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Barrière linguistique inquiétante pour des aînés inuit dans un foyer d’Ottawa

Une jeune femme pose avec sa grand-mère.

La mère de Kootoo Toonoo pose avec sa petite-fille.

Photo : CBC

Radio-Canada

La barrière linguistique inquiète des familles du Nunavut qui ont des proches au foyer de soins Embassy West Senior Living, à Ottawa, une résidence qui s’occupe d’aînés ayant des besoins plus complexes, notamment en matière de démence.

La mère de Kootoo Toonoo, Simiga Oshoweetok, considère que les aînés du Nunavut ont raté l’occasion de transmettre leur savoir aux jeunes de leur communauté. Avant de mourir, Simiga Oshoweetok a quitté sa maison, sa famille et sa culture pour se rendre dans ce foyer de soins pour aînés à plus de 2000 km de chez elle.

Cependant, la barrière de la langue entre les aînés inuit et le personnel de la résidence Embassy West Senior Living a soulevé d'importantes préoccupations en matière de sécurité, au point où certaines familles demandent au gouvernement du Nunavut de ramener les aînés à la maison.

Par courriel, le gouvernement confirme qu’il y a maintenant 41 aînés du territoire dans le foyer de soins d’Ottawa.

Les aînés parlent leur langue et on ne les comprend pas du tout, c’est extrêmement décourageant à voir. C’est déchirant, a déclaré Kootoo Toonoo.

Kootoo Toonoo en entrevue à CBC.

Kootoo Toonoo, dont la mère a fréquenté le foyer, aimerait voir les programmes offerts en inuktitut.

Photo : CBC

Cette difficulté à communiquer, Mme Toonoo l'a notamment comprise en trouvant des papiers que les aînés utilisent pour traduire des demandes spécifiques, comme demander de l'eau ou avoir besoin d'utiliser les toilettes.

Elle l'a également constaté lorsqu'elle a trouvé des médicaments que sa mère était censée prendre, mais dont elle avait essayé de se débarrasser.

Lorsqu'elle lui a demandé pourquoi elle évitait de prendre ses médicaments, sa mère lui a expliqué qu’elle avait tenté de demander aux infirmières la nature de ce qu'on lui donnait, mais qu'elle n’avait pu avoir de réponse à sa question, puisque les infirmières ne comprenaient pas ce qu’elle disait.

Elle a commencé à cracher [les médicaments] dans un mouchoir en papier et à les cacher sur le côté de son lit, raconte sa fille.

Kootoo Toonoo a aussi constaté que des aînés locaux pouvaient participer à des activités alors que les Inuit étaient laissés à eux-mêmes, sans personne pour coordonner les programmes en inuktitut, une langue parlée par les Inuit dans le nord du Québec et du Labrador, ainsi qu'au Nunavut.

Je me suis demandé pourquoi il n'y avait rien et j'ai réalisé qu'ils n'ont pas de travailleurs inuit pour leur offrir des programmes.

Des programmes suspendus

Le gouvernement du Nunavut affirme qu’un groupe à but non lucratif qui offre un soutien communautaire aux Inuit à Ottawa, Tungasuvvingat Inuit, a mis des programmes à la disposition des aînés d'Embassy West.

Cependant, ces programmes ont été suspendus le 11 mars en raison de permis délivrés par le ministère de la Santé de l'Ontario et par l'organisme de réglementation des maisons de retraite.

La directrice générale de Tungasuvvingat Inuit, Amanda Kilabuk, a précisé que la COVID-19 a mis un terme aux visites et aux activités mensuelles organisées par son groupe pour les aînés d'Embassy West.

Depuis 2017, l'ancienne politicienne du Nunavut Manitok Thompson, qui vit à Ottawa, défend les aînés inuit unilingues et elle leur rend visite lorsqu’elle le peut.

Elle ne mâche pas ses mots : pour elle, l'envoi d'aînés inuit à Ottawa est comparable à l’époque des pensionnats pour Autochtones. Les gens ont été envoyés [dans des lieux] où ils n'avaient plus de liens avec leur famille, où on ne parlait pas leur langue, où l'atmosphère était totalement différente [et] où la nourriture était différente.

Manitok Thompson a d’ailleurs écrit au Bureau du commissaire aux langues du Nunavut afin d’enquêter sur la barrière linguistique, mais on lui a répondu que le Bureau ne pouvait rien faire parce que l'établissement se trouve en Ontario.

Selon Mme Thompson, il n'y a aucune excuse pour ne pas rendre l'inuktitut disponible 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Ce sont des aînés sans voix qui meurent dans un endroit où ils ne voudraient pas mourir.

Manitok Thompson en entrevue à CBC.

Depuis 2017, l'ancienne politicienne du Nunavut Manitok Thompson, qui vit à Ottawa, défend les aînés inuit unilingues.

Photo : CBC

Besoins de soins sur le territoire

La mère de l'ancien député et homme politique du Nunavut Peter Ittinuar vit dans cet établissement depuis 2016.

S'il se dit heureux de voir sa mère recevoir l'attention médicale nécessaire, M. Ittinuar pense qu'il est temps d'envisager de renvoyer les aînés au Nunavut et de leur fournir les soins et services dont ils ont besoin au territoire.

Il y a assez d’argent [et] assez de ressources pour faire une étude afin de voir si on peut le faire, précise-t-il. Selon lui, le gouvernement doit examiner sérieusement la possibilité de rendre les interprètes disponibles en tout temps.

Sa mère, Lizzie Ittinuar, 93 ans, possède quelques notions de langue anglaise, alors elle s'occupe de certains Inuit quand elle le peut. Parmi eux, il y en a un, arrivé à peu près en même temps qu’elle, qui est contraint de se déplacer en fauteuil roulant. Elle l’aide dans sa communication avec les infirmières.

Peter Ittinuar en entrevue à CBC.

La mère de l'ancien député et homme politique du Nunavut, Peter Ittinuar, vit dans cet établissement depuis 2016.

Photo : CBC

Au-delà de la question linguistique, de nombreux aînés, comme Lizzie Ittinuar, ont le mal du pays et ressentent un besoin criant de voir leur famille. Même si elle se tient occupée en faisant de la couture et de l'artisanat, Mme Ittinuar pense que si l'établissement l'emmenait en excursion, elle aurait moins le mal du pays.

Ça fait longtemps que je ne suis pas sortie de cette chambre. Je serais heureuse de sortir si quelqu'un pouvait juste m'emmener dehors, déplore-t-elle.

Il est peut-être temps que le gouvernement du Nunavut et Embassy West procèdent à un examen pour voir comment les choses se passent et je pense qu'il serait bon que le gouvernement du Nunavut examine attentivement la situation.

Embassy West a refusé la demande d’entrevue de CBC.

Pour l’instant, Lizzie Ittinuar veut simplement que sa voix et celle des autres aînés soient entendues.

J'ai une fille adoptive, j'ai des petits-enfants et des enfants... Je veux rentrer chez moi pour les voir, si c'est possible.

Avec les informations de Jordan Konek, CBC

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