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La cyberdépendance, un fléau vécu de près par un ministre

Éric Caire.

Éric Caire, le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

« Mon fils s’est rendu très loin! » Programmeur-analyste de formation et ministre responsable de tout le volet informatique du gouvernement, Éric Caire connaît mieux que quiconque les dérives causées par les écrans. Son fils de 14 ans, accro aux jeux vidéo, a dû suivre une thérapie dans un centre de traitement des dépendances. Son histoire inspire le plan d’action contre la cyberdépendance que prépare son collègue à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

Ç’a été jusqu’à se lever toutes les nuits pour jouer, pour être capable d’aller chercher sa drogue! Il le faisait en cachette parce qu’il savait que c’était mal, mais il n’était pas capable de s’en empêcher. Il allait jusqu’à l’épuisement, confie Éric Caire, qui a accepté de nous donner des détails très personnels, avec l’accord de son fils. S’il le fait, c’est pour sensibiliser la société à ce fléau qui semble s’être aggravé durant la pandémie. Même si l'adolescent a été traité avant l'arrivée des confinements, ses parents ont dû faire en sorte de lui éviter une rechute.

45 % des jeunes privés de sommeil à cause des écrans

Selon des données inédites obtenues par Radio-Canada, pas moins de 35 % des adolescents ayant participé à une étude de la santé publique de Montréal affirment que leur utilisation des écrans dans leurs temps libres a nui à leurs résultats scolaires. Une proportion de 45 % a perdu le sommeil pour cette raison, au point où la famille du quart d’entre eux s’est souvent inquiétée.

L’étude en question a été menée par Jean-François Biron et son équipe auprès de 700 jeunes âgés de 13 à 17 ans durant la troisième vague.

Les parents ont un rôle à jouer et les milieux scolaires en ont un aussi : de mettre en place les bons paramètres pour l’encadrement, nous explique le chercheur.

C’est sûr que si on fait juste dire aux jeunes : "Lâchez vos écrans!", ça ne va pas fonctionner.

Une citation de :Jean-François Biron, chercheur à la santé publique de Montréal

Selon M. Biron, l’industrie des jeux vidéo doit aussi reconnaître ses responsabilités.

Le ministre Éric Caire milite pour fournir plus d’outils aux parents afin de reconnaître le problème plus rapidement et de trouver les bonnes ressources, parce qu’il considère qu’il s’agit d’un mal extrêmement pernicieux. Lui-même et son ancienne conjointe se sont retrouvés désemparés au pire de la crise de leur fils.

Il s’est rendu très, très loin là-dedans! Il est arrivé un événement extrêmement malheureux et grave qui nous a obligés à prendre des décisions qui étaient absolument cruelles pour sa mère et moi, mais aujourd’hui, je dirais que ça l’a sauvé. Il avait absolument besoin d’être traité. Il n’était plus en mesure de se raisonner ni de se contrôler, nous raconte-t-il avec beaucoup d’émotion.

Plus d’appels dans les centres de thérapie

C’est une tendance à la hausse présentement […] Il y a un volume d’appels plus important, mais surtout une détresse plus importante de la part des parents qui ont l’impression de perdre le contrôle sur le temps d’écran de leurs jeunes, vraiment!, explique Marie-Josée Michaud, une intervenante à l’organisme Le Grand Chemin de Québec. Elle constate les effets pervers du confinement et de l’école en ligne dans la plupart des écoles au printemps dernier, au moment où les jeunes étaient privés de voir leurs amis.

Lionel Carmant en conférence de presse.

Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, veut trouver l'équilibre permettant une utilisation sécuritaire des écrans par les jeunes.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roussel

Il faut aider les centres qui font du travail sur le traitement, par exemple, nous indique le ministre Lionel Carmant. Son plan d’action, attendu cet automne, doit inclure une vaste campagne de sensibilisation et davantage d’investissements sur le terrain. Dans chaque école secondaire, il va y avoir des intervenants en dépendances et de différents organismes communautaires. On veut qu’ils participent à cette promotion de l’utilisation saine des écrans.

Le ministre convient cependant que les impacts d’une plus grande utilisation des écrans ne sont pas seulement négatifs. L’étude de la santé publique de Montréal révèle aussi que trois adolescents sur quatre ont utilisé les écrans pour maintenir ou développer leurs relations durant la crise. Sept sur dix s’en sont servi pour apprendre de nouvelles choses durant leurs temps libres.

Ce qu’on veut, c’est trouver la ligne où on peut permettre l’utilisation de façon sécuritaire et que ça devienne un outil positif pour nos jeunes.

Une citation de :Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux

Le chercheur Jean-François Biron y voit aussi des bienfaits potentiels. Généralement, les gens qui font moins de deux heures par jour dans leurs loisirs, il n’y a aucun impact ou c’est très mineur. C’est quand on commence à dépasser ça que, tranquillement, les impacts vont devenir plus importants. Le quart des répondants de l’étude aurait passé plus de cinq heures par jour de leurs temps libres sur des écrans.

Même si le lien de causalité n’est pas direct, il peut y avoir des impacts sur d’autres aspects de la vie. Par exemple, près des deux tiers (65 %) des adolescents ayant participé à l’étude de la santé publique de Montréal disent avoir réduit leurs activités physiques. Plus du quart d’entre eux affirment que leur motivation pour les études a beaucoup diminué.

Un problème qui se traite

Le ministre Caire affirme qu’il est fier du cheminement parcouru par son fils au cours des quatre dernières années pour guérir sa dépendance. Aujourd’hui, il est capable de jouer normalement, mais évidemment entouré. Il le fait de façon tout à fait raisonnable et, conscient de ses failles, il est capable d’identifier quand ça devient excessif, mais c’est un processus qui prend du temps. C’est long et pénible! Est-ce qu’il est guéri? Disons que ça se contrôle […] Aujourd’hui, on est équipés pour faire face à la situation, mais ce ne sont pas tous les parents qui ont cette connaissance-là, malheureusement.

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