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La montée du PPC : une tendance à long terme ou une course contre la montre?

Maxime Bernier salue les partisans réunis devant les locaux de CBC.

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, lors d'un rassemblement partisan organisé devant les bureaux de CBC, à Toronto.

Photo : CBC / Evan Mitsui

Radio-Canada

Les électeurs ont parlé : 843 000 Canadiens, soit 5 % de la population, ont voté pour le Parti populaire du Canada le 20 septembre dernier, contre environ 300 000 (1,6 %) lors des élections fédérales d’octobre 2019. Ces résultats reflètent-ils une tendance à long terme ou une fenêtre contextuelle vouée à disparaître? Michel Désautels en a discuté avec Marc-André Bodet, professeur de sciences politiques à l'Université Laval.

Michel Désautels : 5 % des votes, c’est une croissance importante pour le Parti populiste, mais est-ce vraiment spectaculaire ou est-ce plutôt normal en période de crise?

Marc-André Bodet : C’est non négligeable puisque ce type de parti, qui n’a pas de représentation et donc pratiquement pas de couverture médiatique, réussit rarement à dépasser le 1 %. On peut donc considérer que Maxime Bernier a réalisé une assez bonne performance.

Il existe cependant des partis populistes depuis la création de la Confédération au Canada, et depuis le début du 20e siècle, ce type de vague va chercher entre 5 et 10 %, notamment dans les années 1920, 1950 et 1970. Même le Parti réformiste des années 1990 était une forme de parti populiste. En comparaison historique, le Parti populaire est donc encore dans des pourcentages assez faibles.


Le Parti réformiste, ou encore le Crédit social au Québec, exprimaient le même genre d’insatisfaction face aux grands partis, mais avec des ancrages régionaux. Dans le cas du Parti populaire, c’est un peu différent?

C’est un peu différent au sens où les appuis sont distribués un peu partout sur le territoire. Le Parti réformiste se concentrait, du moins dans sa forme originale, dans l’Ouest canadien.

Autre différence : on décrit souvent le Parti réformiste comme un parti de droite. Il est vrai que certaines des politiques du parti étaient à droite, mais son chef de l’époque, Preston Manning, répétait souvent que c’était le parti du peuple contre les élites et les institutions. Il n’était donc pas dans une logique idéologique, ce qui n’est pas du tout le cas de Maxime Bernier.


Un parti populiste, peu importe son nom et l’époque, doit avoir une cause, un ennemi commun, comme les élites ou l’immigration. Ce n’est donc pas un parti qui mène une bataille politique traditionnelle?

Il y a toujours environ 10 % de l’électorat qui est insatisfait des institutions, mais c’est comme une braise qui a besoin d’un élément déclencheur pour allumer une flamme. Dans le cas du Parti populaire, c’est la contestation des mesures sanitaires qui lui a permis de décoller, qui lui a permis d’affirmer défendre le peuple contre les élites et les institutions.

Plus particulièrement, l’attaque frontale de Justin Trudeau en début de campagne sur la question des vaccins et des passeports vaccinaux a éveillé cet appui, qui était latent au Canada.


En plus de ce 10 % d’électeurs insatisfaits, il y a aussi toujours un certain taux d’absentéisme au Canada. En quoi cela a-t-il joué pour le Parti populaire?

On considère qu’à peu près 20 % des Canadiens constituent l’abstention dure, donc qui ont littéralement abandonné l’idée de participer à la joute électorale.

Parallèlement, il y a l’abstention molle, qui représente entre 10 et 15 % de la population. Ce sont des gens qui entrent et qui sortent du marché électoral en fonction du contexte politique ou de leur situation de vie. Cette fois-ci, l’abstention molle a été très importante et le Parti populaire est allé y piger des votes.

Ce sont des appuis plus faciles à repêcher que lorsqu’on veut aller chercher des électeurs chez les autres partis, mais ils peuvent être difficiles à mobiliser jusqu’à l’urne, même si on arrive à obtenir leur intérêt durant la campagne électorale.


Là où il y avait moins de 300 000 votes en 2019, on en est à 843 000 aujourd’hui. Des électeurs insatisfaits doivent y voir un wagon auquel ils peuvent s’accrocher?

Effectivement, mais la montre joue contre le Parti populaire. On peut carburer à l'insatisfaction et à la colère pendant un certain nombre d’élections, mais ce type de parti populiste a généralement une espérance de vie assez courte.

Maxime Bernier avait une fenêtre pour se faire élire, mais il n’est pas clair que, dans 18 mois ou dans 4 ans, cette colère soit encore disponible pour faire fonctionner son message. Donc, oui, c’est une augmentation considérable, mais peut-être pas assez pour le parti.


Dans l’histoire canadienne, ou même au plan provincial, y a-t-il des partis populistes qui ont pris le pouvoir et y sont restés?

Les deux succès au Canada sont le Crédit social en Colombie-Britannique, qui a fini par devenir un parti de gouvernement, et le Nouveau Parti démocratique, dont l’ancêtre avait des racines populistes et qui s’est transformé en parti plus traditionnel. Il n’a jamais pris le pouvoir à Ottawa, mais il est au moins devenu un parti pérenne, alors que la plupart des partis populistes ont fini par disparaître assez rapidement ou ont été avalés par d’autres partis.


Les résultats auraient-il été différents pour le Parti populaire si on avait un mode de scrutin proportionnel au Canada?

Le mode de scrutin a nui au Parti populaire, sans aucun doute. Si on était en logique proportionnelle avec une distribution des chaises différentes, on aurait un portrait différent aujourd’hui.

Mais on peut imaginer dans cette logique que le Parti conservateur se scinderait en deux, avec un parti de centre droit traditionnel et un parti de droite dure qui finirait par avaler le Parti populaire.


Dans certaines circonscriptions, le Parti populiste a coûté des sièges au Parti conservateur. À quel point la présence d’un parti plus à droite que les conservateurs change-t-il le paysage politique fédéral?

Si le Parti conservateur avait été plus loin derrière dans les intentions de vote, à 25 % par exemple, la saignée aurait été plus importante. Une partie des électeurs conservateurs se seraient dit que, tant qu’à ne pas élire un gouvernement, autant appuyer un vote de protestation avec le Parti populaire. Mais comme le Parti conservateur était un joueur sérieux dans la course, il a été protégé dans une certaine mesure d’une importante perte de vote au profit du Parti populaire.

Les propos de cet entretien ont été adaptés à partir d'une entrevue diffusée à l'émission Désautels le dimanche.

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