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La pêche automnale au homard s’ouvre avec un volet commercial à Listuguj

Deux pêcheurs à bord d'un bateau.

Les pêcheurs mi'gmaw sont rentrés à quai lundi matin avec les premiers homards de la saison de pêche automnale. Chacun des 21 pêcheurs inscrits pêche à l'aide de huit cages seulement.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les pêcheurs de Listuguj ont débarqué les premiers homards de leur pêche automnale au quai de Carleton-sur-Mer, lundi matin. Cette année, pour la première fois, les pêcheurs mi’gmaw de la zone 21B sont autorisés par Ottawa à vendre une partie de leurs prises.

L'effort de pêche automnal demeure le même que dans les cinq dernières années, souligne le directeur adjoint des pêcheries au conseil de bande de Listuguj, Denny Isaac.

Ainsi, 235 cages seront à l'eau soit jusqu’au 10 octobre.

Le conseil de bande va conserver la totalité des prises de 67 casiers pour redistribuer gratuitement les homards dans la communauté durant les 14 jours de pêche.

Généralement, notre objectif est que 7000 livres de homard reviennent à la communauté, explique Denny Isaac. C’est environ 500 livres de homard par jour que nous rapportons à Listuguj. On les fait cuire et on les donne à la communauté. Les gens attendent en file; c'est premier arrivé, premier servi. En plus, des homards sont livrés trois fois par semaine aux aînés et aux personnes handicapées.

Une personne debout devant des boîtes dont une, qui contient du crabe, est ouverte.

Les membres de la communauté mi'gmaw peuvent obtenir gratuitement trois homards chaque jour durant toute la durée de la pêche automnale (archives).

Photo : Radio-Canada

Les 168 autres casiers sont répartis équitablement entre les 21 pêcheurs mi'gmaw qui se sont inscrits auprès du conseil de bande pour prendre part à la pêche automnale. Chacun dispose donc de huit casiers pour pêcher et doit remettre une fraction de ses prises au conseil de bande.

Nous donnons 10 % de nos prises à la communauté pour la distribution communautaire, mais tout le reste nous appartient, explique le pêcheur Desmond Isaac. Aujourd’hui, je vais apporter mes homards à la maison, les faire cuire et nourrir ma famille et d’autres personnes à qui j’en ai promis.

Desmond Isaac est assis sur le bord du quai et tient un homard dans sa main.

Le pêcheur Desmond Isaac indique avoir récolté une centaine de livres de homard dans ses huit cages lundi matin.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les pêcheurs sont autorisés à vendre leurs prises à des particuliers, des restaurateurs ou des grossistes s'ils le désirent.

Les pêcheurs peuvent maintenant vendre leurs homards sans crainte de représailles lors du transport sur la route ou des transactions avec un acheteur, comme c’était le cas dans le passé, explique le directeur adjoint des pêcheries de Listuguj, Denny Isaac.

Denny Isaac photographié sur le quai de Carleton-sur-Mer.

Le directeur adjoint des pêcheries du conseil de bande de Listuguj, Denny Isaac, estime que l'ajout du volet commercial à la pêche de subsistance d'automne est une très bonne nouvelle pour Listuguj.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L'ajout d'un volet commercial à la pêche de subsistance des Mig'maw découle de l’entente de réconciliation et de reconnaissance des droits de pêche survenue au printemps entre Ottawa et Listuguj.

Depuis 2019, Listuguj défiait Ottawa et autorisait ses pêcheurs à vendre une partie des prises de la pêche de subsistance pour compenser le temps de travail et les dépenses. Pêches et Océans Canada considérait la pratique comme une pêche commerciale non autorisée.

Un suivi rigoureux selon Listuguj

Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie s’est opposé catégoriquement à l’ouverture de la pêche automnale dans la sous-zone 21B, pour des raisons de préservation de la ressource.

