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L’après-Joyce Echaquan

Un an après la mort de la mère de famille atikamekw à l'hôpital de Joliette, la communauté de Manawan et le gouvernement du Québec s'apprêtent à honorer sa mémoire en lui dédiant un lieu.

Une femme tient une photo de Joyce Echaquan.

La mort de Joyce Echaquan a provoqué une onde de choc dans les communautés autochtones et un peu partout au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

À Joliette et à Manawan, on espérait que la honte et l'indignation soulevées par la mort de Joyce Echaquan allaient se transformer en moteur de changement. Douze mois plus tard, la situation demeure fragile et il n'est pas simple de bâtir des ponts.

La femme de 37 ans est morte dans des circonstances troublantes, sous les insultes de membres du personnel soignant. Les images de ses derniers moments ont eu l'effet d'un électrochoc.

Il y a un éveil qui s'est fait, il y a l'après-Joyce, lance Jolianne Ottawa, qui travaille au centre de santé Masko-Siwin de Manawan. L'infirmière atikamekw nous a donné rendez-vous chez elle, au cœur de la réserve de Manawan. Selon elle, les membres de sa communauté sont plus conscients de leurs droits, mais ils restent écorchés vifs par le drame de Joyce Echaquan.

Je pense qu'on est encore dans la plaie qu'on est en train de nettoyer, qu'il faut reconnaître qu'il y a une blessure.

Une citation de :Jolianne Ottawa, infirmière au centre de santé Masko-Siwin de Manawan
Jolianne Ottawa devant l'entrée du centre de santé.

Jolianne Ottawa, infirmière, centre de santé Masko-Siwin de Manawan

Photo : Radio-Canada

L'infirmière de 42 ans est plus que jamais animée par le devoir de défendre les droits de ses patients. Ce dont j'ai pris conscience, c'est beaucoup le rôle d'advocacy [défense des droits], et ça fait partie du rôle d'une infirmière. Je l'avais, j'ai toujours défendu mes patients, mais là, ça a passé à un autre step [niveau]. Il y a des choses qui ne passent plus, précise-t-elle.

À quelque 200 kilomètres de là, à Joliette, le malaise qui s'est installé à l'hôpital persiste. Il y a comme quelque chose de vide en dedans de moi sur le "on fait quoi maintenant"?, confie Mélanie Perreault, infirmière depuis 14 ans à l'hôpital de Joliette. Les intentions sont belles, mais comment le faire concrètement? Ce n'est pas si simple, poursuit-elle.

On a peur de faire un faux pas, peur de dire un mot de travers pour pas se faire reprocher des choses, mais aussi pour ne pas les blesser.

Une citation de :Mélanie Perreault, infirmière à l'hôpital de Joliette
Mélanie Perreault, infirmière, hôpital de Joliette.

Mort de Joyce Echaquan : un an plus tard

Photo : Radio-Canada

Mme Perreault travaille au département d'obstétrique depuis la mort de Joyce. Elle s'attriste que certaines patientes atikamekw aient refusé d'accoucher à l'hôpital de Joliette. Elle voudrait se faire rassurante, mais elle craint souvent d'en faire trop ou de le faire maladroitement.

À partir du moment où l'infirmière a une intention bienveillante, c'est épeurant de faire un faux pas. Il y a cette espèce de sensation de toujours marcher sur des œufs pour ne blesser personne. En même temps, je ne veux pas qu'elles pensent que j'en mets plus parce que je veux établir des liens, c'est délicat, raconte-t-elle.

Il y a pourtant eu des rapprochements avec la communauté de Manawan. Avec les médecins de l'urgence, on a eu des rencontres, on a créé des liens. On a fait des procédures pour que ce soit plus facile quand on envoie nos usagers à l'urgence à Joliette. Maintenant, on a accès au médecin coordonnateur quand on réfère nos usagers à Joliette, explique Jolianne Ottawa.

Et il y a eu ces formations obligatoires pour le personnel de l'hôpital de Joliette. Les formations sont basées essentiellement sur l'histoire des Premières Nations. Il n'y avait rien sur le "comment agir", souligne Mélanie Perreault. C'était plus de mieux connaître ces gens-là. Je me dis que, si cela a un peu ouvert les esprits à avoir plus de compassion, à comprendre un peu mieux des comportements, je pense qu'on aura gagné, espère-t-elle.

Les deux infirmières savent bien que ces formations ne changeront rien si ceux qui les suivent n'ont pas l'ouverture et la volonté de changer. C'est l'individu! Parce que tu peux avoir les meilleures formations, si toi tu n'as pas envie, si tu as le mépris, si on t'a toujours dit que des Indiens, c'est sale, c'est des sauvages, des profiteurs, ça va rester, déplore Mme Ottawa.

Un endroit pour se souvenir

Le ministre des Affaires autochtones du Québec, Ian Lafrenière, croit que la mort de Joyce Echaquan marquera un tournant dans les relations avec les Premières Nations. On a mis une image sur ce qui nous était rapporté, explique le ministre.

Mais il n'est toujours pas question pour le gouvernement d'en parler comme d'une victime de racisme systémique. Dès que je sors le mot "racisme systémique", les gens se campent dans leur position. Je travaille sur le terrain, je vois que les gens veulent, et je veux garder le momentum le plus longtemps possible, se défend Ian Lafrenière.

Je pense que ç'a été un électrochoc, vraiment!

Une citation de :Ian Lafrenière, ministre des Affaires autochtones du Québec

Pour préserver la mémoire de Joyce Echaquan, à la demande de sa famille, le gouvernement lui dédiera un lieu près de Manawan. Ce sera une réserve de biodiversité qui portera le nom de Joyce Echaquan. Notre intention, c'est de le faire avec la famille, au moment qui est opportun, et non pas selon notre agenda, précise le ministre.

Un an plus tard, Mélanie Perreault et Jolianne Ottawa partagent le même constat et la même crainte. La mort de Joyce Echaquan les a transformées en tant qu'infirmières, mais malgré l'onde de choc, elles craignent que ce drame ne tombe dans l'oubli.

Il faut juste espérer que ça ne soit pas juste de la poudre aux yeux, il ne faut pas juste montrer aux gens qu'on a compris. Ça ne servira à rien, insiste Mme Perreault. Il ne faut pas qu'elle soit décédée pour juste faire une contraction et qu'on n'en parle plus. Il faut qu'il y ait quelque chose qui se fasse et que ça perdure dans le temps, conclut Mme Ottawa.

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