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Sans clocher, l’église Saint-Sauveur perdrait sa valeur exceptionnelle

Elle ne serait donc plus admissible à l'aide à la restauration réservée aux églises à très grande valeur patrimoniale.

Le sommet tronqué de l'église Saint-Sauveur, à Québec.

L'église Saint-Sauveur est amputée de son clocher depuis maintenant quatre ans.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Sans son clocher, l'église Saint-Sauveur pourrait perdre son classement de bien patrimonial à valeur exceptionnelle et être exclue de la courte liste des bâtiments religieux prioritaires aux yeux de la Ville de Québec. L'immeuble pourrait ainsi ne plus être admissible à un programme d'aide financière réservé à ces églises, alors que les besoins de restauration y dépassent les 4 millions de dollars.

L'église Saint-Sauveur figure actuellement parmi les huit églises de grande valeur à sauvegarder sur le territoire de la capitale.

Ces bâtiments sont admissibles à un financement de 30 millions de dollars sur 10 ans jusqu'en 2027, en vertu de l'Entente de développement culturel entre la Ville de Québec et le ministère de la Culture (MCC). Chaque projet de rénovation proposé peut ainsi aller chercher jusqu'à 95 % de financement public.

La paroisse pourrait ne plus avoir accès à ces fonds si elle maintient sa décision de ne pas remonter le clocher. Sans la flèche, une part importante de sa valeur architecturale disparaîtrait.

Le fait d'enlever une partie de la flèche [...] altère sa valeur patrimoniale. Ça enlève une bonne partie de son architecture extérieure, souligne Martin Dubois, consultant en patrimoine architectural.

« Effectivement, ça pourrait faire la différence entre une église de valeur exceptionnelle et une église de valeur supérieure. »

— Une citation de  Martin Dubois, consultant en patrimoine architectural

L'expert, qui a d'ailleurs été consulté par la Ville dans le passé au sujet de l'église Saint-Sauveur, rappelle que la place d'un bâtiment dans le tissu urbain et le repère qu'il représente pour les résidents d'un quartier font partie des éléments analysés lors d'un classement patrimonial.

Plan large du cocher de l'église Saint-Sauveur

La flèche, amputée de plus de la moitié de sa structure, mesurait à l'origine une soixantaine de mètres.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Un clocher qui dominait le quartier

Dans le cas de Saint-Sauveur, la flèche, originalement d'une hauteur d'une soixantaine de mètres et composée de structures de bois, est une caractéristique distinctive de son architecture.

L'église offre une présence remarquable dans le paysage urbain, surtout grâce à son clocher qui domine le quartier et qui est un important point de repère, indique la Ville dans sa description de l'immeuble.

C'est peut-être l'occasion rêvée de remettre le clocher compte tenu des sommes publiques présentement accessibles, poursuit M. Dubois. Un tel projet serait selon lui hors de portée pour des églises à plus faible valeur patrimoniale, n'ayant pas accès aux fonds réservés aux bâtiments de valeur exceptionnelle.

La ville de Québec a d'ailleurs vu tomber des bâtiments de moindre valeur patrimoniale au cours des dernières années. L'église Saint-François-d'Assise, dans Limoilou, et l'église Saint-Cœur-de-Marie, sur Grande Allée, ont notamment croulé sous le pic des démolisseurs, et ce même si on leur reconnaissait une certaine valeur.

Ces églises avaient cependant été déclarées excédentaires par le diocèse, puis vendues, ce qui n'est pas le cas de celle de Saint-Sauveur.

L'église en pleine démolition.

(Archives) Malgré une valeur patrimoniale supérieure, l'église Saint-Cœur-de-Marie a été démolie.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

La Ville prête à faire une exception

Les discussions ont été nombreuses pour trouver un moyen de reconstruire le clocher de l'église Saint-Sauveur, démantelé à l'été 2017 lorsqu'il menaçait de s'effondrer sur la cour de l'école primaire voisine

Dès 2018, la fabrique de la paroisse Sainte-Marie-de-l'Incarnation proposait une solution minimale, écartant une reconstruction intégrale de la flèche érigée en 1892. Trop cher, disait et dit toujours L'Église catholique.

Les travaux de reconstruction du clocher sont estimés entre 1,4 et 3 millions de dollars. La paroisse dit ne disposer que de 80 000 $ provenant d'une levée de fonds. Plus récemment, elle a demandé à démolir le clocher, dont trois morceaux traînent sur le parvis depuis quatre ans.

Plan large d'une église et d'une cour d'école

Les trois structures sont sur le parvis de l'église Saint-Sauveur, bien visibles depuis l'avenue des Oblats.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Marie-Josée Savard écorchée

La Ville de Québec, par la voix de son comité d'urbanisme, s'y oppose et juge que la reconstruction est à prioriser. C'est aussi ce souhaite Marie-Josée Savard, candidate à la mairie et vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Québec au moment du déclenchement des élections.

Responsable des dossiers patrimoine, Mme Savard a été écorchée cette fin de semaine, taxée par ses adversaires de ne pas offrir de résultats.

Elle assure avoir été proactive et qu'une solution a été proposée aux représentants religieux. Nous on est prêt, la Ville de Québec, à accepter le 80 000 $, même si la contribution est moindre pour aller de l'avant, a-t-elle confié à Radio-Canada cette semaine. Selon le coût de reconstruction, l'Église pourrait en effet ne pas avoir assez d'argent pour couvrir le 5 % nécessaire à la qualification au programme d'aide financière.

Maintenant, il faut juste attendre la position du ministère de la Culture s'ils sont à la même place que nous, a ajouté Mme Savard. Le Ministère analyse présentement la demande, a indiqué le MCC, sans donner de détails.

Le clocher de l'église Saint-Sauveur

Le clocher de l'église Saint-Sauveur avant son démantèlement en 2017.

Photo : Radio-Canada / Rénald Gingras

Autre obligation, la demande d'aide financière devra être soumise par la paroisse elle-même, étant la propriétaire des lieux. Son premier choix n'est pas de reconstruire le clocher, rappelle le Diocèse de Québec.

À la base, la paroisse et le Diocèse ne sont pas en accord avec la remise en place du clocher; il est prioritaire pour nous de pourvoir aux autres besoins urgents du bâtiment, tels que la maçonnerie, écrit la porte-parole Valérie Roberge-Dion.

Le diocèse ne ferme toutefois pas la porte et affirme que le dossier est désormais entre les mains de la Ville et du ministère.

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