municipalité, Philippe Roy, à Radio-Canada.

M. Lavoie a aussi admis que les candidats à la succession de M. Roy, Michelle Setlakwe et Peter Malouf, n’avaient pas fait l'objet d'une rencontre en amont de l’annonce de mardi.

Il a toutefois déclaré qu'il avait bon espoir que le prochain maire de Mont-Royal soit disposé à retirer la fameuse clôture dans le cadre du réaménagement du boulevard de l'Acadie.

À qui appartient le boulevard?

Dans tous les cas, il appert que le projet de réaménagement du boulevard de l'Acadie ne pourrait pas voir le jour sans que Montréal et Mont-Royal se concertent. En fait, les parties concernées ne semblent même pas capables de s'entendre sur l'emplacement exact de la frontière entre les deux villes.

Selon Ensemble Montréal et Philippe Roy, cinq des six voies du boulevard de l'Acadie se trouvent en territoire montréalais. Le maire de Mont-Royal souligne en outre que l'artère a été construite par la Ville de Montréal, qui l'entretient aujourd'hui à 100 %.

Mais la Ville de Montréal ne partage pas ce point de vue. Dans un courriel transmis en fin de journée à Radio-Canada, le porte-parole Hugo Bourgoin écrit que la très grande majorité du boulevard de l’Acadie (incluant la quasi-totalité des voies de circulation et le terre-plein central) est sur le territoire de Ville Mont-Royal.

Seule la portion Est du boulevard de l’Acadie (trottoir, voie de stationnement et une infime partie de la voie de circulation) est sur le territoire de la Ville de Montréal, assure-t-il.

Valérie Plante est aussi de cet avis. Selon elle, la proposition de Denis Coderre, ça se passe essentiellement dans Ville Mont-Royal.

Je ne sais pas si Denis s'est trompé de ville. Peut-être veut-il devenir le maire de Ville Mont-Royal? Parce que c'est là que ça se passe. Ou peut-être, au fond, il va dire au maire de Ville Mont-Royal quoi faire. C'est un style un peu arrogant auquel on est habitué.

Une citation de :Valérie Plante, cheffe de Projet Montréal

La mairesse sortante, qui a confirmé mardi après-midi l'appui de l'Association des pompiers de Montréal, demeure toutefois ouverte sur le fond à verdir le boulevard de l'Acadie, à baisser la limite de vitesse imposée aux automobilistes et à enlever la clôture qui sépare les deux villes.

La mairesse et le président du syndicat portant un chandail indiquant « Valérie pour les pompiers-ères ».

Valérie Plante a obtenu un appui surprenant, mardi : celui de l'Association des pompiers de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Le maire Roy, pour sa part, estime que sa municipalité serait sûrement en faveur de participer à un projet d’apaisement de circulation et de verdissement du boulevard de l’Acadie qui pourrait comprendre l’élimination de la clôture au profit de quelque chose de plus actuel, comme un parc linéaire vert, une piste cyclable, etc..

Car il est d'avis que ce boulevard, avec ses six voies et ses voitures qui roulent à 100 km/h, est une véritable autoroute en plein secteur résidentiel.

Michelle Setlakwe pense sensiblement la même chose. Comme mairesse, je serais disposée à engager des discussions avec Montréal dans une variété de dossiers [et celui-ci] ne fait pas exception, a-t-elle assuré à Radio-Canada.

D'ailleurs, Ville Mont-Royal demande des améliorations à l’Acadie depuis quelques années, mentionne-t-elle, évoquant une réduction de la largeur du boulevard et l'ajout d’une piste cyclable.

En ce qui a trait au retrait de la clôture, toutefois, Mme Setlakwe rappelle qu'elle appartient à Ville Mont-Royal; qu'elle est là depuis des décennies, depuis la construction de l’Acadie dans sa forme actuelle; et que [ses] portes d’accès sont toujours ouvertes.

Son adversaire, Peter Malouf, est au même diapason. Je ne sais pas c'est quoi le but d'enlever la clôture, lance-t-il, soulignant que des ouvertures à certains endroits permettent déjà de circuler d'est en ouest, et vice-versa.

Je ne comprends pas le plan d'enlever la clôture. Comment est-ce que ça va améliorer la qualité de vie des résidents de Parc-Extension et de Ville Mont-Royal?

Une citation de :Peter Malouf, candidat à la mairie de Mont-Royal

Avant de réaménager le boulevard de l'Acadie, il faudrait, selon M. Malouf, développer un plan de circulation pour éviter que les automobilistes empruntent les petites rues de Mont-Royal et de Parc-Extension pour fuir l'achalandage des grandes artères qui contournent ces secteurs.

Avec Benoît Chapdelaine et Mathieu Prost

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