De son côté, le directeur adjoint des pêcheries de Listuguj, Denny Isaac, rappelle que Listuguj surveille étroitement les prises et que la communauté a réduit son effort de pêche automnale depuis cinq ans pour limiter l’impact sur les stocks. La communauté a déjà permis 21 jours de pêche avec 500 cages durant l’automne.

Nous faisons le suivi des prises directement sur le quai durant la pêche automnale, explique M. Isaac. Les autres regroupements de pêcheurs de homard n’ont même pas ce système durant l’été et ce sont les pêcheurs qui déclarent eux-mêmes leurs prises. Notre système est plus précis pour savoir exactement combien de homards sont pêchés, parce que tous nos pêcheurs sont obligés de rentrer à quai et de faire peser leurs bacs. Nous avons des chiffres officiels.

J’ai confiance en notre approche, je crois que les craintes sont un peu exagérées et dramatisées, j’ai confiance en notre système de gestion.

Une citation de :Denny Isaac, directeur des pêcheries au conseil de bande de Listuguj
Des hommes pèsent des homards sur une balance et un autre note derrière.

Toutes les captures sont pesées à quai par des employés du département des ressources naturelles de Listuguj.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les prises automnales sont nettement plus importantes qu’au printemps, car le homard termine alors sa mue et est plus affamé.

Ainsi, l’accord intervenu entre Listuguj et Ottawa prévoit déjà que les détenteurs de permis perdront environ sept jours de pêche printanière pour une journée de pêche automnale.

En d’autres mots, le nombre de jours/casiers à l’automne sera multiplié par sept et déduit de l’effort autorisé au printemps suivant.

Ainsi, avec 14 jours de pêche automnale, Listuguj perd l’équivalent d’au moins un de ces cinq permis de pêche au homard pour la saison printanière 2022.

Pas de friction sur le quai

Parallèlement à l’accord conclu entre Listuguj et Ottawa, Pêches et Océans a aussi octroyé un droit de pêche commercial automnal au seul pêcheur de homard allochtone de la zone 21B, Dany Labillois de Carleton-sur-Mer.

Ce dernier a toutefois décidé de ne pas mettre ses casiers à l’eau.

La pêche d’automne, c’est contre mes principes et ceux du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, affirme M. Labillois. J’étais dans une drôle de situation, entre deux feux, j’ai décidé d’attendre au printemps.

Le pêcheur dit respecter le nouveau droit des Mi’gmaw et reconnaît que Listuguj a amoindri son effort de pêche d’automne au cours des dernières années.

La pêche automnale a toujours existé, c’est juste que là, c’est légal d’en vendre. Tant que l’effort de pêche reste de même, je l’accepte.

Une citation de :Dany Labillois, pêcheur de homard de Carleton-sur-Mer
Un bateau avec deux pêcheurs à bord rentre à quai.

La pêche automnale des Mi'gmaq ne semble pas susciter d'animosité sur le quai de Carleton-sur-Mer.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Ce dernier affirme être ami avec de nombreux pêcheurs mi’gmaw. M. Labillois a lui-même contribué à la formation de certains pêcheurs de Listuguj et pris part à la pêche automnale à titre de capitaine pour le compte du conseil de bande. Il assure que la situation dans la sous-zone 21B est très différente de celle observée dans les provinces maritimes, où la pêche d’automne est source de tensions entre les communautés allochtones et autochtones.

C’est comme une famille, c’est vraiment amical, les pêcheurs s’entraident, on travaille ensemble, on travaille dans le même sens, on s’aide dans la zone, affirme Dany Labillois.

Denny Isaac abonde en ce sens.

Je ne suis pas inquiet, on est dans une petite zone, il n’y a pas beaucoup de homards en jeu et il y a seulement un non-Autochtone qui a un permis, dit-il. La situation n’est pas la même qu’en Nouvelle-Écosse, c’est moins complexe.

Au moment de publier ces lignes, Radio-Canada n’avait pu obtenir les commentaires du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

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