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COVID-19 : incursion au sein d’une des régions les moins vaccinées de l’Alberta

Cade Hollingsworth devant un élévateur à grains.

Cade Hollingsworth affirme que la vie n'a pas beaucoup changé dans les petites communautés comme la sienne depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Joel Dryden

Radio-Canada

Avec seulement 45 % de ses habitants de 12 ans et plus ayant reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19, le comté de Forty Mile, à la frontière entre l’Alberta et l’État américain du Montana, est l’un des comtés ayant le taux de vaccination le plus bas en Alberta. Radio-Canada est allée à la rencontre de ses habitants pour mieux comprendre leurs réticences.

Dans le hameau de Skiff, Cade Hollingsworth et deux de ses collègues sont étendus sur le sol à côté d’un élévateur à grains et regardent les nuages défiler.

Ils attendent patiemment le chargement d’un camion de grains non loin de la ferme. Ici, les habitants vivent au rythme des activités agricoles.

Cade Hollingsworth a grandi à Foremost, une petite communauté d’environ 500 habitants située à un peu plus de 25 kilomètres à l'est de Skiff. Sa classe de 12e année ne comptait que 15 élèves.

Tout le monde est ami et se connaît, ce qui peut être bien, mais parfois moins, dit-il.

Je crois que l’expression "ça prend un village pour élever un enfant" est très vraie dans un village comme Foremost.

Une citation de :Cade Hollingsworth

Cade Hollingsworth se considère comme privilégié, puisqu’il a gardé son emploi tout au long de la pandémie.

Selon lui, le fait que la vie n’a pas beaucoup changé pour les gens de sa région durant la crise sanitaire explique en partie pourquoi le comté a un taux de vaccination aussi bas.

Rien n’a changé radicalement, à l’inverse des grands centres comme Calgary et Edmonton, dit-il.

Foremost.

En date du 24 septembre, seulement 45 % des habitants du comté de Forty Mile admissibles à la vaccination avaient reçu une première dose de vaccin, contre 82 % de l'ensemble des Albertains.

J’ai l’impression que [les gens dans les centres urbains] pensent que nous ne comprenons pas ce qui se passe, et peut-être que c'est le cas, jusqu'à un certain point, mais pourquoi chambouler nos vies [avec les mesures sanitaires] si rien n'a changé [ici]? explique-t-il.

Manque de confiance

Selon les autorités sanitaires albertaines, le fait qu’une communauté soit isolée ne la protège pas de la COVID-19.

Vendredi, le comté avait un taux de cas actifs de 733 pour 100 000 habitants, contre une moyenne provinciale de 456 pour 100 000 habitants.

Le variant Delta n’épargne personne, affirme la médecin hygiéniste principale de la zone sud de Services de santé Alberta, Vivien Suttorp.

Depuis l’entrée en vigueur du programme d’exemption des restrictions de la province, la question de la vaccination est de plus en plus difficile à ignorer à Forty Mile.

Les entreprises non essentielles qui veulent se soustraire aux restrictions sanitaires de la province et accueillir des clients doivent maintenant exiger une preuve vaccinale ou un test de dépistage négatif de la part de leurs clients.

À Foremost, le village natal de Cade Hollingsworth, cette nouvelle mesure est loin de faire l’unanimité.

Seulement 38,4 % des résidents de 12 ans et plus sont entièrement vaccinés. Exiger une preuve vaccinale dans les commerces pourrait donc engendrer une importante perte de clientèle à long terme, si le taux de vaccination n'augmente pas.

La façade du restaurant Main Street Cafe.

Le restaurant Main Street Cafe, à Foremost, a décidé de fermer sa salle à manger plutôt que d'exiger une preuve vaccinale à ses clients.

Photo : Radio-Canada / Joel Dryden

C’est injuste. Je ne pense pas que je devrais être forcé de dire : "Vous devez être vaccinés pour venir dans mon commerce", déplore la propriétaire du Main Street Cafe, Joanne Schmidt, dont certains des employés ne sont pas vaccinés.

Cette dernière a d’ailleurs décidé de ne pas adhérer au programme de la province et de n’offrir que des plats à emporter.

D’autres habitants, comme Crystal Jahn, qui travaille comme serveuse au Main Street Cafe, disent ne pas faire confiance au gouvernement et aux autorités sanitaires et craindre la rapidité avec laquelle les vaccins contre la COVID-19 ont été développés. Certains accusent également les médias de sensationnalisme.

