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Quand le fictif devient réel : le jeu de rôle sur table comme outil de réconciliation

David Plamondon devant une étagère de jeu.

Dans les jeux de rôle, la réconciliation repose sur la capacité de créer un récit collectif où chacun peut se sentir représenté et valorisé.

Photo : Radio-Canada / Manuel Carrillos

Les univers sont fantastiques, mais les thèmes sont bien réels : colonisation, résilience et acception. Comment les jeux de rôles sur table proposent-ils un moyen concret et ludique à la réconciliation?

Un phénomène encore récent 

Plus jeune et ayant grandi dans une petite ville, David Plamondon se souvient de l'absence presque totale de joueurs autochtones autour de la table de jeu.

Même en déménageant à Edmonton, il n'y en avait pas beaucoup plus, se souvient le copropriétaire de la boutique de jeux de société axée sur l’inclusion et la culture autochtone, Pe Metawe.

David Plamondon mène une partie de jeu de rôle avec deux joueurs à une table.

Les joueurs tissent de fil en aiguille des récits collaboratifs ayant pour seule limite l’imagination ou la résolution de leur aventure. À travers ce terrain de jeu infini, la réconciliation s’articule de nombreuses façons.

Photo : Radio-Canada / Manuel Carrillos

Les joueurs de jeux de rôle se regroupent autour d’une table afin d’incarner des personnages souvent créés de toutes pièces et leur faire vivre des scénarios interactifs balisés par un meneur de jeu.

Des repères narratifs sont offerts aux participants, mais rien n'empêche les joueurs de se les réapproprier ou de les transformer à leur guise. L’imaginaire demeure la pierre angulaire du jeu.

Des dés posés sur une table

Par sa nature rassembleuse et collaborative, les jeux de rôles permettent aussi d'aborder des problèmes du monde réel de manière sécuritaire, croit David Plamondon.

Photo : Radio-Canada / Manuel Carrillos

Et au fur et à mesure que les joueurs comprennent cette liberté créatrice qu'offrent les jeux de rôle, les barrières se mettent à tomber, se réjouit David Plamondon.

Les Autochtones, les personnes de couleur ou LGBTQ commencent finalement à réaliser qu’ils ont une voix, à la fois comme créateur et comme joueur, précise-t-il.

Conséquence : des jeux de rôles inclusifs gagnent de plus en plus les étagères des magasins. David Plamondon, qui est membre de la Première Nation de Whitefish Lake, utilise d'ailleurs le jeu de rôle créé et développé par une équipe autochtone, Coyote & Crow : The Role Playing Game, pour illustrer ce phénomène.

Le jeu, qui est à l'étape de la production, propose à ses joueurs d'explorer un monde futuriste autochtone libre de toute colonisation. Un idéal pour David Plamondon.

Une banderole du jeu de rôle sur table Coyote & Crow.

Le jeu de rôle sur table Coyote & Crow a récolté plus d'un million de dollars en soutien grâce à une campagne de sociofinancement.

Photo : Kickstarter/Coyote and Crow

Plus nous mettons d'outils entre les mains des allochtones pour mettre en vitrine tous les aspects positifs de la résilience du peuple autochtone, plus nous faisons d'immenses pas vers la réconciliation, car c'est généralement quelque chose qui fait défaut à notre système d'éducation, dit-il.

Un des concepteurs de Coyote & Crow, William McKay, met aussi l'accent sur la dimension éducative qu'apportent les jeux de rôle comme le sien.

« Le jeu de rôle est un contexte [...] utile pour que les gens se réunissent et explorent des cadres, des histoires et des mondes qui incorporent plus de parties de notre histoire. »

— Une citation de  William McKay, concepteur pour le jeu de rôle Coyote & Crow

On essaie spécifiquement d'encourager les gens à se raconter des histoires à travers la perspective autochtone du monde [...] avec un peu de chance, cela encourage l'empathie chez les joueurs, espère le membre de la Fédération des Métis du Manitoba.

Jillian Dolan, qui participe également au projet, pousse cette idée encore plus loin. Pour moi, c'est un outil pour aider les gens de mon entourage à mieux comprendre où est ma place dans le monde et comment je veux être perçue dans le futur, raconte l'amatrice des jeux de rôle de descendance crie et métisse.

Le dessin d'un festival autochtone dans le futur.

Le jeu de rôle Coyote & Crow sera disponible à partir du printemps prochain.

Photo : Gracieuseté : Coyote & Crow

Se réapprioprier la trame narrative

L'illustratrice de Coyote & Crow, Jillian Dolan, souligne quant à elle la malléabilité de ce médium pour retourner certains clichés contre eux-mêmes.

J’avais beaucoup de difficultés avec les thèmes de barbares [...] les orcs sont souvent dépeints comme des peuples nomades, habillés avec des peaux, munis d’arcs à flèches et avec une structure sociétale différente, exprime-t-elle.

Un dessin de deux astronautes.

Les illustrations de Jillian Dolan pour les jeux de rôles reprennent des concepts clés de sa culture.

Photo : Gracieuseté : Coyote & Crow

Sa solution : utiliser les forces du jeu de rôle pour recréer une image des orcs valorisante et saine pour elle et son groupe. Ils ont survécu à la colonisation, et en sont sortis meilleurs. Ce sont des survivants, et pour moi, c’était incroyablement thérapeutique de voir mes joueurs les adopter, explique-t-elle.

« La représentation est extrêmement importante à la fois pour les joueurs et les meneurs du jeu, car sans elle, tu n'existes pas.  »

— Une citation de  Jillian Dolan, passionnée des jeux de rôle

Francis Gray, amateur de ce genre de jeux et membre de la Nation crie de Saddle Lake, renchérit sur l'importance de la liberté créatrice des jeux de rôle pour créer une trame narrative gratifiante. Dans un de mes jeux, j’ai créé un peuple avec beaucoup de parallèles avec les autochtones qui vont à la conquête de l’espace, souligne celui qui se décrit comme un geek.

Francis Gray en train de joueur à un jeu de rôle sur table.

Pour Francis Gray, la beauté des jeux de rôle, c'est aussi la possibilité de « créer des aventures fondées sur la culture autochtone dans son sous-sol avec ses amis. »

Photo : Radio-Canada / Manuel Carrillos

Avec leur coût relativement bas - il ne faut bien souvent que des dés, des crayons et des manuels pour jouer - les jeux de rôles sont pour Francis Gray un moyen abordable d’explorer des mondes où il est enfin représenté.

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