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Pourquoi La Baie vend-elle des chandails orange pour la Journée du 30 septembre?

La Baie reconnaît le rôle qu'elle a joué dans la colonisation au Canada, mais des Autochtones s'interrogent.

Dani Lanouette et une image montrant des chandails oranges, tirée du compte Instagram de La baie

Dani Lanouette s'intéresse à l'histoire de la Compagnie de la Baie d'Hudson depuis qu'elle est adolescente.

Photo : Gracieuseté Dani Lanouette/compte Instagram de La Baie

Radio-Canada

À l’approche de la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre, plusieurs Canadiens voudront revêtir le chandail orange, qui servait jusqu’ici à commémorer, en grande partie dans les écoles, la Journée du chandail orange.

Mais à la suite de publications récentes dans les réseaux sociaux, plusieurs Autochtones se demandent si les magasins La Baie tentent de profiter des retombées douloureuses des pensionnats pour Autochtones.

Dans une publication sur Instagram, cette semaine, La Baie a annoncé qu’elle vendait des chandails orange portant le slogan Every Child Matters (chaque enfant compte).

Dani Lanouette, une Anishinaabe de Neyaashiinigmiing et une Algonquine de Barriere Lake, dit que depuis des années, elle bloque les publications de La Baie sur Twitter.

Mais j’ai vu un message… ou une capture d’écran d’un message, et je me suis dit : oh man!, je dois les débloquer, dit-elle.

Voir une entreprise qui a une histoire aussi coloniale, une histoire de violence coloniale dans ce qu’on appelle le Canada; constater que maintenant, ils vendent des chandails orange me donne mal au cœur, dit-elle. C’est tellement écœurant, à mes yeux.

Un porte-parole de La Baie a déclaré à CBC que l’entreprise ne voulait pas semer la confusion autour de la vente de ces chandails. Il précise que leur vente a été organisée en collaboration avec la société Orange Shirt, un organisme sans but lucratif basé en Colombie-Britannique, qui travaille à sensibiliser les gens sur les conséquences des pensionnats pour Autochtones.

Tous les bénéfices de la vente de ces chandails seront versés à Orange Shirt, pour appuyer leur travail de commémoration des pensionnats, pour témoigner et honorer le chemin vers la guérison des survivants et de leurs familles, et pour appuyer le processus en cours de réconciliation, indique le porte-parole de La Baie dans une déclaration écrite transmise à CBC samedi.

La Compagnie de la Baie d’Hudson est l’une des plus anciennes au Canada; elle a en fait été créée par l’Angleterre bien avant la naissance du Canada moderne en 1867. Auparavant, elle avait des pouvoirs ressemblant à ceux d’un gouvernement sur le territoire où elle était présente en Amérique du Nord.

Tous les endroits que La Baie d’Hudson a contrôlés et où elle a établi des postes de traite étaient des territoires autochtones, rappelle Dani Lanouette, qui s’intéresse à l’histoire de la compagnie depuis son adolescence.

Le porte-parole de la compagnie déclare que La Baie reconnaît le rôle qu’elle a joué dans la colonisation du Canada et est fière d’avoir travaillé avec la société Orange Shirt, dans le cadre de notre engagement envers la vérité et la réconciliation.

Mais pour Dani Lanouette, l’histoire plus récente de La Baie est problématique.

Quand on examine son histoire au cours des 100 dernières années, on voit que La Baie a joué un rôle dans le déplacement des Inuit du Nord québécois vers le Nunavut, à travers le programme de délocalisation du Haut-Arctique, dit-elle.

En 1953 et en 1955, le gouvernement du Canada a persuadé un groupe de 87 Inuit de quitter leurs maisons, leur promettant de meilleures chasses et la possibilité de revenir au Québec deux ans plus tard. Ces promesses ont été brisées.

Il y avait seulement un poste de traite de La Baie d’Hudson là-bas et ils ont vraiment joué un rôle dans la privation de nourriture des peuples autochtones et l’insécurité alimentaire qu’ils vivent de nos jours, affirme Dani Lanouette.

Ce qui la dérange le plus dans la vente du chandail orange par La Baie, c’est l’idée que la compagnie tire maintenant profit du vécu terrible des survivants des pensionnats.

Ils devraient simplement faire un geste de réparation gratuit, sans qu’il soit nécessaire de vendre un produit, et sans qu’ils se fient sur les consommateurs, qui feront un don en achetant le chandail, dit-elle.

Avec des informations d’Erin Brohman, CBC

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