Je dis souvent que [le premier ministre Jason] Kenney est un libéral déguisé en conservateur, dit-elle.

Il est hypocrite. Il dit qu'il va faire une chose, puis fait demi-tour et met en place des politiques de gauche.

Une citation de :Crystal Jahn, serveuse

De son côté, Joanne Schmidt dit ignorer quel impact sa décision de ne pas adhérer au programme d’exemption du gouvernement albertain aura sur son commerce.

Les travailleurs de la région qui avaient l’habitude de venir souper dans son restaurant ne pourront plus le faire, puisque la salle à manger sera fermée.

Je pense que la plupart d’entre eux ne sont pas vaccinés. Ils ne pourraient donc pas entrer de toute façon, dit-elle.

Une communauté divisée

Un sentiment commun, chez les résidents de Foremost, est celui d’appartenir à une grande famille dont les membres peuvent se soutenir lorsqu'une tragédie frappe la communauté.

Depuis le début de la pandémie, par contre, beaucoup disent que les habitants sont de plus en plus divisés entre les opposants au vaccin contre la COVID-19 et ceux qui soutiennent la vaccination.

Certains pensent que la [COVID-19] est un complot du web caché, affirme le maire de Foremost, Lorne Buis.

Le maire soutient qu’un des problèmes est la proportion que prennent parfois les rumeurs dans les petites communautés.

Selon moi, c’est de la désinformation. Ils lisent quelque chose et pensent que c’est la vérité. Ils ne font pas de vérification pour s’assurer que c’est vrai, explique M. Buis.

Une personne dit quelque chose, je le dis à deux de mes amis, qui, eux, le disent à deux autres personnes et l’information se déforme en cours de route, déplore-t-il.

Hésitation à se faire vacciner

Le comté de Forty Mile affirme soutenir la mise sur pied de centres de vaccination de Services de santé Alberta (AHS), ainsi que la diffusion d’information favorable à la vaccination sur les réseaux sociaux.

Le directeur des services d’urgence du comté, Stewart Payne, dit cependant qu’il ne comprend pas bien le faible taux de vaccination dans la région. Il n’y a pas eu de sondages ni d’études, explique-t-il.

La médecin hygiéniste principale de la zone sud de Service de santé Alberta, Vivien Suttorp, indique que, dans les petites communautés du sud de la province, les taux de vaccination contre la COVID-19 s’apparentent à ceux de la vaccination contre différentes maladies infantiles.

Les communautés ayant un taux de vaccination [contre la COVID-19] peu élevé sont aussi celles où l'on observe des éclosions de maladies évitables par la vaccination, comme la rougeole, les oreillons et la coqueluche, explique-t-elle.

Elle précise toutefois qu’il existe d’importantes disparités entre les différentes communautés du sud de l’Alberta en ce qui concerne la vaccination, ce qui pose problème puisque les gens voyagent et se déplacent d’une communauté à une autre.

Dans les communautés où davantage d’enfants se font vacciner et dans les écoles où les enfants sont pleinement vaccinés, les maladies ne se propagent pas autant, indique-t-elle.

Pour Bobby

Avec près de 2000 habitants, la petite ville de Bow Island, située à moins de 30 minutes au nord de Foremost, est la plus grande communauté du comté de Forty Mile.

Le comptoir du restaurant Bobby's.

Le restaurant Bobby's, à Bow Island, a décidé de demander une preuve de vaccination à ses clients pour pouvoir continuer à les accueillir.

Photo : Radio-Canada / Joel Dryden

La propriétaire du restaurant Bobby’s, Charlene Rosse, a décidé d’adhérer au programme d’exemption des restrictions de la province en demandant une preuve vaccinale à ses clients, même si les nombreux changements sur le plan des mesures sanitaires au cours de la dernière année sont embêtants.

Elle s’est donné comme mission, malgré la pandémie, de garder en vie l’établissement, dont l’ancien propriétaire est récemment décédé d’un cancer des poumons.

Robert Bobby Prest avait un coeur d’or [et] la plupart des gens l’aimaient, raconte Charlene Rosse, qui a travaillé avec l’homme pendant 25 ans.

Bob a construit [ce restaurant] à partir de rien. Je ne veux pas le laisser tomber, dit-elle.

Avec les informations de Joel Dryden

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